I

Oui, bel enfant, dit la fée, grâce à la petite flamme bleue que je t’ai mise au front, tu pourras triompher de toutes les ténèbres, tu entreras enfin, après beaucoup d’efforts, dans le jardin miraculeux de la Joie et des Rêves, qui ouvre, de l’autre côté de l’ombre, sa porte de diamant. Là, tu vivras éternellement heureux, ayant oublié les tristesses du monde obscur, respirant un air subtil fait de l’âme des roses et de la claire haleine des étoiles ; et d’angéliques lys, par milliers, seront les encensoirs de ta gloire. Va donc, à travers les périls, va sans crainte et sans doute ; aucune puissance humaine ou diabolique ne saurait t’empêcher de parvenir à ton but, si tu conserves, toujours allumée, la petite flamme bleue. Mais si elle s’éteignait, — garde-toi de la laisser s’éteindre ! — tu serais enveloppé, tout à coup, d’une nuit profonde, et, marchant à tâtons, te heurtant à d’invisibles murs, roulant dans des précipices imprévus, tu ne retrouverais jamais plus la route de l’incomparable Jardin.

L’enfant remercia la bonne fée du présent qu’elle lui avait fait et des conseils qu’elle lui donnait ; il se mit en chemin par un sentier de fleurs, qu’ensoleillait la matinée. La flamme bleue qu’il avait au front était plus lumineuse que le jour.