II

Il ne tarda pas à rencontrer les fondrières où il eût été très facile de se rompre le cou ; sous ses pas roulaient des pierres, et, comme par l’écho de la secousse, des blocs de marbre, à droite, à gauche, au-dessus de sa tête, s’ébranlaient et tombaient : plus de vingt fois, il faillit être écrasé sous ces lourdes chutes ; il l’aurait été bien certainement, si la flamme bleue, grandissante, ne l’avait enveloppé, quand il le fallait, d’une armure diamantine où s’émiettaient, sans l’érailler, les blocs ; puis, le danger passé, elle n’était plus qu’une petite lueur d’or et d’azur parmi les cheveux de l’enfant. Comme il traversait la clairière d’une grande forêt, une bande de loups, les poils hérissés, du sang et du feu aux yeux, se rua sur lui ! il se crut perdu ; il sentait déjà dans sa chair d’affreuses dents dévorantes ! Il en fut quitte pour la peur. La flamme bleue, en s’inclinant, avait ébloui les prunelles des loups qui s’enfuirent dans les broussailles en hurlant d’épouvante. Un autre jour, comme il pataugeait parmi les joncs d’un marécage, il arriva qu’il sortit des herbes et des fanges un grand nombre de reptiles qui l’enlacèrent pour l’étouffer ; mais la petite lueur devint un serpent, elle aussi, un serpent pareil à un long éclair, et les bêtes rampantes se tordirent et moururent toutes, — on eût dit des sarments sur des braises, — dans les joncs incendiés. L’enfant qui voyageait vers le jardin de la Joie et des Rêves échappa encore à beaucoup d’autres périls. Il vit bien que la fée n’avait pas menti, que rien ne pourrait lui porter dommage tant que luirait la petite flamme bleue. Et elle ne se bornait pas à le défendre contre les méchancetés et les maléfices ; elle lui donnait de la joie au milieu des plus amers tourments. Sa clarté dorait les tristes paysages, mettait des fleurs vivantes dans les broussailles mortes ; il n’était si sombre soir qu’elle n’égayât d’un éparpillement d’étoiles. En même temps, l’enfant avait comme une délicieuse caresse la chaleur qu’elle lui mettait au front ; il sentait s’y épanouir sa pensée comme éclot, dans un rayon, une fleur ; et toute son âme flambait, épurée, extasiée, sur ce divin petit bûcher.