II

Cependant il y avait, dans un faubourg de la ville, une jeune fille appelée Jacinthe qui était un peu moins chagrine que les autres, à cause d’un amoureux qu’elle avait. Quelqu’un qui vous trouve belle et ne se lasse jamais de vous le dire, peut tenir lieu d’un miroir.

— Quoi ? vraiment ? demandait-elle, la couleur de mes yeux n’a rien qui puisse déplaire ?

— Ils sont pareils à des bluets où serait tombée une claire goutte d’ambre.

— Je n’ai point la peau noire ?

— Sachez que votre front est plus pur que le mica de la neige ; sachez que vos joues sont comme des roses pâles et cependant rosées !

— Que dois-je penser de mes lèvres ?

— Qu’elles sont pareilles à une framboise ouverte.

— Et de mes dents, s’il vous plaît ?

— Que les grains de riz, aussi fins qu’elles, ne sont pas aussi blancs.

— Mais pour ce qui est de mes oreilles, n’ai-je pas lieu d’être inquiète ?

— Oui, s’il est inquiétant d’avoir parmi les légers cheveux qui se mêlent deux menus coquillages compliqués comme des œillets nouvellement éclos.

C’est ainsi qu’ils parlaient, elle charmée, lui plus ravi encore, car il ne disait pas un mot qui ne fût la vérité même ; ce qu’elle avait le plaisir d’entendre vanter, il avait le délice de le voir. Tant et si bien que leur tendresse mutuelle devenait d’heure en heure plus vive. Le jour où il demanda si elle consentait à le prendre pour mari, elle rougit, certainement, mais ce ne fut point d’effroi ; les gens qui, voyant son sourire, auraient cru qu’elle se moquait avec la pensée de dire non, se seraient grandement trompés. Le malheur fut que la nouvelle du mariage vint jusqu’aux oreilles de la méchante reine, dont c’était la seule joie de troubler celle des autres ; et Jacinthe, plus que toutes, en était détestée, étant la plus belle de toutes.