III
Comme elle se promenait, peu de temps avant les noces, dans le verger, une vieille femme s’approcha d’elle, demandant l’aumône, puis, tout à coup, recula avec un cri, comme quelqu’un qui a failli marcher sur un crapaud.
— Ah ! ciel ! qu’ai-je vu !
— Qu’avez-vous, ma bonne femme, et qu’est-ce que vous avez vu ? Parlez.
— La plus laide chose de la terre !
— A coup sûr, ce n’est point moi, dit Jacinthe en souriant.
— Hélas ! si, pauvre enfant, c’est vous. Il y a bien longtemps que je suis au monde, mais jamais encore je n’avais rencontré une personne aussi affreuse que vous l’êtes.
— Je suis laide, moi ?
— Cent fois plus qu’on ne saurait l’exprimer.
— Quoi ! mes yeux ?…
— Ils sont gris comme la poussière, mais ce ne serait rien si vous ne louchiez pas de la façon la plus désagréable.
— Ma peau…
— On dirait que vous avez frotté de charbon pilé votre front et vos joues.
— Ma bouche…
— Elle est pâle comme une vieille fleur d’automne.
— Mes dents…
— Si la beauté des dents était d’être larges et jaunes, je n’en connaîtrais pas de plus belles que les vôtres !
— Ah ! du moins, mes oreilles…
— Elles sont si grandes, si rouges et si poilues, sous vos cheveux de filasse, qu’on ne peut les regarder sans horreur. Je ne suis point jolie, moi-même, et cependant je pense que je mourrais de honte, si j’en avais de telles !
Là-dessus la vieille femme — ce devait être quelque méchante fée amie de la méchante reine, — s’enfuit en jetant un mauvais éclat de rire, tandis que Jacinthe se laissait choir, tout en pleurs, sur un banc, entre deux pommiers.