III
Courant à travers les branches, sautant les fossés, Martine faisait toute la diligence possible. Bien que ce fût déjà nuit noire, elle connaissait trop bien la route pour qu’il y eût le moindre risque qu’elle s’égarât. Elle arriva sans retard à la maison de la voisine, entra sans frapper, glissa dans un bahut le mouchoir de soie rose, — par bonheur, il n’y avait personne au logis, — et s’en revint sur ses pas. A vrai dire, elle marchait un peu moins vite que tout à l’heure. Était-ce qu’elle hésitait, au moment de rendre à son ange la santé qu’il lui avait prêtée ? Pas du tout. Elle lui gardait une grande reconnaissance de ce qu’il avait fait pour assurer le salut éternel d’une pauvre fille, et se sentait résolue à tenir sa promesse. Non certes, non, elle ne le laisserait pas mourir au lieu d’elle ! Si elle ne courait point, à présent, c’était à cause de la fatigue. Puis, un rossignol chantait dans les branches nocturnes tout argentées de lune, et qu’y a-t-il de plus doux à écouter que ce chant la nuit ? Elle l’entendait, hélas ! pour la dernière fois. En même temps une tristesse lui venait à penser qu’il y aurait demain un ciel de lune et d’étoiles, qu’elle ne verrait point. C’était affreux, ce lit, si proche, où elle s’endormirait pour toujours. Mais elle secoua ces lâches regrets ! Elle s’élança, et, déjà, elle apercevait dans l’ombre la vieille chaumière au milieu du champ, lorsqu’une musique de violon sonna dans le lointain. On dansait, là-bas, dans le hangar d’une ferme. Elle s’était arrêtée. Elle écoutait, troublée, ravie. Elle se disait que c’était tout près, cette ferme ; qu’une valse, — une toute petite valse, — ne dure pas longtemps ; rien de plus mal sans doute que de faire attendre l’ange qui souffrait pour elle ; mais enfin, l’heure où elle devait mourir n’était pas, peut-être, si proche qu’on le croyait…