IV

Après une valse, ce fut une autre valse, une autre, une autre encore ! Avant chacune, « la dernière ! pensait Martine, puis je m’en irai mourir. » La musique recommençait ; l’enfant n’avait pas la force de s’éloigner. Elle avait des remords, certainement, mais des remords qui dansaient avec elle. Pourtant, quand minuit sonna, elle réunit tout son courage. Elle ne resterait pas une minute de plus ! Elle reprendrait sa place dans le lit mortuaire ! Comme elle sortait du bal, elle se trouva en face d’un jeune homme si beau qu’elle n’avait jamais rêvé qu’il en pût exister de pareil. Et ce n’était pas un paysan, ni l’un des seigneurs des châteaux voisins, mais le roi lui-même qui, revenant cette nuit-là d’une chasse où il s’était égaré avec quelques courtisans, avait fait halte devant la ferme pour voir comment se divertissent les gens de la campagne. A l’aspect de Martine, il demeura ébloui, — jamais il n’avait admiré à la cour une princesse aussi belle que cette fillette des champs, — et il devint tout pâle tandis qu’elle devenait toute rose. Après un silence, où ils achevèrent de s’éprendre l’un de l’autre à un point qu’on ne saurait dire, le roi n’hésita pas à s’écrier que son cœur était fixé pour toujours, qu’il n’aurait point d’autre femme que cette exquise bergère. Il ordonna qu’on fît approcher un carrosse où elle prendrait place pour venir à la cour. Hélas ! Martine, délicieusement émue, ne put s’empêcher de monter dans la royale voiture ; en même temps, elle avait le cœur bien gros en songeant à l’ange gardien qui se mourait dans la chaumière, qui était peut-être mort, maintenant.