V
Elle fut reine, elle eut des palais merveilleux, et la joie des fêtes, et la gloire d’être la plus illustre avec l’orgueil d’être la plus belle. Mais ce qui la ravissait surtout, ce n’étaient pas les louanges des chambellans et des ambassadeurs, ce n’était pas de marcher sur des tapis de soie et d’or, de porter des robes fleuries de toutes les roses et constellées de tous les diamants, non, c’était l’amour toujours vivant, toujours grandissant, qui brûlait pour le roi, dans son cœur, qui brûlait, dans le cœur du roi, pour elle. Ils éprouvaient l’un pour l’autre une tendresse non pareille. Dans tout le vaste monde, ils ne voyaient qu’eux seuls. Les affaires de l’État étaient le moindre de leurs soucis ; qu’on leur permît de s’adorer en paix, ils n’avaient pas d’autre désir ; et, sous leur règne, on ne fit point la guerre, tant ils s’occupaient à faire l’amour. Au milieu d’une telle joie, Martine songeait-elle au céleste messager qui avait pris sa place, par charité pure ? Rarement. Son bonheur ne lui laissait pas le temps de ce chagrin. Que si, — parfois, — un remords lui venait de n’avoir pas accompli sa promesse, elle s’en délivrait en se disant que Martine, dans la chaumière, n’était peut-être pas aussi malade qu’il paraissait, et que l’ange avait dû guérir. D’ailleurs, elle ne s’inquiétait guère de ce passé si obscur, si lointain, et elle ne pouvait pas avoir de tristesse puisqu’elle s’endormait tous les soirs, la tête sur l’épaule de son royal époux. Mais il advint une chose terrible : le roi disparut un jour, pour ne plus reparaître, et personne ne put savoir ce qu’il était devenu.