III
Après les légumes, le lancier commença:
—C’était en 1818.
»De l’histoire, monsieur, de l’histoire!
»Je venais de passer un congé dans ma famille, aux environs de Rouen.
»La veille de mon départ, mon père me donna une lettre pour un de ses amis avec lequel il avait fait les campagnes de la Hollande, sous Pichegru, et qui habitait Gisors, où je devais m’arrêter.
»Gisors, charmante petite ville, située dans le département de l’Eure, renommée pour ses filatures et ses fabriques d’étoffes; 3,500 à 4,000 habitants.
»Je pris la lettre, et, le lendemain, une diligence de passage me débarqua à Gisors.
»Monsieur, je ne sais pas quel effet produit sur vous la diligence, mais elle me creuse littéralement l’estomac, à moi.
»Le trajet m’avait mis sur les dents.
»Et comme c’était précisément l’heure de la dînée pour les voyageurs de la diligence,—qui avait sa destination plus loin,—j’entrai à l’auberge du Soleil d’Or où la table d’hôte était servie.
»Je crus cependant devoir m’informer à demi-voix auprès d’une servante:
»—Combien coûte le dîner ici?
»—Trois francs, me répondit-elle, et trois francs dix sous avec le café.
»—Voilà mon affaire, pensai-je.
»Et je m’assis.