IV

»Je m’assis.

»Ne me faites pas répéter.

»Je m’attablai modestement, sans en avoir l’air, comme quelqu’un qui accomplit une chose toute simple, à côté des autres voyageurs, en disant à mon voisin de droite:

»—Pardon, monsieur!

»Et à ma voisine de gauche:

»—Pardon, madame!

»On ne se serait douté de rien.

»Ah! il faut être juste: la table était bien servie.

»Pour Gisors, c’était superbe!

»Il y avait de tout: poissons, entrées chaudes et froides, hors-d’œuvre (je raffole des hors-d’œuvre; cela doit vous paraître singulier, n’est-ce pas?), pâtés, rôts, blanc-manger...

»Et tout cela était sur la table à la fois, dans des plateaux, sur des réchauds, à la portée de chacun, parce que les voyageurs ne pouvaient disposer au plus que de vingt-cinq minutes, et qu’il leur fallait se hâter à cause du proverbe: «La diligence n’attend pas.»

»Les voyageurs, à qui ce programme était connu, mangeaient gloutonnement et au hasard.

»C’était horrible à voir.

»Pouah!

»Moi, j’y mettais plus d’ordre et de discernement. Voulant épargner de l’embarras aux servantes, j’attirais à moi la plupart des plats et je les nettoyais avec une conscience véritablement exemplaire.

»Il arrivait de temps en temps que maintes bouteilles étaient, de ma part, l’objet d’une méprise; mais avec quelle bonne grâce, reconnaissant mon erreur, je disais à ma voisine de gauche:

»—Pardon, madame!

»Et à mon voisin de droite:

»—Pardon, monsieur!