IV
—Je te chasserai, maraud! glapit un petit vieillard, écumant de colère et trépignant dans un salon décoré pompeusement.
Le maraud, qui est un valet de chambre, demeure indifférent et immobile.
—Je te ferai périr sous le bâton, faquin!
Le faquin se contente de hausser imperceptiblement les épaules.
—Je te livrerai à la justice, pendard!
Le pendard ébauche un sourire et compte les boutons de sa veste.
—Va-t’en! dit le vieillard à bout de forces.
Le valet de chambre, comme s’il n’avait pas entendu, se dirige vers une armoire, et l’ouvrant, il dit:
—Monsieur le comte mettra-t-il aujourd’hui son corset bleu-de-ciel ou son corset amarante?
Le vieillard pousse un cri étouffé.
Le valet de chambre poursuit:
—Monsieur le comte a reçu ce matin deux nouvelles perruques; laquelle des deux faudra-t-il lui essayer?
Le vieillard va fermer la porte.
Le valet de chambre dit:
—Monsieur le comte ne se souvient plus que mademoiselle Éléonore vient le voir dans deux heures, et qu’il n’a pas encore commencé sa toilette.
Le vieillard tend vers lui ses mains suppliantes.
Le valet de chambre dit:
—Monsieur le comte oublie sans doute qu’il m’a chassé.
Le vieillard tombe à genoux...
Le valet de chambre ne s’en ira pas, il ne s’en ira jamais.
Il sait où est le cadavre.