V

Les vieilles bêtes sont presque toujours des méchantes bêtes.

A un moment donné, Cassandre ne reculera devant aucun moyen pour se défaire de Léandre.

Il y avait une fois une vieille bête qui était un oncle, et qui abusait horriblement de ce titre d’oncle pour opprimer un charmant garçon qui était son neveu.

L’oncle habitait la province; il était riche à lard; il avait maison de ville et maison des champs; il ne faisait rien; il était célibataire; il restait quatre heures à table. Le soir, il jouait aux cartes avec sa domestique.

Le neveu demeurait à Paris, où il étudiait la médecine. Il était seul et pauvre. Il travaillait et dormait dans un taudis immonde; il mangeait des choses infâmes dans un cabaret ténébreux. En revanche, il recevait de son oncle une pension ridicule: quelque chose comme soixante francs par mois.

De temps en temps, le neveu écrivait à l’oncle:

«Je vous jure sur l’honneur que vos soixante francs sont insuffisants à me faire exister!»

L’oncle répondait stoïquement:

«Un jeune homme doit apprendre de bonne heure l’économie. A ton âge, je savais me tirer d’affaire.»

Alors le neveu se serrait un peu plus le ventre. Mais, au bout de quelques mois, vaincu, il écrivait encore:

«Mon cher oncle, je tends les bras vers vous! Soyez humain, vous qui avez tant d’argent!»

Et la vieille bête répondait toujours:

«Tu ne seras pas fâché de trouver cela après ma mort.»

Le mot favori des vieilles bêtes!

Un mot lâche, et sous lequel ils se mettent à couvert toute leur vie.