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[MIAULEMENT, MIAULER]. Du cri ordinaire des chats, de ces éclats désagréables de leur voix, dont Boileau se plaint dans sa satire des Embarras de Paris:
Qui frappe l'air, bon Dieu! de ces lugubres cris?
Est-ce donc pour veiller qu'on se couche à Paris?
Et quel fâcheux démon durant les nuits entières
Rassemble ici les chats de toutes les gouttières?
J'ai beau sauter du lit, plein de trouble et d'effroi,
Je pense qu'avec eux tout l'enfer est chez moi.
L'un miaule en grondant comme un tigre en furie,
L'autre roule sa voix comme un enfant qui crie.
Quoique Nicod ait écrit miauler, il semble qu'on disait autrefois miaouler, et certains Grammairiens regrettent cette manière de prononcer qui leur paraît plus imitative. Elle l'est peut-être trop, et j'ai déjà dit que cette recherche excessive d'imitation était fort ridicule quand elle choquait l'harmonie, et qu'elle ne se fondait que sur un cliquetis de sons bizarres et forcés.
[MOUE]. Il est impossible de prononcer ce mot, sans que la bouche figure ce qu'il signifie, c'est-à-dire, cette espèce de grimace qui est familière aux gens tristes et colères. Le mœrens, le mœstus des Latins, le mesto des Italiens, et sur-tout le mustio des Espagnols, doivent appartenir à cette espèce d'Onomatopée. Il résulte d'ailleurs de l'émission du souffle par les narines, quand les lèvres sont closes, comme cela se remarque dans les gens qui font la moue, un petit bruit que les Grecs ont appelé imitativement mugmos, et les Latins mussatio.
Muffle, qui est le nom de la bouche de certains animaux à lèvres alongées et proéminentes,
Bouder, faire la moue par mécontentement,
Bouderie, habitude de mauvaise humeur,
Boudeur, homme fâcheux, esprit contrariant et chagrin, sont de la même famille et du même effet d'imitation, les initiales de ces trois derniers mois se prononçant sur la même touche.
La Langue Celtique employait moüa, pour, se fâcher, et bouda, pour, chuchoter, bourdonner entre les dents. Je n'ai pas besoin d'insister sur ces analogies.
[MUGIR, MUGISSEMENT]. Belles Onomatopées tirées des cris sourds et prolongés de quelques animaux, ou du bruit des vagues émues par la tempête, ou enfin du cours tumultueux d'un grand fleuve, comme dans ce magnifique tableau de M. Delille:
Sous le ciel éclatant de cette ardente zone,
Montrez-nous l'Orénoque et l'immense Amazone,
Qui, fiers enfans des monts, nobles rivaux des mers,
Et baignant la moitié de ce vaste univers,
Epuisent, pour former les trésors de leur onde,
Les plus vastes sommets qui dominent le monde,
Baignent d'oiseaux brillans un innombrable essaim,
De masses de verdure enrichissent leur sein,
Tantôt se déployant avec magnificence,
Voyagent lentement et marchent en silence,
Tantôt avec fracas précipitant leurs flots,
De leurs mugissemens fatiguent les échos,
Et semblent à leur poids, à leur bruyant tonnerre
Plutôt tomber des cieux que rouler sur la terre.
[MURMURE, MURMURER]. Cette Onomatopée ne varie point dans le grec, dans le latin, dans l'italien, dans l'espagnol, etc. Ce sont de ces mots que la nature semble avoir enseignés à tous les peuples.
Leur son peint parfaitement à l'oreille le bruit confus et doux d'un ruisseau qui roule à petits flots sur les cailloux, ou du feuillage qu'un vent léger balance, et qui cède en frémissant. Le mouvement vague et presqu'imperceptible des eaux et des bois, élève dans la solitude une rumeur qui interrompt à peine le silence, tant elle est délicate et flatteuse, et c'est de là que les Langues ont tiré ces expressions si harmonieuses et si vraies, que, tous les jours répétées, elles paraissent toujours nouvelles.
Tout est changé, tout me rassure,
Je n'entends plus qu'un bruit
Semblable au doux murmure
D'une onde claire, pure,
Qui tombe, coule et fuit.
Dans ces vers charmans de Bonneville, toutes les syllabes coulent et murmurent.
J'ose croire que nous n'avons point à envier, dans cette circonstance, la prononciation des Latins, si elle était telle que Dumarsais et beaucoup d'autres Grammairiens le présument. En effet, le mot murmure, prononcé à la française, est composé de sons plus liquides, et en quelque sorte plus fugitifs que n'étaient ceux de leur mourmour et du mormorio des Italiens; et l'harmonie un peu emphatique de ces derniers mots, leur fait perdre, selon moi, beaucoup de leur grâce et de leur fluidité.
[MUSC]. Je ne hasarde ce mot au nombre des Onomatopées que sur la foi de M. Court de Gébelin qui le croit formé du bruit que fait le nez en flairant, en aspirant les parfums. Il s'appuie de deux analogies différentes, l'une tirée du Celtique ou d'une Langue analogue dans laquelle il prétend que mussa signifie flairer, et musse, odeur; l'autre tirée de l'Ethiopien où ce dernier mot se dit mez; mais cette opinion peut paraître un peu hasardée.
Il est du moins certain que les Grecs qui ont appelé le musc, moschos, ont dit muzo dans le même sens que les Latins musso, clausis labris sonum è naribus emitto; ils ont appelé muron certaines odeurs, et l'odeur en général, murodia. Muxoter, c'est la narine. Le nom du rat, qui est le mus des Grecs et des Latins, et à qui l'odeur du musc est assez communément propre, pourrait procéder aussi de la même analogie.
Les mots odeur et flairer se rendent, d'ailleurs, en Celtique par des expressions qui présentent l'Onomatopée très-juste du bruit que fait l'aspiration des parfums: c'houés et c'houesâd.