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[OIE]. «Le cri naturel de l'oie, dit M. de Buffon, est une voix très-bruyante. C'est un son de trompette ou de clairon, clangor, qu'elle fait entendre très-fréquemment et de très-loin; mais elle a de plus d'autres accens brefs qu'elle répète souvent; et lorsqu'on l'attaque ou l'effraie, le cou tendu, le bec béant, elle rend un sifflement que l'on peut comparer à celui de la couleuvre. Les Latins ont cherché à exprimer ce son par des mots imitatifs, strepit, gratitat, stridet.

»Soit crainte, soit vigilance, l'oie répète à tout moment ses grands cris d'avertissement ou de réclame; souvent toute la troupe répond par une acclamation générale, et de tous les habitans de la basse-cour, aucun n'est aussi vociférant, ni plus bruyant».

C'est ce cri naturel de l'oie qui est devenu son nom dans notre Langue et dans quelques autres. Je crois, du moins, qu'on peut regarder comme des Onomatopées le chen des Grecs, dont ils semblent avoir fait chaino, hio, dehisco, parce que le ronflement rauque d'un homme qui dort la bouche ouverte est assez pareil au bruit que fait l'oie irritée; le kaki de certains Orientaux, le wazon des Arabes, le gwasi des Celtes, le goas des Suédois, le gaas des Danois, et l'apatta des Nègres de la Côte d'Or; mais rien n'est d'un effet d'imitation plus vrai qu'un de ces noms qui est particulier aux Mexicains, et par lequel ils ont voulu exprimer le cri bref et fréquent dont M. de Buffon parle à propos de cet animal. Ils l'ont appelé tlalacatl, et cette dénomination factice a été conservée par Fernandez.

L'oie mâle s'appelle un jars, et ce mot a produit une expression fort usitée. De jars et du Celtique comps, langage, en construction, gomps ou gon, l'on a fait jargon, jargonner, parler comme des oies.

On disait oüe en vieux français, comme le prouvent ces vers de la farce de Patelin:

Vous l'en avez pris par la moüe,
Il doit venir manger de l'oüe.

Il me semble donc que M. Decaseneuve a mal rencontré quand il a fait de ce mot un augmentatif d'oiseau, et qu'il est d'ailleurs difficile de remonter à son étymologie autrement que par l'Onomatopée.

[OISEAU]. La construction de ce mot est extrêmement imitative; il est composé des cinq voyelles liées par une lettre doucement sifflante, et il résulte de cette combinaison une espèce de gazouillement très-propre à donner une idée de celui des oiseaux. Il est à remarquer comme une singularité très-rare dans notre Langue, que ce mot gazouiller est formé, comme le mot oiseau, des mêmes sons vocaux, liés par la même consonne. Il n'en est distingué que par son intonation qui est prise dans une lettre gutturale, par conséquent très-bien appropriée à l'idée qu'il exprime.

[OUATE]. C'est la première soie que l'on recueille sur le cocon du ver à soie, ou un duvet léger que fournit une espèce d'anas. On s'en sert pour doubler des vêtemens d'hiver; et le bruit moëlleux que produisent ces vêtemens quand on les froisse, a pu donner l'idée de cette dénomination, qui serait assez imitative; mais c'est une étymologie douteuse que je n'alléguerais point, si les Lexicographes en reconnaissaient une autre, pour peu vraisemblable qu'elle fût.