P

[PÂMER, PÂMOISON]. Du spasma des Grecs, qui lui-même est construit imitativement d'après le bruit propre à la figuration particulière de la bouche d'une personne qui se pâme.

[PEPIER]. C'est du cri naturel des moineaux, ou plutôt de tous les jeunes oiseaux, que ce cri a été formé. On a dit autrefois pipier, qui n'est plus d'usage.

Piauler, piuler, sont dans le même cas, quoiqu'également imitatifs.

Piailler, Piaillerie, Piailleur, dérivent du même son naturel; on les a faits pour exprimer une criaillerie fatigante et perpétuelle, comme les cris des petits oiseaux. Les Latins employaient pipulum pour, injure, huée et rumeur publique, par la même analogie.

Pépie, est le nom d'une maladie dont une grande altération est la cause ou le symptôme. Ne semble-t-il pas que ce mot soit créé du bruit que font de petits oiseaux tourmentés par la soif? Le peperi des Grecs, dont les Latins ont fait piper, ne remonterait-il pas encore à la même racine par une extension peu forcée, parce que c'est une substance qui altère et qui donne la pépie? Les Grecs appelaient pippos un petit oiseau; et ce qui vient singulièrement à l'appui de mes conjectures, pipizo se prenait indifféremment chez eux pour pipio, sugo cum sonitu, ou potum prœbeo. Pio même signifiait bibo, et de là le piot de Rabelais et de nos anciens Auteurs. Pino, qui avait le même sens, est devenu le nom français d'un raisin. Pepier emportait d'ailleurs en vieux langage l'idée de gémissement et de plaintes comme dans ces vers de Villon:

Je sens mon cœur qui s'affaiblit,
Et puis je ne peux pepyer.

Les Espagnols ont piar, et les Italiens pipire, comme les Latins. Ces derniers appelaient les pigeonneaux pipiones, et nous en avions fait autrefois pipions.

Pipée, dit Nicod «est un mot fait et imité de la voix des oiselets, comme aussi pippe, pipper, et pippeur, et signifie le siffler que l'oiseleur fait avec une fueille de fou, ou d'autre arbre, ou de roseau, ou avec une pippe de bois, contrefaisant la voix d'iceux oiselets. Selon ce on dit, prendre des oiseaux à la pipée, qui est quand un homme caché dedans un buisson et bien entouré de rameaux couverts de gluons, ayant un chathuant ou hibou branché et attaché près de luy, contrefait le pippis des oiseaux, ou bien pressant les ailes ou les pieds d'un oiseau vif, le fait crier, car les oiseaux advolent à ce pippis, ou à ce cry, pour garantir leurs semblables du chathuant qu'ils cuident les tenir, et se perchent sur ces rameaux et s'engluent. Pipée, par métaphore, se prend pour mine ou contenance contrefaite».

Piper, pipeur, qui ne se prennent plus que pour l'action de piper les dés, ont peut-être été rejetés trop dédaigneusement de la Langue; leur emploi était fondé sur une allusion très-naturelle, et leur sens était vif et frappant. Montaigne a dit avec son énergie, avec sa précision ordinaire, que la Rhétorique étoit une art mensongère et piperesse: il y a dans les Langues des expressions si heureusement caractéristiques, qu'une fois perdues, on ne peut plus les remplacer.

[PIC]. Instrument de fer courbé et pointu vers le bout, qui a un manche de bois, et dont on se sert à ouvrir la terre et à rompre le roc; Onomatopée du bruit que rend la pierre sous l'instrument qui la brise.

Piquer, c'est donc primitivement frapper avec un pic. On dit encore qu'on pique la pierre, quand on blanchit une maison en dépouillant la pierre de sa surface.

Pioche, nom d'un outil de labourage, a été alongé d'un son plus mousse, parce la pioche creuse et ne brise point.

Bêche, est un mot de la même construction, prononcé sur une touche moins dure, parce que la bêche n'attaque pas la terre avec force, et ne sert qu'à la diviser.

En anglais, le verbe piocher se rend par le verbe dig. Dans ce dernier mot, l'imitation du son est frappante. On remarque la même vérité dans la formation du mot tuf, qui est le nom d'une terre compacte et prête à se pétrifier, qui rend sous la pioche et sous la bêche un son net et sec dont ce terme est l'expression; mais comme cette étymologie n'est pas incontestable, je me contente de la rapporter ici à cause de l'analogie du sujet.

* [POUPE]. Suivant Nicod, que j'aime à citer souvent, «c'est la tette ou mammelle, soit d'une femme comme la nomment en aucunes contrées de France, soit de bestes mordans comme la nomment les veneurs, disans les poupes d'une ourse, et semblables, le mot vient du prétérit grec pépoka, tout ainsi que pot, et est dit poupe, parce que le faon tette et boit le laict par là, ou bien est fait par Onomatopée du son que l'enfançon fait de ses lèvres en suçant à force le laict de la mammelle».

Si toutefois le prétérit grec pépoka pouvait être rapporté à cette racine, c'était plutôt comme dérivé que comme type, et il paraît que Nicod s'en est aperçu. Il aurait fait remonter le mot poupe avec plus de vraisemblance au mot popanon, qui est le popanum des Latins, et qui est incontestablement de la même famille. Remarquez d'ailleurs que les Latins ont dit puppus et puppa, d'où viennent puer et puella.

Poupée, c'est l'image d'une petite fille, d'un enfant qui tette encore. Quelqu'évidente que soit l'étymologie de ce mot, on s'est avisé, je ne sais où, de le dériver de Poppée, parce qu'on prétend que cette femme fut la première qui mit le masque en usage pour conserver la beauté de son teint et le préserver du hâle et des injures de l'air.

Poupon, c'est, dans le langage vulgaire et enfantin, un petit garçon à la mammelle.

[PUER]. Du bruit que fait la bouche en repoussant, avec une forte émission du souffle, les odeurs désagréables.

Pouah, interjection qui marque le mépris et le dégoût, doit en être le son radical.