D

DAB ou DABE: Père (Argot du peuple).

DAB DES RENIFLEURS: Préfet de police (Argot des voleurs).

DABIER: Père (Argot du peuple).

DADA (Avoir un). V. Marotte.

DAIM: Imbécile (Argot du peuple). V. Couillon.

DANDILLANTE: La cloche.

Dans les usines, la cloche sonne les heures d’entrées et de sorties et aussi l’heure des repas.

—Si je suis en retard c’est parce que tu as foutu un coup de pouce à la tocante du singe.

Mot à mot: la cloche dandille (Argot du peuple).

DANDINETTE: Diminutif de danse, battre légèrement.

Dandinette est une correction infligée à un enfant désobéissant (Argot du peuple).

DANDILLER: Sonner.

Les faubouriens en ont fait dardiller, de dard.

—Je dardille pour une belle fille (Argot du peuple). N.

DANSE (En donner une): Battre un individu.

Entrer en danse, entrer dans une affaire, apparaître (Argot du peuple).

DANSER: Faire danser quelqu’un.

Synonyme de faire payer (Argot du peuple).

DANSER DU BEC: Puer de la bouche (Argot du peuple). V. Trouilloter de la hurlette.

DANSER L’ANSE DU PANIER (La faire): Domestique qui majore les denrées qu’elle achète et fait payer cent sous à la patronne ce qui en vaut quarante (Argot du peuple).

DARDANTS: Mes amours (Argot des voleurs).

DARDUNNE: Cinq francs (Argot des voleurs). V. Tune.

DARIOLE: Soufflet, coup de poing. A. D.

La dariole est une pâtisserie commune qui se vend dans les fêtes publiques.

Le pâtissier se nomme darioleur (Argot du peuple). N.

DARON: V. Dabe.

DARONNE: Mère; dans le peuple on dit la dabuche (Argot du peuple).

DAUF: V. Paf.

DAUDÉE (Passer à la): Souteneur qui floppe sa marmite quand elle ne rapporte pas de pognon (Argot des souteneurs). N.

DÉBACHER LA ROULOTTE: Changer la voiture de place.

Les forains emploient cette expression pour indiquer qu’il vont d’une ville à une autre. (Argot des saltimbanques).

DÉBAGOULER: Cette expression est usitée dans les faubourgs pour qualifier un orateur de réunion publique qui débagoule son boniment (Argot du peuple).

DÉBALLAGE: Étalage par les camelots de marchandise sur la voie publique ou dans des boutiques louées au mois.

Déballage se dit aussi dans le peuple d’une femme avec qui on couche pour la première fois.

—Tu la crois dodue, bien faite tu vas la voir au déballage; elle a été moulée dans un cor de chasse (Argot du peuple).

DÉBALLER: Soulager ses entrailles pour quinze centimes, ce que ne pouvait digérer Villemessant qui trouvait exorbitant d’être forcé de donner trois sous pour restituer un petit pain qui n’en coûtait qu’un et encore en laissant la marchandise (Argot du peuple).

DÉBALLONNER (Se): S’évader.

Mot à mot: se sauver du ballon (prison).

Déballonner: accoucher.

Se défaire de son ballon ou mieux du lève-jupes (Argot des voleurs).

DÉBINE: Se prend de manières différentes.

Être dans la misère la plus complète.

—Je suis dans la débine.

—Je m’en vais, je me sauve, je me débine (Argot du peuple).

DÉBINER: Dire du mal de quelqu’un.

—Nous l’avons tellement débiné qu’il n’a pu réussir (Argot du peuple).

DÉBINER LE TRUC: Compère mécontent qui révèle le secret de son associé (Argot des voleurs).

DÉBOUCLER SA VALISE: Mourir.

On devrait plutôt dire boucler car le voyage est assez long (Argot des commis voyageurs).

DÉBOULER: Arrivée subite de quelqu’un que l’on n’attendait pas.

—Il déboule subito (Argot du peuple).

DÉBOULER: Femme qui accouche.

Allusion de forme; enceinte à pleines ceintures, elle est ronde comme une boule; accouchant elle déboule (Argot du peuple).

DÉBOULONNER SA COLONNE: Mourir.

Cette expression n’est employée que depuis 1871, lorsque les communards jetèrent la colonne Vendôme par terre parce qu’elle gênait Courbet (Argot du peuple).

DÉBOURRER SA PIPE: V. Déballer.

DÉBRIDOIRE: Outil de malfaiteurs (Argot des voleurs). V. Tâteuse.

DÉBOUTONNER: Parler, avouer.

—Tu peux te déboutonner mon vieux, il faut que nous sachions ce que tu as dans le ventre.

On dit aussi: Déculotte ta pensée (Argot du peuple).

DÉBROUILLARD: Individu qui sait se débrouiller au milieu des ennuis de la vie et qui en sort victorieux.

On emploie, dans les ateliers, cette image caractéristique, mais peu parfumée:

—Il sortirait de cent pieds de merde (Argot du peuple).

DÉCALITRE: Chapeau.

Il a, en effet, la forme d’un boisseau (Argot du peuple).

DÉCAMPER SANS TAMBOUR NI TROMPETTE: Lâcher une femme ou un patron sans les prévenir.

Fausser compagnie à quelqu’un.

Laisser une affaire en plan (Argot du peuple).

DÉCANILLER: Se lever de sa chaise ou de son lit.

—Allons, paresseux, décanille plus vite que ça (Argot du peuple).

DÉCARADE: S’en aller au plus vite.

En un mot, décarrer, partir.

Une vieille chanson dit:

Allons, Flipote,

Met ta capote,

Et puis, décarrons-nous.

(Argot du peuple).

DÉCARCASSER (Se): S’échiner à faire un travail qui produit peu.

Se décarcasser à courir pour arriver à l’heure de la cloche.

—J’ai beau me décarcasser, je ne suis pas plus avancé une année que l’autre (Argot du peuple).

DÉCARRER DE BELLE: Sortir de prison à la suite d’une ordonnance de non-lieu.

Mot à mot: Je l’échappe belle (Argot des voleurs).

DÉCARTONNER: Mourir de consomption.

Les commères disent: mourir à petit feu.

Décartonner est synonyme de décoller (Argot du peuple).

DÉCHARD: Qui est dans la dèche (Argot du peuple).

DÈCHE: Synonyme de débine.

Cette expression est due à une circonstance curieuse:

Un colosse, nommé Hache, marchand de ribouis au marché du Temple, avait la passion du théâtre; il figurait au cirque de l’ancien boulevard du Temple. Il occupait l’emploi de tambour-major de la garde; c’était insuffisant pour son ambition: il voulait parler. À force d’obsessions, il obtint de Lalouc de dire un mot dans une pièce. Il devait dire à Napoléon:

—Quel échec, mon Empereur!

La langue lui fourcha, il avait oublié sa phrase.

Alors, à tout hasard, il s’écria:

—Sire, ah! quelle dèche!

L’expression est restée, et, dans le peuple, quand on veut indiquer un grand malheur elle est employée (Argot du peuple).

DÉCHIRER SA TOILE: Péter.

Allusion au bruit qui souvent ressemble à un déchirement (Argot du peuple). V. Peau courte.

DÉCORS: Bijoux.

L’expression est jolie. On dit dans le peuple, d’une femme chargée de bijoux: Elle est décorative (Argot du peuple).

DÉCRASSER: Les filles décrassent un homme en le débauchant d’abord, en le ruinant ensuite.

Les voleurs décrassent un pante en le volant.

Décrasser, dans un autre sens, est synonyme de déniaiser (Argot du peuple).

DÉCROCHER UN LARDON: Faire avorter une femme.

Les spécialistes qui se livrent à ce genre de travail se nomment des faiseuses d’anges (Argot du peuple). N.

DÉCROCHER LA LUNE AVEC LES DENTS: Vouloir accomplir une chose impossible.

Expression employée par ironie (Argot du peuple).

DÉCROCHER LA TIMBALE: Arriver bon premier, réussir.

Allusion au mât de cocagne, où le premier arrivé au sommet décroche le premier prix qui est généralement une timbale.

Cette expression est populaire depuis la représentation de la pièce intitulée la Timbale (Argot du peuple). N.

DÉCROCHEZ-MOI ÇA: Vêtements fripés que vendent les marchandes à la toilette.

Comme les vêtements sont accrochés et étiquetés, inutile de marchander; on n’a qu’à dire à la vendeuse: Décrochez-moi ça.

Toute personne mal habillée sent le décrochez-moi ça (Argot du peuple).

DÉCROCHER SES TABLEAUX: Individu qui sans cesse se fourre les doigts dans le nez pour on retirer les ordures.

—Tu reçois donc du monde que tu décroches tes tableaux? (Argot du peuple).

DÉCULOTTÉ: Homme qui a mis son mobilier ou son commerce au nom de sa femme.

Il ne porte plus la culotte.

Déculotté aussi quand la femme est maîtresse au logis: elle porte les culottes (Argot du peuple).

DÉFARGUER: Pâlir.

Le parrain fargue,

Le bêcheur défargue.

dit une vieille chanson (Argot des voleurs).

DÉFARGUER: Les joueurs disent cela d’une carte qui les gêne.

Au polignac ils se défarguent du valet de pique (Argot des voleurs). N.

DÉFENDRE SA QUEUE: Défendre sa peau dans une bataille.

Quand deux chiens se battent dans la rue, les spectateurs crient:

—Toto, défend ta queue.

Défendre sa queue, c’est défendre ses intérêts de toutes manières (Argot du peuple).

DÉFILER LA PARADE: Se dit à quelqu’un que l’on chasse.

—Allons, défilez la parade, et plus vite que ça (Argot du peuple).

DÉFLEURIR ou DÉFLOUER LA PICOUSE: Voler le linge qui sèche dans les campagnes, sur des haies (Argot des voleurs). V. Batousier.

DÉFOURAGER: S’en aller, quitter un endroit pour un autre.

—Je défourage de la Centrousse pour renquiller à Pantin (Argot des voleurs).

DÉGLINGUE (Tomber dans la): Être tout à fait par terre.

Plus misérable que les misérables (Argot du peuple). N.

DÉGOBILLER: Vomir (Argot du peuple). V. Mettre du cœur sur le carreau.

DÉGOTTER: Se dit de quelqu’un mal habillé.

—Tu la dégottes mal.

Dégotter, signifie également trouver.

—Il y a deux mois que je la cherche, j’ai fini par la dégotter.

Dégotter quelqu’un: faire quelque chose mieux que lui.

Victor-Hugo, par exemple dégotte Sarrazin, le poète aux olives (Argot du peuple).

DÉGOURDI: Se dit par ironie d’un homme lourd et pâteux.

—J’ai froid, je vais marcher vite pour me dégourdir les jambes.

On dit d’une gamine qui connaît à six ans ce qu’elle devrait ignorer à quinze: elle est dégourdie pour son âge (Argot du peuple).

DÉGRAISSEUR: Le garçon de banque qui à chaque échéance vient dégraisser les débiteurs (Argot du peuple). N.

DÉGRINGOLADE. V. Dégringoler.

DÉGRINGOLADE À LA FLÛTE: Vol commis par une fille sur un miché de passage.

L’expression flûte est assez significative (Argot des voleurs).

DÉGRINGOLER: Tomber d’une haute situation dans la misère.

Dégringoler un pante: tuer un bourgeois.

Dégringoler des hauteurs d’un succès pour tomber dans la médiocrité (Argot du peuple).

DÉGUEULAS, DÉGUEULATIF, DÉGUEULBIF, DÉGOÛTATIF ET EMMERDATOIRE: Individu à l’aspect tellement dégoûtant que sa vue soulève le cœur et donne envie de vomir (Argot du peuple). N.

DÉGUISER EN CERF (Se): Se sauver le plus rapidement possible.

—Je t’invite à un bal masqué, quel costume prendras-tu?

—Je me déguise en cerf.

Mot à mot: Je n’y vais pas (Argot du peuple). N.

DÉMARQUEUR DE LINGE: Homme de lettres qui pille ses confrères sans façon.

Démarquer un article de journal: changer simplement les phrases.

Allusion aux voleurs qui démarquent le linge avant de le bazarder au fourgat (Argot du peuple).

DEMI-AUNE: Le bras.

Les mendiants disent:

Je tends la demi-aune.

C’est une façon de ne pas avoir l’air que l’on tend la main (Argot des mendiants).

DEMI-RÉCOLTE: Personne petite, naine, chétive.

On dit dans le peuple:

—Sa mère devait être concierge, un locataire aura demandé le cordon au bon moment (Argot du peuple). V. Bas du cul.

DEMOISELLE DE PAVEUR: Sorte de pilon en bois garni à sa base d’un fort morceau de fer. Il sert à enfoncer les pavés pour égaliser la rue.

Ce pilon a deux anses en forme de bras; pour le soulever, les paveurs le prennent par les bras.

Allusion au bras que l’on donne aux demoiselles.

Elles sont généralement moins dures à soulever que la demoiselle du paveur (Argot du peuple). N.

DÉMONTER SON CHOUBERSKI: Mourir.

L’expression n’est pas juste, on devrait plutôt dire: monter son chouberski, car chacun sait que ce poêle n’a rien de commun avec l’élixir de longue vie (Argot du peuple). N.

DÉMORGANER: Accepter une observation.

Comprendre que la morgue est inutile (Argot du peuple).

DEMORRE: Homme (Argot des voleurs).

DÉMURGER: Fuir.

Cette expression est fréquemment employée par les souteneurs au cours d’une bataille:

—Voilà la rousse, démurge, ou y vont le faire chouette. La copaille va rendre l’affe, il est saigné au bon coin (Argot des voleurs).

DÉNICHEUR DE FAUVETTES: Terme ironique employé pour se moquer d’un individu qui se vante de prendre la virginité des filles (Argot du peuple). V. Dépuceleur de nourrices. N.

DÉPAILLER: Jusqu’ici cette expression était employée pour dire qu’une chaise n’avait plus de paille: elle était dépaillée.

Dans les quartiers pauvres, les ouvriers n’ont généralement pas de sommiers; ils couchent sur des paillasses garnies de paille de seigle; quand un propriétaire, un vautour impitoyable, veut les faire expulser, ils disent:

—Tu peux aller chercher le quart et tous ses sergots, tu ne me feras pas dépailler.

Mot à mot: abandonner ma paille (Argot du peuple). N.

DÉPENDEUR D’ANDOUILLES: Homme grand comme une perche à houblon.

Allusion à ce qu’il pourrait sans échelle dépendre les andouilles suspendues au plafond (Argot du peuple).

DÉPENSER SA SALIVE: Orateur qui parle à un auditoire distrait; il parle en pure perte et dépense sa salive inutilement.

On dépense sa salive à vouloir convaincre quelqu’un qui ne veut rien savoir (Argot du peuple). N.

DÉPIAUTER: Synonyme de dépouiller.

Terme commun.

—Je me déshabille, je me dépiaute.

Quand les voleurs s’en veulent pour un motif quelconque, ils tentent de s’arracher la peau.

Mot à mot: se dépiauter comme un lapin (Argot des souteneurs).

DÉPITÉ: Ennuyé, éprouver du dépit, dans le sens de déception.

Dans le peuple on applique cette expression aux députés non réélus.

Le mot français est devenu un mot d’argot.

—C’est un dépité de la Seine ou d’ailleurs.

On dit encore qu’il a été dépoté, prenant la Chambre pour un pot.

Ou bien:

—Les électeurs l’ont enfin déporté (Argot du peuple). N.

DÉPLANQUER: Quand un voleur est en prison, il est en planque.

Il est également en planque quand il est filé par un agent; quand il sort de prison ou quand il grille l’agent, il se déplanque (Argot des voleurs). V. Déplanqueur.

DÉPLANQUEUR: Complice qui déterre les objets volés pendant que son camarade subit sa peine.

C’est un usage chez les voleurs d’enterrer pour les soustraire à la justice, les objets volés; au moins s’ils subissent une peine ils ne font pas du plan de couillé (Argot des voleurs).

DÉPONER: Levare ventris onus. A. D.

Nous voilà suffisamment renseigné si on ajoute pour comprendre que déponer vient de ponant, derrière, et que déponer est synonyme de débourrer.

Quand un individu vous cramponne par trop, on l’envoie... déponer sur la planche où il met son pain (Argot du peuple).

DÉPOTOIR: Confessionnal.

C’est bien en effet un dépotoir, puisque l’on y laisse ses ordures, une fois l’absolution reçue. (Argot des voleurs). V. Comberge.

DÉPOT: Prison située sous le Palais de Justice, où l’on conduit par le panier à salade tous les individus arrêtés par les agents.

C’est un lieu infect, indigne de notre époque, en raison de la promiscuité des détenus et de l’absence d’air et de lumière.

Ce n’est pas dépôt que l’on devrait dire, mais bien dépotoir, car il y passe annuellement 67,000 individus.

Environ 15,000 vagabonds et 22,000 filles publiques.

Je ne compte pas les voleurs qui ont horreur de ce lieu de détention surnommé la Cigogne (Argot des voleurs). N.

DÉPUCELEUR DE NOURRICE: Fanfaron qui s’imagine avoir trouvé la pie au nid et qui y trouve souvent une chose désagréable. (Argot du peuple).

DÉPUCELEUR DE FEMME ENCEINTE. V. Enfonceur de porte ouverte.

DÉRONDINER: Un sou se nommant un rond, de là l’expression pour indiquer que l’on s’en sépare en payant:

—Je me dérondine tous les jours pour sorguer (Argot du peuple).

DÉROUILLER: Recouvrer sa souplesse, se mettre au fait d’un service L. L.

Dérouiller: enlever la rouille d’une pièce de fer ou d’acier.

Dérouiller: perdre ses habitudes casanières pour reprendre ses relations.

Dérouiller a dans le peuple une autre signification.

Pour dérouiller, ce n’est pas le papier émeri qui est employé, mais la première femme venue (Argot du peuple). N.

DÉSATILLER: Châtrer (Argot des voleurs).

DESCENDRE LA GARDE:

Mourir (Argot du peuple).

DESCENDRE À LA CRÈMERIE: Cette expression est employée par les filles qui n’aiment pas les hommes; elle est suffisamment claire.

Par la satisfaction qu’elles éprouvent, elles boivent du lait non écrémé (Argot des filles). V. Accouplée. N.

DESCENTE DE GOSIER: Avoir une soif perpétuelle.

Pochard jamais rassasié (Argot du peuple).

DESCENTE DE LIT: Femme facile, qui se couche au moindre signe.

Synonyme de paillasse (Argot du peuple). N.

DÉSENFLAQUER: Se tirer d’un mauvais pas.

Mot à mot: sortir de la merde.

Un prisonnier est enflaqué; le désenflaquer, c’est lui rendre la liberté (Argot des voleurs).

DÉSENTIFLAGE: Rompre avec quelqu’un avec qui on était lié.

Mot à mot: se désentifler, se quitter, se séparer.

C’est l’opération contraire à celle d’entifler (Argot du peuple).

DESSALÉ: Noyé que l’on retire de l’eau.

Allusion à la morue que les ménagères font dessaler avant de la manger (Argot du peuple).

DESSALEURS: C’était une compagnie d’assassins qui attendaient sur les quais déserts du canal Saint-Martin les passants attardés.

Ils les dépouillaient d’abord et les jetaient ensuite à l’eau.

Le lendemain matin ils arrivaient comme par hasard sur la berge, armés d’un croc et repêchaient le dessalé pour avoir la prime.

L’opération était doublement fructueuse.

La bande fut arrêtée et condamnée. L’expression est restée dans le peuple; tout noyé pour lui est un dessalé (Argot du peuple). N.

DÉTACHER LE BOUCHON: Vider ses intestins.

Allusion à la bouteille qui se vide le bouchon retiré (Argot du peuple). V. Débourrer sa pipe.

DÉTOCE: Détresse, misère.

Quand les aminches n’ont plus d’os, ils sont dans la détoce (Argot du peuple).

DÉTOURNEUR: Voleur.

Détourner, un objet de sa destination (Argot du voleurs).

DÉTOURNEUSE: Voleuse qui opère spécialement dans les grands magasins de nouveautés.

Il y a bien des manières de pratiquer ce vol, elles sont expliquées à leur place (Argot des voleurs).

DÉTOURNEUSE AU MOMIGNARD: V. Abéqueuse.

DEUX SŒURS (mes): Dans le peuple, par abréviation, on dit: mes deux pour te faire une paire de lunettes.

Ce n’est pas des fesses qu’il s’agit, comme le dit Delvau, mais des testicules.

On appelle aussi deux sœurs, les deux nattes de cheveux que les femmes portent sur leurs épaules (Argot du peuple).

DÉVIDAGE A L’ESTORGUE: Acte d’accusation lu en cours d’assises par le greffier.

Dévider: parler; à l’estorgue, faussement (Argot des voleurs).

Dévider: promenade en dévidoir que font les prisonniers sur le préau (Argot des voleurs). V. Queue de cervelas.

DÉVIDER SON CHAPELET: Les portières se chargent de cette opération en cancanant sur les locataires (Argot du peuple).

DÉVISSER SON BILLARD: Mourir.

Quand le billard est dévissé, adieu la partie.

Un à peu près dit qu’il n’y a plus Moyaux de faire une partie de Billoir quand on joue Troppmann (Argot du peuple).

DIABLE: Agent provocateur.

Malgré que ce mot fasse partie du vocabulaire des voleurs, il n’est pas d’usage que les agents de la sûreté provoquent les voleurs à commettre un vol; ils n’ont pas besoin d’être stimulés pour cela.

En politique c’est un fait constant, car, sous l’Empire, jamais il n’y a eu un complot sans que, parmi les pseudo-conspirateurs, il n’y se soient trouvés plusieurs agents de la préfecture de police.

Il y en eut même un du service du fameux Lagrange dans l’affaire des bombes d’Orsini.

Dans le peuple on dit simplement mouchard (Argot du peuple).

DIGELETTES ou DÉGELETTES: Bagues (Argot du peuple).

DILIGENCE DE LYON: (La promettre).

Chose invraisemblable que promit un jour une fille à un client de hasard.

Elle mourut subitement avant d’avoir réalisé sa promesse.

C’était, à ce qu’il paraît, vraiment fantastique: il fallait cinquante mètres de câble, une ancre de marine en acier fondu, cinq kilos de chandelles-des-six, un tonneau de mélasse, un kilo d’essence de géranium, trente éponges, la graisse d’un guillotiné, un fémur de fille vierge, dix litres de pétrole, deux cartouches de dynamite....

Le client parcourut le monde entier à la recherche de la diligence de Lyon, il mourut à son tour sans la rencontrer (Argot des filles). N.

DINDORNIER DE CASTU: Infirmier.

Prisonnier employé comme auxiliaire pour remplir ces fonctions dans les infirmeries des prisons (Argot des voleurs). N.

DINGUER: Envoyer dinguer quelqu’un, c’est l’envoyer promener.

Quand deux hommes se battent et que l’un tombe sur le pavé, sa tête dingue.

Synonyme de sonner (Argot du peuple).

DISTRICT: Maison de tolérance.

Ces maisons sont parquées dans des quartiers spéciaux. C’est un restant des vieilles coutumes du moyen-âge, où les ribaudes étaient parquées dans les clapiers de la Cité.

Mot à mot: maison dans un district (Argot des souteneurs). V. Bocard.

DIX-HUIT: Ce mot est né d’un calembourg.

Un soulier ressemelé est deux fois neuf.

2 fois 9 18 (Argot du peuple).

DOIGT DANS L’ŒIL (Se fourrer le): Prendre ses désirs pour la réalité, croire que s’est arrivé.

S’imaginer être aimé pour soi-même.

Se figurer avoir du talent (Argot du peuple).

DOMBEUR: Pince qui sert aux voleurs pour fracturer les portes (Argot des voleurs). V. Monseigneur.

DONNER: Dénoncer.

Les nonneurs en dénonçant, mot à mot: donnent (livrent) leurs complices à la justice (Argot des voleurs).

DONNEZ-LA: Prenez garde, il y a du danger.

Mot d’avertissement pour prévenir de l’arrivée de la police.

Synonyme d’acrée (Argot des voleurs).

DONNER UN COUP DE PILON: Les mendiants qui ont une jambe de bois nomment cette jambe un pilon.

L’allusion de forme est juste.

Quand ils vont mendier à une porte, ils ont soin de faire voir leur infirmité, de là l’expression donner un coup de pilon (Argot des mendiants). N.

DONNER À LA BOURBONNAISE (La):

Vouloir du mal à un individu, n’oser lui en faire, ne lui rien dire, mais le regarder d’un mauvais œil.

—Qu’est-ce que tu as donc que tu la donnes à la Bourbonnaise sur le barbauttier?

—Y m’a foutu huit jornes de franc carreau (Argot des voleurs).

DORANCHER: Pour dorer, par extension comme billancher pour biller.

On trouve fréquemment dans l’argot du peuple un changement de finale pour exprimer un mot (Argot du peuple).

DORMIR À LA CORDE: Avant l’invention des refuges municipaux (les haras de la vermine) il existait, rue des Trois-Bornes, un bouge tenu par le père Jean.

L’unique salle avait à peu près vingt mètres de long sur trois mètres de largeur. Dans toute la longueur, une grosse corde était tendue; elle était terminée par deux forts anneaux qui la fixaient à chaque extrémité.

Les clients, la plupart des giverneurs, payaient trois sous d’entrée; cette somme leur donnait le droit de s’accroupir les bras sur la corde et de dormir.

Cinquante environ pouvaient y trouver place.

À cinq heures du matin le père Jean sonnait le réveil en tapant avec un morceau de fer sur une vieille casserole.

Parmi les dormeurs il y en avait dont le sommeil était dur: ils ne se levaient pas. Alors le père Jean décrochait la corde et les dormeurs tombaient sur les dalles.

Dormir à la corde est resté légendaire (Argot du peuple). N.

DORMIR DANS L’AUGE: Paresseux pour qui le travail est un supplice.

Allusion au cochon, qui, lorsqu’il est gavé, s’endort dans son auge (Argot du peuple). N.

DORMIR EN CHIEN DE FUSIL: Dormir en cerceau.

Allusion à la forme de l’ancien chien de fusil à piston (Argot du peuple).

DORMIR D’UN ŒIL: Faire semblant de dormir, avoir l’œil ouvert et l’oreille aux aguets.

Le prévenu enfermé dans sa cellule avec un mouton ne dort que d’un œil pour ne pas, pendant son sommeil, laisser échapper des révélations.

On dit aussi dormir en gendarme (être en éveil) (Argot du peuple).

DORMIR SUR LE PAN DE LA CHEMISE DE SA FEMME: Quand un ouvrier arrive en retard à l’atelier, les camarades le plaisantent et le saluent par cette phrase, qui a un sens caché.

—Tu as dormi sur le pan de la chemise de ta femme (Argot du peuple). N.

DORMIR SUR LE RÔTI: Être couché avec sa femme et s’endormir au moment psychologique.

S’endormir sur son travail (Argot du peuple). N.

DORT EN CHIANT: Ouvrier qui va fréquemment au cabinet et y reste longtemps: pendant ce temps-là il ne travaille pas.

Cette expression s’applique surtout aux maçons qui restent accroupis jusqu’à ce que les jambes leur fassent mal.

Dans le peuple on dit:

Tu chies comme les maçons (Argot du peuple). N.

DOUBLE-SIX: Nègre (Argot des voleurs).

DOUBLEUR DE SORGUE: Voleur de nuit.

Il double la journée (Argot des voleurs). V. Attristé.

DOS VERT: Maquereau.

Ce poisson, en effet, est mélangé de plusieurs couleurs sur le dos.

L’allusion est transparente. (Argot du peuple).

DOSSIÈRÉ: Chaise (Argot du peuple). N.

DOUCE (S’en offrir une): V. Bataille des Jésuites. N.

DOUCETTE: V. Mordante.

DOUILLARD: Peut s’entendre de deux manières.

Clovis Hugues a beaucoup de douilles (cheveux).

Rothschild a beaucoup de douilles (argent) (Argot du peuple).

DOULOUREUSE (La): La carte à payer.

Quand on paye c’est toujours douloureux, c’est l’éternel quart d’heure de Rabelais (Argot du peuple).

DOUILLES: Cheveux (Argot du peuple). V. Alfa.

DOUILLES SAVONNÉES: Cheveux blancs.

Lorsque les cheveux commencent à grisonner, la chevelure est poivre et sel (Argot du peuple). N.

DOUSSIN: Plomb (Argot des voleurs). V. Gras double.

DRAGEOIRES: Les joues (Argot des voleurs). V. Jaffles.

DRAGUE: Le médecin.

Allusion à la drague qui nettoye la Seine.

Le médecin de prison qui a le purgatif facile, drague les intestins des malades qui sont au castu (Argot des voleurs).

DRINGUE: Pièce de cinq francs en argent (Argot des voleurs). V. Tune.

DROGUER: Demander.

Allusion à droguer, attendre.

—Voilà deux heures que ce pierrot-là me fait droguer pour la peau (Argot du peuple et des voleurs).

DROGUEUR DE LA HAUTE: Voleur du grand monde (Argot des voleurs).

DUC DE GUICHE: Guichetier.

À l’instar des anciens ducs féodaux, il règne sur ses vassaux:—les prisonniers (Argot des voleurs).

DUCONNEAU: Être niais.

—Tu es plus bête que celui d’où tu sors (Argot du peuple). N.

DU MÊME TONNEAU: La même chose.

Un homme politique veut tout réformer, il fait de belles promesses à ses électeurs et ne fait pas mieux que ses devanciers.

C’est du même tonneau.

Du vin à douze ou du vin à seize, Bordeaux ou Bourgogne:

C’est du même tonneau (Argot du peuple). N.

DUO D’AMOUR: Yeux pochés (Argot des voleurs). N.

DUR: Il est au dur: en prison.

C’est dur: pénible, difficile.

C’est dur à digérer: grosse sottise ou blague impossible à avaler.

Dur à cuire: vieux troupier qui ne ressent rien.

Dur (être dans son): être ce jour-là plus courageux qu’à l’ordinaire (Argot des voleurs).

DURAILLE: Pierre (Argot des voleurs).

DURAILLE SUR MINCE: Diamant sur carte (Argot des voleurs). N.

DURE (La): Terre.

Les vagabonds, qui y couchent souvent, savent par expérience qu’elle n’a pas la mollesse d’un lit de plume (Argot des voleurs).

DURÈME: Fromage blanc (Argot des voleurs).

DURINER: Ferrer.

Allusion à la dureté des chaînes avec lesquelles autrefois on ferrait les forçats (Argot des voleurs).