FOI

Mon Dieu, je n’ose plus aimer qu’à vos genoux.

La prière m’offrit sa douceur imprévue.

Et le pardon qui vint un jour de pénitence,

Dans un baiser de paix redorer l’existence.

Fragment

Et Dieu nous unira d’éternité. Prends garde!

Fais-moi belle de joie! et quand je te regarde,

Regarde-moi, jamais ne rencontre ma main

Sans la presser. Cruel! on peut mourir demain,

Songe donc! Crains surtout qu’en moi-même enfermée,

Ne me souvenant plus que je fus trop aimée

Je ne dise, pauvre âme oublieuse des cieux

Pleurant sous mes deux mains, et me cachant les yeux:

«Dans tous mes souvenirs je sens couler mes larmes;

Tout ce qui fit ma joie enfermait mes douleurs;

Mes jeunes amitiés sont empreintes des charmes

Et des parfums mourants qui survivent aux fleurs.»

Car j’ai là comme une prière

Qui pleure pour lui nuit et jour;

C’est la charité dans l’amour,

Ou c’est sa parole première.

Qu’elle enfermait d’âme et de foi.

Sa voix jeune et si tôt parjure.

J’en parle à Dieu sans son injure

Pour que Dieu l’aime autant que moi.

Puis entre Dieu qui juge et ma crainte éblouie

Il étendra sa main

Ce nœud tissu par nous dans un ardent mystère

Dont j’ai pris tout l’effroi,

Il dira que c’est lui, si la peur me fait taire;

Et s’il brûla son vol aux flammes de la terre,

Je dirai que c’est moi.

Non qu’en frappant sur moi l’éternité s’apaise

Partout quelque oiseau chante au fond de mon sommeil

Naguère quand leurs traits dans l’ombre m’ont touchée

Je m’en allai vers Dieu; j’y retourne aujourd’hui

Car sa main est pour tous, et je m’y sens cachée.

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Et sous cette main qui délivre

J’entrerai comme tous aux cieux.

Là leur or ne pourra les suivre;

Moi je n’y porterai qu’un livre

Fermé maintenant à leurs yeux.

Ce livre, ce cœur plein d’orages

Plein d’abîmes et plein de pleurs

Déchiré dans toutes ses pages

Dieu, sauveur de tous les naufrages

Aura la clef de ses douleurs.

D’où vient, sinon d’en haut cette lumière étrange

Dans les moments profonds que nous ouvre le sort.

Sur la terre où rien n’est durable

Que d’espérer.

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Dites moi si dans votre monde

La mémoire est calme et profonde.

J’ai levé mes deux mains entre vous et ma crainte

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Je fuyais. Mais, Seigneur! votre incessante flamme

Perçait de mes détours les fragiles remparts

Et dans mon cœur fermé rentrait de toutes parts.

Quand plus rien ne s’allume aux sombres horizons

Et que la lune marche à travers un long voile

O Vierge! ô ma lumière! en regardant les cieux

Mon cœur qui croit en vous voit rayonner vos yeux.

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Et tous les passagers l’un à l’autre inconnus

Se regardent disant: «D’où sommes-nous venus?»

Ne me reviendras-tu que dans l’éternité?

La prière toujours allumant son sourire

Quand l’ange gardien passe et l’aide à la mieux dire.

Fais tant et si souvent l’aumône

Qu’à ce doux travail occupé

La mort te trouve et te moissonne

Comme un lys pour le ciel coupé[46]

Elle allait chantant d’une voix affaiblie

Mêlant la pensée au lin qu’elle allongeait

Courbée au travail comme un pommier qui plie

Oubliant son corps d’où l’âme se délie

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Ne passez jamais devant l’humble chapelle

Sans y rafraîchir les rayons de vos yeux

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Et c’est sans mourir une visite aux cieux.

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N’ouvrez pas votre aile aux gloires défendues,

De tous les lointains juge-t-on la couleur?

Les voix sans écho sont les mieux entendues,

Dieu tient dans ses mains les clefs qu’on croit perdues

De tous les secrets lui seul sait la valeur.

Je vais au désert plein d’eaux vives

Laver les ailes de mon cœur

Car je sais qu’il est d’autres rives

Pour ceux qui vous cherchent, Seigneur.

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Vous qui comptez les cris fervents

Lui dont les bras cloués ont brisé tant de fers[47]

Je vous obtiens déjà puisque je vous espère

Et que vous possédez tout ce que j’ai perdu.

Ne dis jamais: «Personne» où l’abandon te prend

Sous le toit d’aubépines

Qui lui sert de palais

L’oiseau chante matines

Dans l’arbre pur et frais.

Les enfants du village

Sont ses anges élus

Et les bruits du feuillage

Lui sonnent l’Angélus!

Doux Maître! nous venons sans passé, sans remords

Vous prier tendrement pour nos frères les morts.

Qu’ils sortent du tombeau comme nous de nos langes

Doux Père! accordez-leur encor des ailes d’anges.

Si pour les racheter nous n’avons pas de pleurs,

Dieu des petits enfants, prenez toutes nos fleurs.

En regardant couler nos flots

Penché sur ce monde qu’il aime

Jésus triste au fond de lui-même

Retrouve de divins sanglots.

[46] Ailleurs:

Enfin, faites tant et si souvent l’aumône,

Qu’à ce doux travail ardemment occupé

Quand vous vieillirez—tout vieillit, Dieu l’ordonne

Quelque ange en passant vous touche et vous moissonne

Comme un lys d’argent pour la Vierge coupé.

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Je l’embrasse de l’âme, et je le vois charmant

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Il est beau du malheur écrit sur sa figure

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Le jour où l’enfant le console

Par une colombe qui vole,

Dieu le sait vite, avant le soir

...................

Dieu voilé parle en lui. Souvent ses vieux lambeaux

M’ont paru lumineux comme si de flambeaux,

Comme si de rayons d’une auréole sainte

Sa tête blanchissante et paisible était ceinte.

[47] Ailleurs:

Je suis le grand souffle exhalé sur la croix

Où j’ai dit: Mon Père! on m’immole, et je crois.