FOI
Mon Dieu, je n’ose plus aimer qu’à vos genoux.
La prière m’offrit sa douceur imprévue.
—
Et le pardon qui vint un jour de pénitence,
Dans un baiser de paix redorer l’existence.
—
♦Fragment♦
Et Dieu nous unira d’éternité. Prends garde!
Fais-moi belle de joie! et quand je te regarde,
Regarde-moi, jamais ne rencontre ma main
Sans la presser. Cruel! on peut mourir demain,
Songe donc! Crains surtout qu’en moi-même enfermée,
Ne me souvenant plus que je fus trop aimée
Je ne dise, pauvre âme oublieuse des cieux
Pleurant sous mes deux mains, et me cachant les yeux:
«Dans tous mes souvenirs je sens couler mes larmes;
Tout ce qui fit ma joie enfermait mes douleurs;
Mes jeunes amitiés sont empreintes des charmes
Et des parfums mourants qui survivent aux fleurs.»
—
Car j’ai là comme une prière
Qui pleure pour lui nuit et jour;
C’est la charité dans l’amour,
Ou c’est sa parole première.
Qu’elle enfermait d’âme et de foi.
Sa voix jeune et si tôt parjure.
J’en parle à Dieu sans son injure
Pour que Dieu l’aime autant que moi.
—
Puis entre Dieu qui juge et ma crainte éblouie
Il étendra sa main
Ce nœud tissu par nous dans un ardent mystère
Dont j’ai pris tout l’effroi,
Il dira que c’est lui, si la peur me fait taire;
Et s’il brûla son vol aux flammes de la terre,
Je dirai que c’est moi.
—
Non qu’en frappant sur moi l’éternité s’apaise
—
Partout quelque oiseau chante au fond de mon sommeil
Naguère quand leurs traits dans l’ombre m’ont touchée
Je m’en allai vers Dieu; j’y retourne aujourd’hui
Car sa main est pour tous, et je m’y sens cachée.
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Et sous cette main qui délivre
J’entrerai comme tous aux cieux.
Là leur or ne pourra les suivre;
Moi je n’y porterai qu’un livre
Fermé maintenant à leurs yeux.
Ce livre, ce cœur plein d’orages
Plein d’abîmes et plein de pleurs
Déchiré dans toutes ses pages
Dieu, sauveur de tous les naufrages
Aura la clef de ses douleurs.
—
D’où vient, sinon d’en haut cette lumière étrange
Dans les moments profonds que nous ouvre le sort.
—
Sur la terre où rien n’est durable
Que d’espérer.
..............
Dites moi si dans votre monde
La mémoire est calme et profonde.
—
J’ai levé mes deux mains entre vous et ma crainte
.....................
Je fuyais. Mais, Seigneur! votre incessante flamme
Perçait de mes détours les fragiles remparts
Et dans mon cœur fermé rentrait de toutes parts.
—
Quand plus rien ne s’allume aux sombres horizons
Et que la lune marche à travers un long voile
O Vierge! ô ma lumière! en regardant les cieux
Mon cœur qui croit en vous voit rayonner vos yeux.
.....................
Et tous les passagers l’un à l’autre inconnus
Se regardent disant: «D’où sommes-nous venus?»
—
Ne me reviendras-tu que dans l’éternité?
—
La prière toujours allumant son sourire
Quand l’ange gardien passe et l’aide à la mieux dire.
—
Fais tant et si souvent l’aumône
Qu’à ce doux travail occupé
La mort te trouve et te moissonne
Comme un lys pour le ciel coupé[46]
—
Elle allait chantant d’une voix affaiblie
Mêlant la pensée au lin qu’elle allongeait
Courbée au travail comme un pommier qui plie
Oubliant son corps d’où l’âme se délie
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Ne passez jamais devant l’humble chapelle
Sans y rafraîchir les rayons de vos yeux
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Et c’est sans mourir une visite aux cieux.
....................
N’ouvrez pas votre aile aux gloires défendues,
De tous les lointains juge-t-on la couleur?
Les voix sans écho sont les mieux entendues,
Dieu tient dans ses mains les clefs qu’on croit perdues
De tous les secrets lui seul sait la valeur.
—
Je vais au désert plein d’eaux vives
Laver les ailes de mon cœur
Car je sais qu’il est d’autres rives
Pour ceux qui vous cherchent, Seigneur.
...............
Vous qui comptez les cris fervents
—
Lui dont les bras cloués ont brisé tant de fers[47]
—
Je vous obtiens déjà puisque je vous espère
Et que vous possédez tout ce que j’ai perdu.
—
Ne dis jamais: «Personne» où l’abandon te prend
—
Sous le toit d’aubépines
Qui lui sert de palais
L’oiseau chante matines
Dans l’arbre pur et frais.
Les enfants du village
Sont ses anges élus
Et les bruits du feuillage
Lui sonnent l’Angélus!
—
Doux Maître! nous venons sans passé, sans remords
Vous prier tendrement pour nos frères les morts.
Qu’ils sortent du tombeau comme nous de nos langes
Doux Père! accordez-leur encor des ailes d’anges.
Si pour les racheter nous n’avons pas de pleurs,
Dieu des petits enfants, prenez toutes nos fleurs.
—
En regardant couler nos flots
Penché sur ce monde qu’il aime
Jésus triste au fond de lui-même
Retrouve de divins sanglots.
[46] Ailleurs:
Enfin, faites tant et si souvent l’aumône,
Qu’à ce doux travail ardemment occupé
Quand vous vieillirez—tout vieillit, Dieu l’ordonne
Quelque ange en passant vous touche et vous moissonne
Comme un lys d’argent pour la Vierge coupé.
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Je l’embrasse de l’âme, et je le vois charmant
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Il est beau du malheur écrit sur sa figure
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Le jour où l’enfant le console
Par une colombe qui vole,
Dieu le sait vite, avant le soir
...................
Dieu voilé parle en lui. Souvent ses vieux lambeaux
M’ont paru lumineux comme si de flambeaux,
Comme si de rayons d’une auréole sainte
Sa tête blanchissante et paisible était ceinte.
[47] Ailleurs:
Je suis le grand souffle exhalé sur la croix
Où j’ai dit: Mon Père! on m’immole, et je crois.