LES YEUX ET LES PLEURS

J’ai vécu d’aimer, j’ai donc vécu de larmes!

On dirait que le jour est rentré dans ses yeux.[30]

Et qu’en chantant surtout on est près de pleurer.

Tes beaux yeux en s’ouvrant un jour à la lumière

Ont condamné les miens à te pleurer toujours.

Si tes yeux ont des pleurs, regarde-moi toujours.

.....................

Que j’aimais de tes yeux la brûlante douceur!

... Oh! l’ange qui pardonne

Doit regarder ainsi quand il ouvre les cieux.

Du charme de ses yeux il m’accablait encore.

....................

Que la vie est rapide et paresseuse ensemble

Dans ma main qui s’égare, et qui brûle et qui tremble

Que sa coupe est fragile et lente à se briser.

Ciel! Que j’y bois de pleurs avant de l’épuiser.

Oui, pour ne les plus voir j’abaisse ma paupière.

Je m’enfuis dans mon âme et j’ai revu ses yeux!

Quand ton sein se brisa dans une lutte affreuse

On ignorait encore qu’il était plein de pleurs.

Ainsi qui lit trop loin ne voit plus que des larmes.

Les pleurs silencieux attendent les plus doux

Ils souffrent sans le dire, ils meurent à genoux.[31]

♦avec [Nature].♦

... Un charme est dans mes pleurs,

L’air est chargé d’espoir, il revient, je le jure.

Car ce qui nous aima nous le pleurons toujours.

Ce qui m’a fait pleurer jamais je ne l’oublie.

Cache-moi ton regard plein d’âme et de tristesse.

C’était ton regard pur qui répandait sa flamme

Sur notre plus beau jour réfléchi dans tes yeux.

Allez, Dieu comptera vos pleurs

Au fond d’une âme solitaire.

Que le pleur plein d’un triste charme

Dont tes chants ont mouillé mes yeux.

Ainsi pour m’acquitter de ton regard à toi,

Je voudrais être un monde et te dire: «Prends-moi.»

.....................

Ni ces heures sans nom dans le temps balancées

Dont les ailes pliaient d’un tel bonheur lassées

Alors que je laissais pour unique entretien

Mon regard ébloui s’abriter sous le tien.

...................

Et fondre dans mes yeux quelque doute rêveur.

Et mon cœur sait la place où je leur dois des pleurs

Qu’ils me font mal sur d’autres que les miens (les yeux).

Et Dieu vous bénira qui dans vos chastes yeux

Infiltra le symbole et la teinte des cieux.

Laissez tomber sans voix les larmes de mes yeux

Qui cherchent leur chemin pour arriver aux cieux.

Quand tout y devient froid, jusqu’aux pleurs de leurs yeux.

Mais des sanglots lointains dirigent nos adieux

....................

Et le deuil de la terre encense leur malheur.

Tout ce qui pleure est beau...

Bénis soient donc vos pleurs dont l’intérêt s’amasse

♦Lien de Les yeux
et les pleurs
avec
[L’amour des fleurs].♦

Dieu vous garde à qui pleure, à qui va de vos charmes

Humecter sa prière, attendrir ses regrets!

Inclinez-vous, ce soir, sous les dernières larmes

Qui s’épanchent sur vous du fond de mes secrets.

[30] D’un mendiant aveugle—le même qui lui fait ajouter:

Et la voix que j’adore

Dans ce cœur consolé résonne-t-elle encore?

[31] Vivre dans le feu et les larmes, hélas! ce doit être une purification. Je vis ainsi. Ce mot est vrai d’une femme en parlant du ciel: «J’irai sur mes genoux.»

Fragment d’un brouillon inédit.

A rapprocher encore du vers de la couronne effeuillée.

J’y répandrai longtemps mon âme agenouillée.

dont une lettre que je possède varie et fait ainsi hésiter la sublime formule

Où toute âme répand sa vie agenouillée

.................

Mon âme y répandra sa vie agenouillée.

«Cette vie terrestre est vraiment un exil, cher frère...,
Pour moi, je t’avoue que j’en passe la moitié à genoux

Lettre citée par Sainte-Beuve.

Cet événement qui a rouvert toute ma vie et les scènes lugubres qui l’ont suivie m’ont jetée dans un si morne abattement que j’en suis restée comme à genoux.

Lettre inédite.

LA VOIX[32]

... j’ai peur de ma mémoire,

Elle a gardé ta voix qui m’appelle souvent.

[32] Lire toute la pièce La Voix d’un ami, tome II page 281.

Pour retrouver ma voix qui manque à son oreille

Et moi, dans un accent qui trouble et qui captive

Naguère un charme triste est venu m’attendrir.

Mes lèvres loin de toi retenaient tes accents,

Et ta voix, dans ma voix, troublait encor mes sens.

Une nouvelle voix à son oreille est douce.

Une voix qui réponde aux secrets de sa voix.

Oh! que j’aimais mon nom dans ta voix argentine.

Rends-moi le son chéri de cette voix fidèle,

Dans mon nom qu’il dit tristement

S’arracher aux accents

Que l’on écoute absents.

Peut-être un jour sa voix tendre et voilée

M’appellera sous de jeunes cyprès.