TENDRESSE-TRISTESSE

Mais de nouveaux sentiers s’ouvrent à ma tristesse.

Quand les jours sont moins longs cessent-ils de courir?

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Un cœur tendre s’y cache au jour qu’il semble craindre

A force de bonheur soyez encor plus belle.

Et qu’au réveil l’amour vous le dise à genoux.

Le cœur qui vous aima ne peut jamais changer.

Quand je vous y vois prendre en secret pour vous-même (au miroir)

Tout le plaisir que l’on goûte à vous voir.

Votre bonheur me tenait lieu du mien.

Pour beaucoup d’avenir j’ai trop peu de courage.

Je vais d’un jour encore essayer le fardeau.

Et pour d’autres que moi le printemps était beau.

Sa fuite entre nos bras n’avait plus de passage.

Il est doux en passant un moment sur la terre

D’effleurer les sentiers où le sage est venu;

D’entretenir tout bas son malheur solitaire

Des discours d’un ami qu’on pense avoir connu.

Chaque pleur de mes yeux me rappelle son nom.

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Cette âme où ne tremblait ni repentir ni larme

Aimait! aimait! et puis, comme si quelque charme

Mis entre elle et le monde eut isolé ses pas,

Elle errait dans la foule, et ne s’y mêlait pas.

Mot sans faste, mot vrai, lien de l’âme à l’âme. (au revoir)

Pour aider tes chagrins, j’en ai fait mes douleurs,

Que vous soyez pour nous la charité qui pleure

Ou la muse qui chante afin d’arrêter l’heure

Ou la femme rêveuse au bord de son miroir

Vous êtes toujours vraie et toujours belle à voir.

L’âpre misère enfin, cette bise inflexible

Qui détruit lentement ce que Dieu fit sensible.

Enfant plein de musique et de mélancolie.[33]

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Tout est dans ce beau livre écrit avec des flammes

Reliquaire d’amour qui fait rêver les femmes.

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Non la vierge allaitante et ruminant le ciel

N’a pas souri plus vierge aux mains de Raphaël.

Léopardi, doux Christ oublié de son père,

Altéré de la mort sans le ciel qu’elle espère

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Ne pas consoler l’ange attristé dans son cœur.

C’est beau la jeune fille

Qui laisse aller son cœur

Dans son regard qui brille

Et se lève au bonheur.

Oui la vie est malade avant que tu l’effleures.

Car on dirait que créés pour souffrir

Nous ne pouvons qu’à peine être heureux sans mourir.

La fange des ruisseaux qui consterne mes pas,

Et la foule déserte, où tu ne descends pas.

[33] Brizeux—avec cette transposition de son œuvre et de sa Marie.