CHANSON D’HIVER

Que veux-tu que cela me fasse

Qu’il soit mort le printemps ?

Mon bel ange aux yeux éclatants,

N’as-tu pas pris sa place ?

Grâce à toi tout me semble Avril

Bien que ce soit Décembre,

Qu’ils sont souples, tes cheveux d’ambre,

Qu’il est fin, ton profil.

Ton souffle est une source pure.

Ton cœur est un ruisseau ;

Et comme un ardent arbrisseau

Tu fleures la verdure.

Ton corps fut moulé par les dieux

Qui sculptent la jeunesse.

Qu’elle est suave, ta caresse !

Qu’ils sont profonds, tes yeux !

Tes odeurs sont plus ingénues

Que celles du jasmin.

De plus belles fleurs sous la main

Je n’en ai jamais eues.

Jamais les roses les plus belles

N’enivrent le jardin

Comme enivrent mon cœur soudain

Les lys de tes bras frêles.

Quand tu parles, je me tais,

Et j’écoute, lointaines,

Chanter les voix des fontaines

Qui sont dans les forêts.

Je n’ai plus que quelques semaines

A chérir tes doux yeux.

(Soyez longs, ô jours bienheureux,

Où je bois son haleine !)

Quand nous nous ferons nos adieux,

Ce sera l’heure amère,

Alors, ce sera sur la terre

Avril délicieux.