TROIS STANCES

I

Jeunesse, il ne faut pas me déserter, jeunesse ;

Fais encor de mon corps ta joyeuse maison ;

Que deviendrai-je aux soirs où je perdrai l’ivresse,

Où je verrai l’Amour s’enfuir à l’horizon.

II

Le chat voluptueux se change vite en tigre,

Mon cœur, il ne faut plus jouer avec l’amour.

Admire la beauté, mais reste toujours libre ;

Le félin aux yeux verts t’a joué plus d’un tour.

III

Paris, si je pouvais rester toute une année

Dans tes murs, il serait bien moindre, le plaisir ;

Mais hélas, la saison est presque terminée.

Je t’aime d’autant plus qu’il faut bientôt partir.

C’est demain que je dois te quitter, bon hôtel,

Et quand je m’en irai, ton aspect sera tel

Qu’il fut au jour joyeux de ma bonne arrivée.

La chambre où j’ai vécu sera vite occupée.

Nul ne regrettera mon départ sur la mer ;

Et le nouveau venu (quelque sage au front fier)

Ignorera toujours qu’une âme fut bercée

Dans le lit noir au chant des vers de l’Odyssée.

Les rideaux laisseront pénétrer le soleil.

Le clair retour d’avril sera doux et vermeil

Et la bonne servante aux paupières jaunies

Oubliera le « petit monsieur » des colonies.

ONZIÈME CHANT
LE RETOUR