LA NUIT DANS LES GRANDS BOIS
A M. H.-M.-S. Laidlaw.
Les perroquets criards, les perroquets têtus,
Les perroquets dans l’arbre aux fruits noirs se sont tus.
C’est l’heure où le soleil, parcourant d’autres lieues,
Quitte la Dominique et ses montagnes bleues.
Le crabier sur la branche a rejoint ses petits.
Le sentier ne voit plus rôder les agoutis.
Une dernière fois, la brise sur son aile
Porte à l’écho lointain un chant de tourterelle.
Un grand concert soudain s’élève des bosquets ;
Grenouilles et lézards répondent aux criquets.
Avant de sombrer dans le rêve…
La forêt mêle les couleurs
Harmonieuses de ses fleurs.
Sur les bois la lune se lève…
Les odeurs de la nuit chassent celles du jour.
Mille bruits que le vent emporte avec amour
Exaltent l’air plus vif des solitudes vierges.
L’astre blanc sème ici des lumières de cierges
Et là-bas, sur une eau, des feux de diamants.
Il s’élève admirable entre les fûts dormants
De deux minces palmiers et c’est comme une aurore
Où le chat-huant gris jette son cri sonore.
La nuit claire à présent est reine de l’azur.
L’air est plus lumineux et le parfum plus pur.
Il semble que soudain mille corolles blanches
Parfument les rameaux des immobiles branches.
Les sphinx ont remplacé l’essaim des papillons.
Des lucioles d’or voltigent les feux blonds.
Un lampyre embrasé semble un lent météore.
Un palmier nain d’un feu verdâtre se colore
Tandis que le taupin se pose sur son fût.
Un chien aboie, un chien caraïbe à l’affût ;
Et, vers un grand figuier dont mûrissent les figues,
Je vois bondir soudain deux petites sarigues.