LA NUIT ENCHANTÉE

LE SOUVENIR

Dans une île admirable et pareille à cette île,

J’ai bien longtemps souffert pour tes beaux yeux lointains.

Les nuits n’ont plus d’odeurs quand naissent les matins,

Ton amour va guérir la douleur inutile.

LA RESSEMBLANCE

C’est la même beauté, le même front de neige,

C’est le même regard, ce sont les mêmes yeux :

Tu lui ressembles trop, j’ai peur d’un sacrilège,

Qu’importe ! Accomplissons le rêve radieux.

LE CONTRASTE

Je t’aimais à travers l’immensité des mers

Et la nuit j’étais seul dans mon étroite couche ;

Mais ce soir l’amour ivre envahit tes yeux clos

Je cueille les baisers qui sortent de ta bouche.

L’HEURE DIVINE

Il est temps que bercés par les souffles marins

Nous écoutions nos cœurs bénir leurs espérances.

Jamais le vent n’a mieux bercé les tamarins !

Les flots n’ont jamais eu de si belles cadences !

LE BONHEUR

Ah ! c’est donc toi, petite étoile désirée,

C’est toi dont le parfum m’enivre follement !

J’ai peur en contemplant ton visage charmant

D’une joie éphémère et vite évaporée.

LE CHANT DE LA MER

De la haute forêt surgit la lune ronde,

Laisse-moi t’admirer sous son mirage vert !

N’entends-tu pas, caresse éternelle du monde,

N’entends-tu pas du fond des nuits chanter la mer ?

DANS LES YEUX

Je veux encor parler d’amour à tes beaux yeux.

Il ne faut pas que tu répondes.

Je vois en eux de noirs vaisseaux coupant les ondes

Je vois en eux de noirs adieux.

L’AURORE

Sur l’océan pourpré glisse un grand voilier d’or ;

La pâle lune est morte au ciel de la montagne :

O splendeur de la nuit où tu fus ma compagne

Où j’ai pris dans mes bras la tiédeur de ton corps !

LE RÉVEIL

Lorsque je m’éveillai, désirant ton sourire,

L’océan déchaîné balançait le navire !

Ah ! ce n’était qu’un songe « étrange et pénétrant » ;

Et l’aurore me vit plus pâle et plus souffrant !

HUITIÈME CHANT
D’UN BORD A L’AUTRE DE L’ATLANTIQUE

Dis-moi, quels songes d’or nos chants vont-ils bercer ?

Alfred de Musset.