PROMENADE DANS L’ILE ENCHANTÉE
Then, Heaven ! there will be
A warmer June for me.
Keats.
DANS LES JARDINS DE ROSES
Est-il lieu plus propice au bonheur de l’amour ?
Est-il sous d’autres cieux de tels jardins de roses ?
Dis-moi, n’entends-tu pas au pied des sables roses,
N’entends-tu pas la mer acclamer le beau jour ?
LE LAC
S’il est encore une eau sympathique aux naïades
Et propice à vos jeux, chèvre-pieds des forêts,
C’est ce beau lac mirant en ses flots le ciel frais
Et dont les roseaux verts bercent nos promenades.
L’ÉTANG DU VIEUX CRATÈRE
Œil de saphir au creux d’une grosse émeraude,
L’étang aux iris noirs, sous les palmiers tremblants,
Forme une mer étroite où l’écrevisse rôde,
Un petit lac d’azur hanté des hérons blancs.
ARBRES FLEURIS
Il tombe de chaque arbre une neige de fleurs,
Ici blanche, là rose et plus loin opaline ;
Et le vent mélangeant à l’aube les couleurs
Aux quatre coins des mers porte une odeur divine.
LE BAIN
Qu’il est frais, à travers l’agate d’une eau pure,
Le marbre de ton corps sous les bambous rosés ;
L’onde frôle ta chair avec un doux murmure
Et les lèvres de l’eau te couvrent de baisers.
LE SOIR
Soir tropical, ô coupe ardente, renversée,
Où le feu de la lune a l’éclat d’un trésor,
Quelle est cette langueur adorable, insensée,
Qui prend mon cœur, le quitte et le reprend encor.
PAYSAGE
C’est juin et les fraisiers fleurissent dans les bois.
Le couchant sur la mer sème des violettes.
A l’horizon lointain passent des goélettes…
N’entends-tu d’un ramier lointain la sourde voix ?
AUX NUAGES
Nuages descendus au bord de l’horizon,
Vous imitez ce soir une danse macabre ;
Mais le bel alezan d’or du soleil se cabre
Et c’est un feu de joie aux pointes du gazon.
LE LAMPYRE
Le soir au front du ciel met la couronne rose
D’un crépuscule frais plein de chauves-souris.
Soudain un large feu monte, tourne et se pose,
Un feu vert de lampyre au fond des bois fleuris.
LE JASMIN
Le tambour d’un criquet bat dans les hautes branches
D’un manguier que la nuit berce sur le chemin ;
Et la tonnelle ronde où fleurit un jasmin
Semble un petit ciel noir criblé d’étoiles blanches.
Que cette île est heureuse à la fin d’un beau jour ?
Est-il ciel plus propice au rêve de l’amour
Que celui dont l’azur exalte notre vie ?
Le soir voluptueux étreint des mornes bleus
Et sous les grands palmiers de la route suivie,
Le reflet de Vénus plonge au fond de tes yeux.
Les voix des beaux oiseaux diurnes se sont tues.
C’est l’heure où la caresse attend les bien-aimés.
Ton corps est plus parfait que le corps des statues,
Tes cheveux ont frôlé les jasmins embaumés.