L’EMBARQUEMENT
Ce soir les sept couleurs du prisme
Coupent l’azur de leurs splendeurs.
Un arc-en-ciel de son bel isthme
Joint le steamer à l’île en fleurs…
Pour voir d’autres pays, d’autres mers, d’autres villes,
Bel Archipel, je vais te quitter pour un temps.
Je veux aller revoir l’Europe aux nuits subtiles ;
L’Europe de la neige et celle du printemps.
Pour consoler mon cœur d’avoir vieilli, je rêve
De marcher dans l’hiver des bois.
Ici tout est splendeur du piton à la grève
Sous le ciel pareil, douze fois.
Je veux aller revoir les villes populeuses,
Les boulevards emplis par les fleuves humains ;
J’ai trop longtemps vécu dans les îles rêveuses,
La mer va m’ouvrir ses chemins.
On ne peut de nos jours rencontrer l’aventure
Merveilleuse en un îlot clair.
Nausicaa n’est plus l’enfant de la nature
Et ne vit plus près de la mer…
On garde encor sous les cyprès de l’Italie
De la beauté des dieux le culte pur et fier
Et dans Londres le soir, pleins de mélancolie
Il est des yeux profonds et beaux comme la mer.
Paris, cité divine est l’oasis lointaine,
Le dernier paradis terrestre où loin du sot
On peut sans trépasser écouter la Sirène
Et retrouver les yeux pâles de Calypso.
Enivrés par l’azur où chantent les vents calmes,
Exaltez-moi, vastes flots bleus,
Et vous, palmiers lointains, faites avec vos palmes
De tendres, d’émouvants adieux !