LA TOMBE FLEURIE

Je hais le cimetière où l’on dort à l’étroit.

Ah ! qu’on ne couvre pas ma dépouille de marbre ;

Mais qu’on m’enterre, à l’ombre verte d’un grand arbre,

Et que la mer, la mer chante près de l’endroit.

Je voudrais que ma fosse ainsi qu’une tonnelle

Fût en tout temps fleurie afin que le passant

Séduit par la splendeur de l’arbre ravissant

S’arrêtât pour rêver, quelques instants, près d’elle.

Mais, je voudrais surtout, lorsque le renouveau

Enivre les chemins, que passent de beaux couples

De jeunes amoureux aux corps minces et souples

Et qui ne sauraient pas que là gît un tombeau.

Mon âme, au jardin bleu des ténèbres enclose,

Tressaillirait du fond de l’éternel exil

Lorsque l’adolescent divin, le frêle avril,

Viendrait avec l’Aurore y respirer les roses.

Et par les grands étés de l’immense avenir,

Dans les sèves de l’arbre éclaterait encore,

Pour le parer soudain d’une éclatante flore,

Mon rêve radieux qui ne veut pas mourir !