HONNEUR.

Locut. vic.J’ai l’honneur d’être, avec respect, votre très-humble, etc.
Locut. corr.Je suis avec respect, votre très-humble, etc.

L’emploi abusif que l’on fait souvent de ce mot en style épistolaire, a donné lieu à plus d’une juste critique. Cette phrase par exemple: j’ai l’honneur d’être avec respect votre très-humble et très-obéissant serviteur, qui termine tant de lettres, est-elle bien correcte? Nous ne le pensons pas. Qu’on dise: j’ai l’honneur d’être votre très-humble, etc.; ou je suis avec respect votre serviteur, d’accord. Quant à la première phrase, elle est évidemment entachée de pléonasme. Est-il possible en effet d’être le très-humble et très-obéissant serviteur de quelqu’un sans avoir pour lui du respect? Et puis comment dire à un homme, sans le connaître parfaitement, qu’en le respectant on se fait de l’honneur à soi-même? N’est-ce pas se montrer à peu près aussi obséquieux que ce provincial à qui un homme de qualité demandait: Avez-vous vu mes chevaux? et qui répondit: Oui, Monsieur, j’ai eu cet honneur-là? Nous savons qu’il y a certains hommes à qui des témoignages de respect de notre part font peut-être moins d’honneur qu’ils ne nous en font à nous-mêmes; mais ces hommes-là sont si rares que nous ne craignons pas d’avancer que les quatre-vingt-dix-neuf centièmes des formules: j’ai l’honneur d’être avec respect votre très-humble, etc., sont tout-à-fait déplacées, et ne peuvent être regardées que comme le produit de l’irréflexion, de l’habitude ou de l’adulation.

On ne manquera pas, nous le savons, pour réfuter notre opinion, de nous dire que ces formules sont de vains complimens qui ne tirent nullement à conséquence. Nous répondrons que l’homme franc et réfléchi n’écrit jamais que ce qu’il pense, et que lorsqu’il témoigne, même en paroles, à un autre homme, de quelque rang qu’il soit, un respect qui touche aux bornes qu’il doit avoir entre hommes, il veut au moins être sûr que ce respect est bien mérité.