PLIER, PLOYER.

Locut. vic. Faites plier ce jonc.
Aidez-moi a ployer ce drap.
Locut. corr. Faites ployer ce jonc.
Aidez-moi à plier ce drap.

«Vaugelas a très bien observé que ces mots ont deux significations fort différentes; mais on n’a pas voulu l’entendre: et plier a pris, presque partout, la place de ployer, sans toutefois l’exclure de la langue; car les bons écrivains, et surtout les poètes, ploient encore des choses que la foule n’a aucune raison de plier.

«Plier, c’est mettre en double ou par plis, de manière qu’une partie de la chose se rabatte sur l’autre; ployer, c’est mettre en forme de boule ou d’arc, de manière que les deux bouts de la chose se rapprochent plus ou moins. On plie à plat; on ploie en rond. Personne ne contestera qu’on ne plie de la sorte: la preuve que c’est ainsi qu’on ploie, est dans l’usage général et constant d’expliquer ce mot par ceux de courber et fléchir. Plier et ployer diffèrent donc comme la courbure du pli. Le papier que vous plissez, vous le pliez; le papier que vous roulez, vous le ployez. Cette distinction fort claire démontre l’utilité des deux mots.

«Plier se dit particulièrement des corps minces et flasques, ou du moins fort souples, qui se plissent facilement et gardent leur pli: ployer se dit particulièrement des corps raides et élastiques qui fléchissent sous l’effort, et tendent à se rétablir dans leur premier état. On plie de la mousseline et on ploie une branche d’arbre. Quand je dis particulièrement, je ne dis pas exclusivement et sans exception.» (Roubaud, Synonymes fr.)