PLUS D’A MOITIÉ.
| Locut. vic. | Sa fortune est plus d’à moitié faite. |
| Locut. corr. | Sa fortune est plus qu’à moitié faite. |
Doit-on dire plus d’à moitié ou plus qu’à moitié? Cela dépend de l’estime qu’on peut avoir pour la justesse ou pour l’élégance du langage. Ceux qui savent apprécier la première de ces qualités préféreront certainement la conjonction que; ceux qui sacrifient tout à l’élégance emploieront la préposition de. Ces derniers, avouons-le, auront même l’usage pour eux; car il est à peu près certain que nos bons auteurs ont préféré plus d’à demi, plus d’à moitié à plus qu’à demi, plus qu’à moitié, puisque l’on ne cite guère, en faveur de cette dernière construction, que ce vers de Racan:
La course de nos jours est plus qu’à demi faite.
Mais qui ne sait que les meilleurs écrivains ont souvent la faiblesse de sacrifier la pureté de la langue à une futile considération d’euphonie. Aussi, ne balançons-nous jamais dans les questions encore pendantes, comme celle-ci, par exemple, à prendre parti contre eux pour la raison, et à nous insurger contre le fait en faveur du droit.
Comment vous direz qu’une chose est plus que faite (grâce pour l’hyperbole), et si cette chose est à moitié faite et quelque peu de plus, vous ne pourrez pas dire qu’elle est plus qu’à moitié faite? Mais ôtez ces mots à moitié, et il vous restera plus que faite. Or, avec l’autre construction plus d’à moitié faite, supposez que la chose vienne à se parfaire, avec quelque chose même au-delà, et que vous vouliez conséquemment ôter le modificatif à moitié devenu inutile, comment ferez-vous pour y trouver le membre de phrase plus que faite, qui a dû cependant rester indépendant de tout modificatif? Comment ferez-vous pour expliquer la métamorphose du que en de? Il n’y a, comme nous l’avons dit plus haut, que la raison de l’euphonie qui puisse être invoquée ici, et cette raison est tout-à-fait absurde dans le cas présent. Nous pensons donc qu’on doit dire: plus qu’à demi, plus qu’aux deux tiers, plus qu’aux trois quarts, etc.