SACHE, SACHONS.
| Locut. vic. | Je ne sache pas qu’il soit arrivé. |
| Locut. corr. | Il n’est pas arrivé, que je sache. |
Rien n’est plus irrégulier et plus ridicule que ce subjonctif: je ne sache pas, nous ne sachons pas, au commencement d’une phrase, quand rien ne le demande là, quand tout s’oppose à ce qu’il y soit, et qu’il est d’ailleurs si facile de le mettre à une place plus convenable, sans changer en aucune façon la valeur de la phrase. Un de nos bons grammairiens modernes a écrit: «On dit aussi: Je ne sais pas qu’il vient tous les jours, dans le sens de: je suis censé ne pas savoir, ou l’on a voulu me laisser ignorer, on ne m’a pas dit, etc.; mais si l’on veut exprimer une véritable ignorance, on dira: Je ne sache pas qu’il vienne, etc.»
Nous sommes tout-à-fait de l’avis de ce grammairien; quand on voudra faire preuve d’une véritable ignorance on dira: nous ne sachons pas.
«Nous ne sachons pas,» a dit le ministère public dans un procès récent, «que les individus dont on parle aient été tués par le roi.» (Gaz. des Trib. du 26 fév. 1835.)
Nous, espèce de ministère public de la grammaire, nous inculpons de barbarisme M. l’avocat du roi, et requérons contre lui la peine de droit: un peu de ridicule.