VIVE.
| Orth. vic. | Vive les gens d’esprit! |
| Orth. corr. | Vivent les gens d’esprit! |
Presque tous nos dictionnaires, excepté celui de l’Académie, donnent au mot vive le nom d’interjection! Cette désignation est tout-à-fait inexacte, car on écrit vivent au pluriel, et une chose bien connue du plus petit écolier, c’est que l’interjection est une des quatre parties du discours qui ne changent jamais. Dans cette phrase: Meure le tyran, ce mot meure, qui ferait meurent au pluriel, meurent les tyrans, est donc un verbe. Périssent les colonies plutôt qu’un principe, périssent est encore un verbe. En voilà assez, nous croyons, pour démontrer que le mot vive est un véritable verbe au subjonctif. Cette phrase: Vivent les gens d’esprit, n’est autre chose qu’une ellipse de cette autre phrase: Je désire que les gens d’esprit vivent. L’usage est d’ailleurs en faveur de l’orthographe que nous défendons; il paraît même avoir en cette circonstance un caractère qu’il revêt assez rarement, celui de l’unanimité. On lit dans Ronsard:
Vivent, Seigneur, nos terres fortunées,
Vive ce Roy, et vivent ses guerriers
Qui de Poictiers remportent les lauriers.
(Edit. de 1604, tom. IX.)
Dans Palissot: Il est charmant, ma foi; vivent les gens d’esprit!
Dans Peluche: Vivent les gens qui ont de l’industrie!
Dans le Dictionnaire de l’Académie: Vivent la Champagne et la Bourgogne pour les bons vins!
Les Latins en faisaient un verbe: Vivant qui pro nobis favent. Les Espagnols ont suivi cet exemple.
Vivan los esposos,
Alegres, dichosos,
Vivan siglos mil.
(Melendez Valdes, Bodas de Camacho.)
M. Thiers a fait une faute dans le passage suivant: Ils se précipitent alors sur les groupes où l’on criait: Vive les Jacobins! (Hist. de la Rév., t. VII, p. 281.)