VOUS, TE.
| Locut. vic. | Nous vous le tancerons vertement. |
| Locut. corr. | Nous le tancerons vertement. |
Je vous le ferai joliment courir; je te le secouerai joliment. Dans ces phrases, et autres semblables, employées journellement, par des gens instruits même, quel rôle peut-on grammaticalement assigner à ces pronoms vous et te? Qu’ajoutent-ils au discours sous quelque rapport que ce soit? Lui donnent-ils plus d’élégance, plus de clarté, plus d’énergie? Nous ne le pensons pas; bien plus, nous ne considérons ces pronoms que comme des mots parasites qui nuisent au style, loin de l’embellir, et nous recommandons à ceux qui tiennent à s’énoncer purement de ne jamais en faire usage.
Un ancien grammairien, l’auteur des Réflexions sur l’usage présent de la langue française (année 1689), a déjà relevé cette faute. «Une personne, spirituelle d’ailleurs, tenait un jour ce discours, en bonne compagnie, à un homme de la première qualité, à qui il parlait des formules de la justice pour convaincre les criminels: Premièrement, monsieur, disait-il, on vous fait mettre sur une cellette; quand vous êtes là, on vous questionne; on vous demande souvent les mêmes choses sous divers termes, pour vous faire couper, en cas que vous ne disiez pas la vérité; et quand on ne peut plus rien tirer de votre bouche, on vous donne la question jusqu’à ce que vous ayez tout avoué. Après quoi on fait votre procès selon les formes ordinaires. Il fut interrompu à ces mots; mais si on l’eût écouté davantage, je ne doute point qu’après un si beau début, il n’eût continué de la même force, et qu’il n’eût enfin terminé son discours par dire: On vous pend, ou on vous fouette par la ville. La compagnie cependant s’en divertit, et notre homme apprit à se servir une autre fois plus à propos du mot de vous.» Notre grammairien, Andry de Boisregard, trouve, comme on le voit, dans son anecdote un exemple de quelque chose de bien plus grave qu’une inconvenance grammaticale. Ce qui le frappe et le préoccupe, c’est le manque de respect pour un homme de qualité, et sa vénération pour le rang est telle, que, dans le même article, il qualifie d’excès de grossièreté la demande: Comment vous portez-vous? faite directement à un homme de qualité, au lieu d’être exprimée fort indirectement comme: Oserais-je m’informer de la santé de Monsieur?