DU VERBE PASSIF.

D’après Beltran, la voix passive, pour la seconde et la troisième conjugaison, se forme en ajoutant abal ou tabal à la racine du verbe; cambez, enseigner, cambezabal être enseigné; yacun, aimer, yacuntabal, être aimé. Pour la troisième conjugaison, on ajoute simplement à la racine la lettre l, précédée de la voyelle radicale du verbe. Ex.: Tzic, obéir, tzicil, être obéi; tal, toucher, talal, être touché; mol, réunir, molol, être réuni. Cependant si le verbe se termine par une voyelle, on ajoute bal, comme ɔa, donner, ɔabal, être donné.

On peut observer au sujet de ces verbes, qu’ils rentrent tous ici dans la catégorie de ceux dont il est question dans la grammaire quichée, dont la terminaison en bal annonce l’instrument pour faire ou le lieu où se fait la chose. Ainsi par exemple si l’on dit en maya in molol, je suis réuni, c’est comme si l’on disait je la réunion ou ma réunion; a yacuntabal, tu es aimé, ou bien ton amour ou ton être aimé. Ex.: U cambezabal utial in yum, il est enseigné, instruit par mon père; mot à mot son instruction (est) à cause de ou par mon père.

Dans la grammaire de Ruz, le passif est formé exactement comme dans la langue française ou espagnole, etc., à l’aide de l’auxiliaire laytal, être. Ex.: Le nicteoob lay (ou layoob) chanoob tioklal le uinicil; les fleurs sont cueillies par le peuple.

La grammaire de Beltran ajoute que les verbes intransitifs de la première conjugaison ne peuvent d’aucune manière prendre la forme passive: ainsi naczabal, ou naczal, n’est pas le passif de nacal, se lever, mais de naczah, lever.

Ce que nous remarquons à notre tour au sujet de ce verbe, c’est qu’il révèle une particularité commune aux verbes des langues quichée, cakchiquèle et à plusieurs autres de l’Amérique centrale et du Mexique, que, ni Gallatin, ni Norman, ni Ruz ne paraissent avoir observée: c’est la faculté compulsive que nous trouvons dans le verbe naczah, actif, lever, qui n’est autre chose que le compulsif de nac ou nacal, se lever, ou faire qu’on se lève. Ainsi de cim ou cimi, mourir, on fait cimzah, faire mourir ou tuer, de tzic, obéir, tziczah, faire ou forcer à obéir, etc.[24].

Terminons cet abrégé par quelques observations rapides: les particules ca et he sont alternativement conjonction et pronoms relatifs. Ex.: Ma in kat ca a cambez, je ne veux pas que tu enseignes.—Ohelté he Pedro cimi, sache que Pierre est mort, etc.

Observons encore que la lettre t (probablement pour tin ou ten) est préposée d’ordinaire au prétérit de la première conjugaison pour le distinguer de l’impératif. Ex.: t’nacen, je me suis levé.

Le changement de l’i, dans certains verbe en ci, en modifie le sens de cette manière. Cimi in ná, ma mère est morte; cimci in ná, depuis que ma mère mourut.

Ten ci in ou ten cin était souvent substituée à in cah, je suis, dans les verbes neutres et dans ces verbes commençant par une voyelle, le pronom in pouvait être supprimé de cette manière: Ten cualic, je le dis.

Les syncopes, si fréquentes dans toutes les langues de l’Amérique centrale, se retrouvent encore ici fort nombreuses et fort variées. Ainsi ten tziccech pour ten tzicic ech; tzic a yum, pour tzice; cah pour ca h, ou ca ah, signe du masculin. Cambzic pour cambezic; tla pour tela; tucle pour tucule; zazcob pour zazacob, etc. Comme dans le quiché, avec lequel le maya a de si grandes analogies, on y substituait aussi le pronom u à in possessif devant une voyelle, et l’on disait ti u’otoch, à ma maison, au lieu de ti in ou tin otoch, etc.

Ces notions, quelque rapides qu’elles soient, suffiront avec les prières que nous joignons ici pour donner au lecteur une idée de la langue maya et lui permettre d’en faire la comparaison avec celles de l’Amérique centrale que nous lui avons déjà fait connaître: nous aurions étendu encore ces notions, si les éléments en eussent été à notre disposition. Avec le vocabulaire abrégé que nous faisons suivre, nous complétons notre travail sur le Yucatan, en attendant que des documents nouveaux ou une exploration dans cette péninsule si digne d’intérêt nous permette d’en dire davantage.