DES VERBES IRRÉGULIERS.
Nous avons parlé plus haut (page 466) des verbes actifs ou transitifs, et de quelle manière on peut leur appliquer la règle des verbes neutres ou intransitifs. Mais il y a une autre règle, universelle à cet égard, c’est que la formation du prétérit et du futur d’un verbe transitif, changé en intransitif, diffère également, dans l’ancienne grammaire, de la formation usitée dans les verbes transitifs ou intransitifs, que nous avons fait connaître plus haut. Quoiqu’il y eût quelques variations, la règle générale était que les verbes transitifs, devenant intransitifs dans la première conjugaison, prenaient les pronoms usités dans ces derniers; mais la terminaison du prétérit, au lieu d’être simplement i, faisait nahi; et le futur faisait nac au lieu de cac. Ainsi tzicah au lieu de tzici, se change en tzicnahi, et au lieu de tzicac faisait tzicnac.
La même règle s’observait encore par rapport aux verbes composés. Ainsi çhahaa, porter de l’eau, faisait au prétérit çhahaanahi, il a porté de l’eau, et au futur bin çhahaanac, il portera de l’eau.
Comme exception à ces règles, nous citerons le verbe intransitif keluc, tuer, transpirer, dont l’infinitif et le présent ne se terminent pas par l, mais qui forme toutefois son prétérit en nahi et son futur en nac. Okol, pleurer, fait au prétérit oknahi, et futur bin okolnac.
Certains verbes se composent par l’addition de la particule hal ou hil à des noms, pronoms ou adverbes, signifiant alors l’identification de la chose avec une autre, ou avec une personne. Ainsi uinic fait uinic-hal, se faire ou devenir homme; hunppel, un, fait hunppelhol, s’unifier, se singulariser. Yaab, beaucoup, yábhal, multiplier, etc. Tous ces verbes forment leur prétérit et leur futur comme le verbe neutre, par exemple yan ou yantál, avoir. Ainsi uinac-hal, fait uinic-hi, il s’est fait homme, bin uinicac, il se fera homme. Cette particule hal qui ne paraît être qu’un ancien verbe avoir, ne serait-elle pas l’origine de la plupart des infinitifs des verbes se terminant en al? On trouve dans Ruz un certain nombre de verbes qui suivent les règles des verbes en hal, à peu près comme dans Beltran.
Entre autres verbes irréguliers, binel, aller fait au présent bin in cah, allant je suis: binen au présent et bixicen au futur, d’après Beltran. Suivant la grammaire de Ruz, il fait au futur ten he in binel, j’ai (à) aller, etc.
Suivant Beltran, cah aurait la signification d’agir ou de faire quelque chose, ce qui équivaut, après tout, à l’être, car qui agit existe: il se conjugue in cah, j’agis, a cah, tu agis, u cah, il agit, ca cah, a cahex, u cahob, nous, vous, ils, etc. A l’imparfait nous trouvons cahcuchi, il agissait, etc.
Certains verbes dont le radical est en ah ou en oh et le présent en al ou en ol, forment leur prétérit et leur futur de cette manière: Bohol prétérit bohlah, futur bohlé, etc.
Les verbes fréquentatifs se forment comme dans le quiché[23], en redoublant la première syllabe, comme lom, mouvoir ou frapper, lomlomah, frapper ou mouvoir souvent. Quelquefois aussi le redoublement indique un diminutif, comme chocou, chaud, qui fait chochocou, tiède, etc.
Lorsque le verbe se combine à la fois avec le nominatif et un pronom qui en est le régime, il n’y a pas de difficulté quant au régime de la première et de la seconde personne. Les pronoms de la seconde classe en, ech, au pluriel, on, ex, sont respectivement les régimes de ceux de la première classe; mais il paraîtrait, d’après Beltran, que ceux-ci sont suivis alors des pronoms de la seconde classe, précédés de la particule ca avec laquelle ils se composent. Ainsi avec le verbe moc, lier, nous avons pour la combinaison du premier et du second pronoms:
- Ten cin (pour ca in) moc ech, je te lie ou je lie toi.
- Tech ca (pour ca a) moc en, tu me lies.
- Ten cin (pour ca in) moc ex, je vous lie.
- Tech ca (pour ca a) moc on, tu nous lies.
A la troisième personne, le régime est souvent sous-entendu, bien qu’on le trouve exprimé quelquefois dans la finale du verbe terminant en c ou ic pour le singulier, et en ob pour le pluriel, le verbe dans sa forme active suffisant par lui-même pour annoncer le régime.