LA GALERIE DES MACHINES
Un palais, bien plutôt qu’une galerie. C’est immense et c’est magnifique. Il y a là des machines de toutes sortes, qui résument les plus admirables productions de l’industrie humaine.
Avant de parcourir la galerie à pied, maman conduit Jacques et Madeleine à un ascenseur qui dessert l’une des deux grandes plates-formes roulantes. Ces plates-formes, mues par l’électricité, vont, sur des rails très élevés, d’un bout à l’autre du palais. Elles avancent lentement, de manière que l’on ait le temps de regarder toutes les machines au-dessus desquelles on voyage.
Quand les enfants ont ainsi joui d’un coup d’œil d’ensemble, ils examinent la galerie dans ses détails. Jacques regrette beaucoup de n’avoir pas encore étudié la mécanique; il se promet d’être bachelier ès sciences le plus tôt possible, et, quand il y aura une autre Exposition universelle, il pourra expliquer à sa sœur le fonctionnement de toutes les machines qu’ils verront. Pour cette fois, il faut se contenter de regarder sans comprendre.
Du reste, même sans savoir le «parce que» du «pourquoi», on ne saurait se promener dans la galerie sans être intéressé.
Voici, par exemple, une machine à coudre et à broder devant laquelle Jacques et Madeleine se sont arrêtés. Sans doute le frère et la sœur ignorent de quelle façon cet instrument est construit; personne ne leur a probablement dit qu’il a été inventé par un Français, nommé Thimonnier, perfectionné plus tard par l’Américain Elias Howe, et appliqué à une foule de besognes qu’il simplifie et abrège. Mais ils voient combien, grâce à lui, on coud, on pique et l’on brode vite. Une demoiselle fait fonctionner, sans aucune fatigue, l’appareil qui marque des mouchoirs en quelques secondes.
Un peu plus loin, il est vrai, Jacques se fâche au lieu d’admirer. Il marchait tranquillement, lorsque soudain, comme il passait devant un tuyau en forme d’ophicléide, son chapeau s’envole. Il est fort heureux que l’enfant ne porte pas perruque: les faux cheveux se seraient envolés comme le chapeau.
«Oh! la sotte machine! s’écrie-t-il. A quoi bon souffler ainsi sur les gens qui se promènent?
—Mon ami, répond maman, cette machine est un ventilateur, et son rôle est précisément de produire du vent.
—De produire du vent, je le veux bien, mais non pas de me décoiffer.
—L’accident n’est pas grave, avoue-le; et je t’engage à pardonner à l’appareil de l’avoir causé, en faveur des services qu’il rend. Songe que c’est au moyen des ventilateurs que l’on renouvelle l’air dans les endroits où il est vicié. De son souffle puissant l’instrument chasse et remplace l’atmosphère insalubre, et empêche ainsi les maladies et les épidémies.»
Après cette explication de sa maman, Jacques n’est plus du tout fâché contre le ventilateur.
«Mesdames et messieurs, dit un jeune homme assis derrière une petite table surmontée d’une caisse singulière, venez écouter un concert donné il y a dix mois, à New-York.»
Madeleine et son frère se regardent, tout étonnés. Comment est-il possible que, de Paris, on entende de la musique exécutée à New-York, dix mois auparavant? Sans doute ce jeune homme veut plaisanter.
Eh bien, non, il ne plaisante pas du tout. L’appareil qui est sur la table est un phonographe, c’est-à-dire un instrument qui recueille les sons et les reproduit quand on le désire.
«Le phonographe, dit maman, a été inventé par le célèbre Américain Edison. Plus tard, quand vous étudierez la physique, vous apprendrez que c’est à l’électricité et au magnétisme qu’il doit ses propriétés.»
Les enfants et leur mère s’approchent de la table et prennent à la main des fils terminés par une espèce de fourche dont ils appuient les deux extrémités contre leurs oreilles. Aussitôt ils entendent, avec une netteté absolue, un orchestre complet jouer une marche entraînante.
«Comme c’est drôle!» dit Madeleine.
Quant à Jacques, il est de plus en plus décidé à travailler dur pour être bientôt bachelier ès sciences.