LES JOUETS

«Que voulez-vous voir aujourd’hui, mes enfants?» demanda maman, lorsque pour la deuxième fois elle conduisit Jacques et Madeleine à l’Exposition.

Jacques répondit:

«Moi, je voudrais bien voir les jouets.»

Et Madeleine se rangea au désir de son frère.

Va donc pour les jouets!

Ils sont logés au Champ-de-Mars, dans un emplacement qui ressemble à un palais de fées. C’est un étalage de merveilles, un royaume enfantin où il n’y a pas d’heures de classe, mais seulement des heures de récréation. Sûrement si l’on priait messieurs et mesdemoiselles les bébés de désigner un bâtiment qui ne serait pas démoli à la fin de l’Exposition, c’est celui-là qu’ils choisiraient.

On ne sait, dans cette exposition, où porter de préférence ses regards. Des artistes et des savants se sont mis en frais d’imagination pour produire de petits chefs-d’œuvre. Il y en a pour tous les goûts et pour toutes les bourses.

Voici Guignol, avec maître Polichinelle, qui, armé de son bâton, discute avec un avocat. C’est bien le Polichinelle classique, tel que les enfants l’ont vu aux Champs-Élysées, aux Tuileries ou au Luxembourg, le Polichinelle qui bat volontiers et joue des tours, mais qui cependant rit plus souvent qu’il ne se fâche et est bon diable au fond.

Devant le théâtre, des bébés Jumeau aux frais visages et aux pimpants costumes sont disposés sur une grande table. On les croirait vivants, on jurerait qu’ils vont marcher et parler. Du reste, ils sont articulés; leurs paupières sont ouvertes quand ils sont debout, fermées quand ils sont couchés. Presque tous savent dire papa et maman.

A côté, une petite fille (une poupée, bien entendu) est couchée dans un élégant berceau mi-clos de rideaux blancs. L’enfant est endormie et rêve. Une jeune femme, vêtue de blanc, avec des ailes comme en ont les anges dans les tableaux, lui apparaît dans son sommeil, apportant un polichinelle, un mouton, une fillette et un tambour.

Ailleurs, c’est un toutou monté sur des roulettes, c’est un coq fièrement campé sur ses pattes, c’est un tonneau de porteur d’eau traîné par un âne aux longues oreilles.

Oh! la jolie collection de masques! Les uns rient, les autres font la grimace. Il y en a qui ont des nez longs comme la colonne Vendôme. Quelques-uns portent des lunettes. On croirait assister à une fête de carnaval.

Et ce mât de cocagne, qui ressemble à un grand parasol bleu et porte au sommet quantité d’objets qu’un automate va décrocher en grimpant!

«On dirait un bonhomme de chez Robert Houdin,» observe Madeleine.

L’automate est mû par un mécanisme invisible. Quand il est parvenu à l’extrémité du mât, il s’empare de l’objet que le hasard met à portée de son crochet, et redescend. Or, les personnes assemblées ont parié d’avance que le bonhomme reviendrait avec tel lot ou tel autre; c’est à celle qui a deviné juste qu’appartient le lot décroché.

Maman, qui recherche les occasions d’instruire ses enfants, leur apprend que les peuples de l’antiquité aimaient à fabriquer des automates. Elle ajoute que, dans les temps modernes, le plus célèbre constructeur d’objets de ce genre fut un ingénieur français, nommé Vaucanson.

Les enfants ont voulu essayer de gagner un des lots suspendus à l’extrémité du mât de cocagne et maman a donné à chacun d’eux un franc avec lequel ils ont tenté la chance. Mais la fortune ne leur a pas souri et ils n’ont rien gagné du tout. C’est pour eux un petit désappointement; il y avait là-haut certain jambon en sucre que Jacques se fût fait une fête d’emporter à la maison et qu’il regardait avec convoitise. Rien!... Comme c’est ennuyeux! Mais maman est là pour consoler Jacques et Madeleine; elle leur fait comprendre qu’il ne faut jamais compter sur la chance, et que ceux qui, dans la vie, mettent en elle leur confiance, se ménagent fatalement une foule de graves déceptions. Pour un heureux qui gagne un gros lot, il y en a des milliers qui ne gagnent rien du tout.

«C’est, dit-elle, sur le travail qu’il faut fonder ses espérances, non sur le hasard qui échappe à tous nos calculs.»