XIX
Un peu d’or, c’est un remède héroïque.
Le lendemain, Max, encore mécontent, n’alla point chez Louise.
Le lendemain, le comte avait fait prendre des informations.
—J’avais deviné juste, dit-il, une amourette. Nous allons le guérir...
Un valet en grande livrée frappa ce jour-là chez Louise, dans l’après-midi.
La jeune fille fut ouvrir.
—Voici une lettre que M. le comte de Tressang envoie à mademoiselle, j’attendrai la réponse.
Louise décacheta la lettre en tremblant et lut:
«Mademoiselle,
«Vous êtes jeune, vous êtes belle, à l’âge de mon fils, moi aussi, je vous eusse adorée comme lui; mais vous êtes, m’a-t-on dit, aussi sage que belle; vous comprendrez ce que je vais vous dire. Mon fils arrive à l’âge où, avec un nom comme le sien, un mariage est nécessaire, indispensable; depuis longtemps son mariage est arrêté avec une femme qui l’aime et lui assure un heureux avenir; vos relations doivent donc cesser, pour quelque temps, au moins... Plus tard, si vous l’aimez toujours...
«En attendant, je vous prie de recevoir, comme témoignage de l’estime que je fais de votre caractère, le coupon de rente que je vous envoie, espérant que vous mettrez mon fils dans l’impossibilité de vous revoir, et de briser par là son existence.
«J’ai l’honneur d’être, etc.»
Un coupon de rente de 1,200 francs était, en effet, renfermé dans la lettre.
Louise ployait la lettre lentement, sans songer au domestique. Celui-ci lui dit:
—On m’a chargé, mademoiselle, d’attendre une réponse.
—Remettez simplement ceci à M. le comte, et Louise tendit au valet le coupon de rente.
A peine seule, la jeune fille fondit en larmes.
—O ma mère! ma bonne mère! quelle humiliation! s’écria-t-elle, et, se jetant à genoux près de son lit, elle serrait sa tête entre ses mains, il lui semblait qu’elle devenait folle.
Mais cet accablement dura peu; elle se leva bientôt, la résolution brillait dans ses yeux.
—Oui! s’écria-t-elle, le comte a raison; pour Max, si jamais j’étais sa femme, je serais un malheur, je le vois bien par cette lettre que le comte m’a adressée sans penser qu’il me jetait à la face une horrible injure; voilà donc ce que penseraient de moi les gens auxquels Max voudrait présenter sa femme...
Non, ce mariage est impossible. C’est un beau rêve que j’ai caressé trop longtemps, une douce illusion qu’il faut voir s’envoler.—J’étais trop heureuse aussi, un tel bonheur n’était pas fait pour durer longtemps.—Ah! que Max, au lieu d’être riche et noble, n’est-il un pauvre ouvrier, sage et travailleur!
Elle donna quelques minutes à cette douce idée, son cœur s’épanouissait à ce rêve de bonheur.
Mais le souvenir poignant de sa situation lui revint bien vite.
—Allons, se dit-elle, il me faut du courage, que mon amour soit assez grand, assez généreux, pour accomplir sans murmure un grand sacrifice.
Elle prit son chapeau, un châle et sortit.
Le soir même, elle avait vendu à vil prix son petit mobilier qu’elle aimait tant, et s’installait dans un de ces infimes hôtels qui cachent leur entrée repoussante au fond des ruelles populeuses qui aboutissent à la rue Saint-Denis.
Elle songea alors à écrire à Max.
—Mais non, non! se dit-elle, que le sacrifice soit complet, qu’il ignore toujours et mon amour et mon dévouement.
Et lui! puisse-t-il être heureux! Puisse cette femme riche, noble, belle sans doute, l’entourer de tout l’amour dont j’aurais, moi, entouré sa vie.
Et Louise resta de longues heures accoudée à sa petite table, elle pleurait.