XX
Lorsque, le lendemain, Max retourna chez Louise, il fut stupéfait en apprenant qu’elle était partie; le concierge ne put donner aucun éclaircissement.
—Un valet est venu, dit-il au vicomte, un bel homme, avec une livrée superbe, il apportait une lettre, il est resté là-haut assez longtemps; quand il a été parti, mademoiselle Louise est descendue, elle a amené un marchand de meubles, a vendu toutes ses affaires, puis a mis le reste dans un fiacre et est partie sans dire où elle allait.
—Niais! cent fois niais j’étais! s’écria Max, et je croyais à son amour! quelle leçon! Un autre, je le vois, aura été moins respectueux et plus adroit que moi. N’importe, je veux la retrouver.
Et le vicomte, pendant huit jours, se livra à toutes les investigations possibles.
Peines perdues, Louise était introuvable.
Deux ou trois agents qu’il avait mis en campagne furent obligés d’avouer leur impuissance.
Alors le découragement le prit.
Il se fit toute sorte de raisonnements plus spécieux les uns que les autres, pour se prouver qu’il n’aimait pas Louise. Il n’y put parvenir.
Il finit par se laisser entraîner par son père chez la marquise de Chevonceux.
Henriette, qui un moment avait tremblé, était au comble de la félicité. L’orgueilleuse héritière, dont l’esprit lunatique et railleur, le superbe dédain et le mâle aplomb effrayaient les plus braves, fut charmante pour Max.
Elle l’aimait, le regard du vicomte la dominait. Elle eût trouvé du bonheur à lui obéir, elle qui avait toujours dominé. Pour lui, elle eut cette timide gaucherie d’une pensionnaire, cette fraîche candeur d’une jeune fille.
Max s’en revint tout surpris et dans un état d’esprit tout différent.
—M’aimerait-elle? pensait-il. Pourrai-je être heureux avec elle? Et puis, deux cent mille livres de rente!...
Pourtant cette idée de n’épouser que de l’argent lui fit honte, il ne se sentait aucun amour pour Henriette.
Le comte jouissait avec délices de l’embarras de Max, qui se lisait sur sa figure; il se félicitait de son adresse.