NOTES:

[28] Pour cet épisode de l'imposture du capitaine et des langues des géants, voir notre nº 5, les Fils du Pêcheur, et les remarques (I. p. 74 et pp. 76-78).

[29] Ce thème des sœurs du héros, données en mariage à des personnages plus ou moins mystérieux, qui se trouvent être les rois des animaux, poissons, etc., et qui viennent ensuite au secours de leur beau-frère, figure dans divers contes européens, indépendamment du conte grec cité plus haut: par exemple, dans un autre conte grec (Hahn, nº 25), dans un conte sicilien (Gonzenbach, nº 29), dans un conte toscan (Pitrè, Novelle popolari toscane, nº 11), dans un conte de la Haute-Bretagne (Sébillot, nº 16), dans un conte portugais (Coelho, nº 16), dans un conte portugais du Brésil (Roméro, nº 1). Il avait déjà été fixé par écrit au XVIIe siècle, en Italie, par le Napolitain Basile (Pentamerone, nº 33), et au XVIIIe, en Allemagne, par Musæus (Volksmærchen der Deutschen, 1782, nº 1).

[30] Dans le premier de ces contes hongrois, un roi, près de mourir, dit à ses trois fils de donner leurs trois sœurs aux premiers qui les demanderont, et il leur recommande, si jamais ils s'attardent à la chasse, de ne point passer la nuit sous certain peuplier. Les jeunes gens veulent voir pourquoi leur père leur a fait cette recommandation, et c'est sous ce peuplier qu'ils ont leur aventure.—Il nous semble que cette introduction est une altération de la veillée de prières du thème primitif.

[31] Ce conte a aussi de commun avec le premier conte grec, le conte albanais, le second conte hongrois et le second conte serbe, un trait tout à fait particulier. Dans ces divers contes, en allant chercher de quoi rallumer son feu, le héros rencontre un personnage qui «dévide le jour et la nuit», ou bien, successivement, la Nuit et l'Aurore. Il les lie à un arbre pour retarder la venue du jour.

[32] Ces deux contes n'ont-ils pas quelque rapport avec l'histoire égyptienne de Rhampsinite et des fils de l'architecte dans Hérodote (II, 121)?

[33] L'hôtellerie de la princesse se trouve encore dans un conte allemand (Wolf, pp. 154, 158) et dans un conte sicilien (Pitrè, II, p. 34), de types tout différents.



XLI
LE PENDU

Il était une fois un homme qui avait cinq ou six enfants. Un jour qu'une de ses filles était malade, il voulut aller à la foire; il dit à ses enfants: «Que voulez-vous que je vous rapporte de la foire?—Un mouchoir,» dit l'un.—«Des souliers,» dit l'autre.—«Moi, une robe.—Moi, une robe aussi.—Et toi, ma pauvre malade?—Mon père, je voudrais de la viande pour me guérir.»

Arrivé à la foire, le père acheta les robes, le mouchoir, les souliers qu'il avait promis à ses enfants, mais il oublia la viande que sa fille malade lui avait demandée; il ne s'en aperçut qu'en retournant à la maison. «Quel malheur!» se dit-il, «c'était ce qui pressait le plus.»

A la nuit tombante, traversant une forêt, il lui sembla voir des pendus; comme il ne distinguait pas bien, il s'approcha et s'assura qu'en effet c'étaient des pendus. Il coupa une cuisse à l'un d'eux et revint à la maison. Il donna à ses enfants ce qu'il avait acheté pour eux et dit à la malade: «Tiens, mon enfant, voici de la viande pour toi.—Oh! la belle viande!» dit la jeune fille. On en fit du bouillon, qu'elle trouva excellent.

Sur le soir, la malade vit entrer dans sa chambre un homme qui n'avait qu'une cuisse. «Vous avez ma cuisse,» lui dit-il, «vous avez ma cuisse!—Que voulez-vous dire?» demanda-t-elle.—«Vous le saurez un autre jour.»

Le lendemain, l'homme revint encore. «Où donc est votre cuisse?» demanda la jeune fille.—«MAIS C'EST TOI QUI L'AS MANGÉE!»

A ces mots, il disparut. La jeune fille demanda à son père si l'homme avait dit vrai; il fut bien forcé de l'avouer. Vous pensez si la pauvre enfant fut épouvantée!