ACTE IV, SCÈNE II

LES MÊMES, MAJORIN

MAJORIN.—J'ai reçu ton billet, j'ai demandé un congé… de quoi s'agit-il?

PERRICHON.—Majorin… je me bats dans deux heures!…

MAJORIN.—Toi? allons donc! et avec quoi[1]?

PERRICHON, ouvrant son manteau et laissant voir ses épées.—Avec ceci.

MAJORIN.—Des épées!

PERRICHON.—Et j'ai compté sur toi pour être mon second. (Daniel remonte.)

MAJORIN.—Sur moi? permets, mon ami, c'est impossible!

PERRICHON.—Pourquoi?

MAJORIN.—Il faut que j'aille à mon bureau… je me ferais destituer.

PERRICHON.—Puisque tu as demandé un congé…

MAJORIN.—Pas pour être témoin!… On leur fait des procès aux témoins[2]!

PERRICHON.—Il me semble, monsieur Majorin, que je vous ai rendu assez de services pour que vous ne refusiez pas de m'assister dans une circonstance capitale de ma vie.

MAJORIN, à part.—Il me reproche ses six cents francs!

PERRICHON.—Mais si vous craignez de vous compromettre… si vous avez peur…

MAJORIN.—Je n'ai pas peur… (Avec amertume.) D'ailleurs je ne suis pas libre… tu as su m'enchaîner par les liens de la reconnaissance. (Grinçant.) Ah! la reconnaissance!

DANIEL, à part.—Encore un[3]!

MAJORIN.—Je ne te demande qu'une chose… c'est d'être de retour à deux heures… pour toucher mon dividende… je te rembourserai immédiatement, et alors… nous serons quittes!…

DANIEL.—Je crois qu'il est temps de partir. (A Perrichon.) Si vous désirez faire vos adieux à madame Perrichon et à votre fille…

PERRICHON.—Non! je veux éviter cette scène… ce serait 15 des pleurs, des cris… elles s'attacheraient à mes habits pour me retenir… partons! (On entend chanter dans la coulisse.) Ma fille!