ACTE IV, SCÈNE III

LES MÊMES, HENRIETTE, puis MADAME PERRICHON

HENRIETTE, entrant en chantant, et un arrosoir à la main.—Tra la la! tra la la! (Parlé.) Ah! c'est toi, mon petit papa…

PERRICHON.—Oui… tu vois… nous partons… avec ces deux messieurs… il le faut… (Il l'embrasse avec émotion.) Adieu!

HENRIETTE, tranquillement.—Adieu, papa. (A part.) Il n'y a rien à craindre, maman a prévenu le préfet de police… et moi, j'ai prévenu monsieur Armand. (Elle va arroser les fleurs.)

PERRICHON, s'essuyant les yeux et la croyant près de lui.—Allons! ne pleure pas!… si tu ne me revois pas… songe… (S'arrêtant.) Tiens! elle arrose!

MAJORIN, à part.—Ça me révolte, mais c'est bien fait!

MADAME PERRICHON, entrant avec des fleurs à la main, à son mari.—Mon ami… peut-on couper quelques dahlias?

PERRICHON, à part.—Ma femme!

MADAME PERRICHON.—Je cueille un bouquet pour mes vases.

PERRICHON.—Cueille… dans un pareil moment je n'ai rien à te refuser… je vais partir, Caroline.

MADAME PERRICHON, tranquillement.—Ah! tu vas là-bas.

PERRICHON.—Oui… je vais… là-bas, avec ces deux messieurs.

MADAME PERRICHON.—Allons! tâche d'être revenu pour dîner.

PERRICHON et MAJORIN.—Hein?

PERRICHON, à part.—Cette tranquillité!… est-ce que ma femme ne m'aimerait pas?

MAJORIN, à part.—Tous les Perrichon manquent de coeur! c'est bien fait!

DANIEL.—Il est l'heure… si vous voulez être au rendez-vous à midi.

PERRICHON, vivement.—Précis!

MADAME PERRICHON, vivement.—Précis! vous n'avez pas de temps à perdre.

HENRIETTE.—Dépêche-toi, papa.

PERRICHON.—Oui…

MAJORIN, à part.—Ce sont elles qui le renvoient[1]! Quelle jolie famille!

PERRICHON.—Allons! Caroline! ma fille! adieu! adieu! (Ils remontent.)