MENUS

Le poème exquis du menu

Est mal à l’aise, confondu

Dans la typographie banale

D’un almanach ou d’un journal,

— Paris à table, — menu du… —

Perdu

Parmi les logogriphes et les mots en diagonale…

Avec ses noms de grandes villes,

De généraux fameux, de ministres subtils,

Le menu peut au moins prétendre

Ou au Japon impérial, ou au Hollande ;

Le vieil employé sourd et nul,

Mais doué d’une main que je vous recommande,

L’employé tirera la langue

Sur ses majuscules,

Pendant douze heures de pendule ;

A moins que la demoiselle de la maison,

A le copier s’évertue,

Pour affirmer son écriture haute et pointue,

Signe de la belle éducation ;

Et sans doute un petit cousin,

Qui excelle

Aux menus, abat-jour, écrans et tambourins

Le rehaussera d’aquarelle :

Un marmiton, ou une rose,

Ou bien les deux, ou autre chose…

Au lieu de finir, misérable,

Taché de sauce et de vin, au coin de la table,

On emporte alors le menu,

Soigneusement, dans la poche de son pardessus,

Et, rentré chez soi, on le place,

En bonne place, contre la glace,

Dans la rainure,

Près de l’invitation au bal de la Préfecture.

Mais tels menus se désespèrent,

Qu’orna pourtant (peste, ma chère !),

L’ingénieux pinceau de madame Lemaire,

Et proclament :

— Nous n’aimons que la peinture de Chavannes. —

On ne peut contenter tout le monde et son père.