XX
Les vacances finissaient. Les grands vents d'équinoxe se lamentaient à travers les pins indéfiniment et sur les vagues fauves des fougères. Les premiers vols des ramiers précurseurs des palombes rayaient le ciel pâle.
Sur les champs dénudés, c'était l'époque des semailles et les tournoiements d'alouettes. Jean-Paul s'attardait dans ces brumes reconnues: un fantôme le retenait au seuil des troubles expériences qu'il voulait tenter...
Tu vins vers lui, petit garçon pâle qu'il avait été dans des années déjà lointaines. Tu levas vers lui tes yeux candides qui ne reflétèrent jamais que le ciel. Tu joignis tes mains d'écolier, tes mains brunes, un peu tachées d'encre, et peut-être lui dis-tu ces vieux cantiques des veilles de quinze août, chantés jadis avec Marthe, devant le ciel nocturne, à l'époque des étoiles filantes... Dieu de paix et d'amour, lumière de lumière. Ta grand'mère vivait encore dans ce temps-là—vieille dame un peu forte et qui était une personne pieuse—tu t'agenouillais près d'elle, petit garçon. Les perles de jais qui ornaient son corsage te meurtrissaient le front. Un camée d'améthyste ornait son cou et tu pensais de ce précieux et antique bijou qu'il avait l'air d'être bon à manger... Puis tu demandais pardon au bon Dieu de cette distraction. Tes yeux se levaient vers les mondes multipliés. Tu songeais que le créateur de cet univers descendrait le lendemain matin dans ton cœur d'enfant et cela te paraissait divinement naturel. Et comme tu avais encore ta voix de soprano, petit soliste du collège, tu chantais avec Marthe les cantiques de votre première communion, ceux que vous ne pouviez entendre sans pleurer: Tabernacle redoutable... Le ciel a visité la terre...
Jean-Paul veut fuir ces souvenirs redoutés et adorés. Mais ils le surprennent à chaque heure de la journée. Les angelus ont la même voix qu'au temps de son enfance, dans des crépuscules pareils... Les dernières langueurs de septembre finissant éveillent chez le jeune homme comme chez l'enfant l'angoisse de la rentrée—l'effroi au seuil de la vie inconnue...