COPIE DE LA LETTRE DE VALERIE.
"Vous n'avez pas cru, bon et aimable Gustave, que vos amis aient pu vous oublier au milieu de leur bonheur. Si j'ai tardé si longtemps à vous écrire, c'est que j'ai voulu vous faire plus d'un plaisir à la fois; et je savais que mon portrait vous en ferait, surtout parce qu'il vous rappellerait des moments que vous aimiez. J'ai donc retardé ma lettre, et vous avez aujourd'hui les traits de Valérie; vous avez les souvenirs de Lido, et ces paroles, que je voudrais rendre touchantes, par l'amitié si vraie que j'ai pour vous.
"Que n'ai-je, comme vous ou comme mon mari, étudié l'histoire et les arts, pour vous parler plus dignement de tout ce que je vois! Mais je ne suis qu'une ignorante; et si j'ai senti, ce n'est pas parce que je sais penser, c'est parce qu'il y a des choses si belles qu'elles vous transportent, et qu'elles semblent éveiller en vous une faculté qui vous avertit que c'est là la beauté. Je vous écris de Florence, qui est, dit-on, la ville des arts. Ah! la nature l'a bien adoptée! Aussi, que de fois j'ai rêvé aux bords de l'Arno et sous les épais ombrages des Caccines! Cela m'a rappelé nos promenades de Sala et près de Vérone. Il n'y a pas de cirque ici; mais que de monuments appellent l'attention! que d'écoles différentes ont envoyé leurs chefs-d'oeuvre! C'est ici aussi que vivent la Vénus et le jeune Apollon; on peut réellement dire qu'ils vivent; ils sont si purs, si jeunes, si aimables! Ne sachant rien dire moi-même, il faut que je vous rende ce que disait mon mari: que la Vénus est belle; et l'on sent pourtant que, s'il y avait une femme comme celle-là, les autres n'en pourraient être jalouses. Elle a si bien l'air de s'ignorer, d'être étonnée d'elle-même! Sa pudeur la voile; quelque chose de céleste couvre ses formes; et elle intimide en paraissant demander de l'indulgence. J'ai été à la fameuse galerie du grand duc; j'y ai vu la Madona della Seggiola, de Raphaël; mes regards se sont pénétrés de sa haute beauté. Quel céleste amour remplit ses traits si purs! Un saint respect, un doux ravissement sont entrés dans mon coeur.
"J'ai vu, non loin d'elle, un tableau d'un maître peu connu; c'était un berceau et une jeune femme assise à côté. Soudain je me suis prise à pleurer, et j'ai pensé à mon fils et aux douces félicités que j'avais rêvées si souvent: je me suis retracé ce berceau où je ne l'ai couché que deux fois; ce berceau que je m'étais si délicieusement peint, tantôt éclairé par le premier rayon du soleil, et mon enfant dormant, tantôt moi-même m'arrachant au sommeil, murmurant sur lui de douces paroles pour l'endormir; et je me disais: "O mon jeune Adolphe! tu es tombé de mon sein comme une fleur de deux matins, et tu es tombé dans le cercueil! et mes yeux ne te verront plus sourire!" Et je me suis retirée dans l'embrasure d'une fenêtre, où j'ai abondamment pleuré, cherchant à cacher mes larmes. Mon mari, qui est survenu, a voulu me consoler. Vous savez combien cet être si aimable, si excellent, a de pouvoir sur moi; mais ma douleur ne m'en a pas moins aussi ramenée à votre souvenir, à votre infatigable patience. Oh! comme vous cherchiez toujours à calmer mes peines! comme vous me parliez toujours de mon Adolphe! Je n'ai rien oublié, Gustave. Je vous vois encore, à Lido, changer mon aride douleur en larmes mélancoliques, et cueillir auprès du tombeau de mon fils les roses que vous y aviez fait croître: ces fleurs, si souvent destinées au bonheur, me paraissaient mille fois plus belles par le triste contraste même de leur beauté et de la mort; tant la pensée qui touche l'âme embellit tout!
"Ces chers et tristes souvenirs m'ont donné le désir de les arrêter encore, de les fixer, et, si je quitte une fois Venise et la place où dort mon Adolphe, de les emporter dans une terre où ils me rappelleront vivement Lido.
"Mon mari désirait depuis longtemps avoir mon portrait, fait par la fameuse Angelica, et j'ai pensé qu'un tableau tel que j'en avais l'idée pouvait réunir nos deux projets. Ma pensée a merveilleusement réussi; jugez-en vous même. N'est-ce pas Valérie, telle qu'elle était assise si souvent à Lido; la mer se brisant dans le lointain, comme sur la côte où je jouais dans mon enfance; le ciel vaporeux; les nuages roses du soir, dans lesquels je croyais voir la jeune âme de mon fils; cette pierre qui couvre ses formes charmantes, maintenant, hélas! décomposées; et ce saule si triste, inclinant sa tête, comme s'il sentait ma douleur; et ces grappes de cytise, qui caressent en tombant la pierre de la mort; et, dans le fond, cette antique abbaye où vivent de saintes filles, qui ne seront jamais mères, dont la voix nous paraissait la musique des anges; n'est-ce pas le tableau fidèle de cette scène d'attendrissante douleur? Quelque chose y manque encore: c'est l'ami qui consolait Valérie et ne l'abandonnait pas à sa morne douleur; c'est Gustave. Peut-il la croire assez ingrate pour l'avoir oublié? Valérie ne pouvait le placer lui-même dans le tableau; mais il y est pourtant, il s'y reconnaîtra. Qu'il se rappelle le 15 novembre, où j'étais allée seule à Lido, où, dans une sombre tristesse, mes yeux restaient attachés sur la tombe d'Adolphe: Gustave accourut; il apportait un jeune arbuste, qu'il voulait planter près de cette place; il avait aussi des lilas noués dans un mouchoir: il savait combien j'aimais cette fleur hâtive et douce, et ses soins en avaient obtenu quelques-unes de la saison même qui les refuse presque toujours. Leur parfum me réveilla de ma sombre rêverie! je vis Gustave si heureux de m'en apporter, que je ne pus m'empêcher de lui sourire pour l'en remercier; et Gustave retrouvera dans le tableau, près de la place où je suis assise, un mouchoir noué d'où s'échappent des lilas, et son nom tracé sur le mouchoir.
"Je vous envoie aussi une très-belle table de marbre de Carrare, rose comme la jeunesse, et veinée de noir comme la vie; faites-la placer sur le tombeau de mon fils. Elle n'a que cette simple inscription: Ici dort Adolphe de M…, du double sommeil de l'innocence et de la mort.
"Je vous envoie aussi de jeunes arbustes que j'ai trouvés dans la Villa-Médicis, qui viennent des îles du Sud et fleurissent plus tard que ceux que nous avons déjà: en les couvrant avec précaution l'hiver, ils ne périront pas, et nous aurons encore des fleurs quand les autres seront tombées.
"Mon mari vous écrira de Rome: il vous envoie deux vues de Volpato. Faites placer mon portrait dans le petit salon jaune, où nous prenons le thé ordinairement. "
Eh bien, Ernest, que dis-tu de cette charmante lettre, si enivrante pour moi et pourtant si pure? Que je serais le plus abject des hommes, si je pensais à Valérie autrement qu'avec la plus profonde vénération! Qu'elle est touchante, cette lettre! Qu'elle est belle, l'âme de Valérie, de celle qui daigne être ma soeur, mon amie! et qu'il serait lâche celui dont la passion ne s'arrêterait respectueusement devant cet ange, qui ne semble vivre que pour la vertu et la tendresse maternelle!
Lettre XXXIII.
Venise, le…
J'ai repris ma santé; au moins, je suis mieux. Je m'occupe de mes devoirs, et mes jours ne se passent pas sans que je ne compte même de grands plaisirs. Chaque matin je visite le tableau; je me remplis de cette douce contemplation; je retrouve Valérie: il me semble, dans ces heures d'amour et de superstition, qu'elle me voit, qu'elle m'ordonne de ne pas me livrer à une honteuse oisiveté, à un lâche découragement, et je travaille.
Cette maison, qui me paraissait si triste depuis qu'elle est partie, est redevenue une habitation délicieuse, depuis que je suis souvent dans le salon jaune; la ressemblance du portrait est frappante: ce sont absolument ses traits, c'est l'expression de son âme, ce sont ses formes. Il m'arrive quelquefois de lui parler, de lui rendre compte de ce que j'ai fait. Je retourne souvent à Lido. J'ai planté les arbustes qu'elle m'a envoyés; j'ai fait mettre aussi la pierre sur le tombeau d'Adolphe. Hier je suis resté fort tard à Lido; j'ai vu la lune se lever. Je me suis assis au bord de la mer; j'ai repassé lentement toute cette époque qui contient ma vie, depuis que je connais Valérie: je me suis retracé ces soirées où, assis ensemble, nous entendions murmurer le jonc flétri autour de nous; où la lune jetait une douteuse et pâle clarté sur les ondes, sur les nacelles des pêcheurs; où sa timide lueur arrivait en tremblant entre les feuilles de quelques vieux mûriers, comme mes paroles arrivaient en tremblant sur mes lèvres et parlaient à Valérie d'un autre amour. Alors aussi les filles de sainte Thérèse entonnèrent de saints cantiques; et ces voix, réservées pour le ciel seul, arrivant tranquillement à nous, conjurèrent l'orage de mon sein, comme autrefois le divin législateur des chrétiens conjurait la tempête de la mer et ordonnait aux vagues de se calmer. Tout cela m'est revenu dans cette mémoire que nous portons dans notre coeur, et qui n'est jamais sans larmes et sans doux attendrissement.
Peut-être ne devrais-je pas penser ainsi à Valérie, revenir à elle par tous les objets qui me la retracent; je le sens bien: il n'est pas prudent de chercher le calme par ces chemins dangereux.
Mais, enfin, l'essentiel n'est-il pas de me retrouver moi-même? et, avant de jeter le passé dans l'abîme de l'oubli, ne faut-il pas chercher à acquérir des forces? Si je faisais chaque jour seulement un pas, si je pouvais m'habituer à la chérir tranquillement… Oui, je te le promets, Ernest, je le ferai, ce pas qui, en m'éloignant d'elle, m'en rapprochera et me rendra digne de son estime et de la tienne.
Lettre XXXIV.
ERNEST A GUSTAVE.
H, le 26 janvier.
Je suis en Scanie, cher Gustave; j'ai quitté Stockholm, et, pour retourner chez moi, j'ai passé par tes domaines. J'ai fait le voyage avec l'extrême vitesse que permet la saison: mon traîneau a volé sur les neiges. Hélas! pourquoi ce mouvement si rapide ne me rapprochait-il pas de toi? Depuis près de deux mois j'ignore ce que tu fais, et cela ajoute encore aux chagrins de l'absence. Je sais, d'ailleurs, combien le départ de Valérie t'a affligé. Pauvre ami! que fais-tu? Hélas! je le demande en vain à la nature engourdie autour de moi; mon coeur même, mon coeur si brûlant d'amitié, ne me répond pas quand je l'interroge sur ton sort: il me présage je ne sais quoi de triste et même de sombre. Gustave, Gustave, tu m'effraies souvent… Je voudrais partir, te voir, me rassurer sur ta destinée. Cher ami, je le sens, je ne puis plus vivre sans toi… J'irai t'arracher à ces funestes lieux. Tu le sais, sous cette apparence de calme, ton ami porte un coeur sensible, et c'est peut-être cette même sensibilité qui a trouvé dans l'amitié de quoi suffire doucement à mon coeur.
Je continuerai ma lettre demain; je t'écrirai du château de tes pères, et, ne pouvant être avec toi, je visiterai ces lieux témoins de nos premiers plaisirs.
Je t'écris de ta chambre même, que j'ai fait ouvrir, et dans laquelle j'ai encore trouvé mille choses à toi; j'ai tout regardé, ton fusil, tes livres: il me semblait que j'étais seul au monde avec tous ces objets. J'ai feuilleté un de tes philosophes favoris; il parlait du courage, il enseignait à supporter les peines, mais il ne me consolait pas, je l'ai laissé là; puis j'ai ouvert la porte qui donne sur la terrasse, je suis sorti. La nuit était claire et très-froide; des milliers d'étoiles brillaient au firmament. J'ai pensé combien de fois nous nous étions promenés ensemble, regardant le ciel, oubliant le froid, cherchant parmi les astres la couronne d'Ariane, dont l'amour et les malheurs te touchaient tant, et l'étoile polaire, et Castor et Pollux, qui s'aimaient comme nous: leur amitié fut éternisée par la fable; la nôtre, disions-nous, le sera aussi, parce que rien de ce qui est grand et beau ne périt. Je me rappelais nos conversations, et je sentis mon coeur apaisé. La nature seule unit à sa grandeur ce calme qui se communique toujours, tandis que les plus beaux ouvrages de l'art nous fatiguent quand ils ne nous montrent que l'histoire des hommes.
Je rentrai dans ta chambre; combien je fus touché, Gustave, en trouvant dans ton bureau ouvert un monument de ta bienfaisance, un fragment de billet: je le copie, afin que ton coeur, flétri par le chagrin, se repose doucement pendant quelques instants(1) [(1) Ce fragment ne s'est pas retrouvé].
Gustave, ces lignes achevèrent de m'attendrir; un besoin inexprimable de te serrer contre mon coeur, qui sait si bien t'aimer, me donnait une agitation que je ne pouvais calmer, que tout augmentait dans ce lieu si rempli de ton souvenir. Je descendis dans la grande cour du château; je traversai ces vastes corridors, jadis si animés par nos jeux et ceux de nos compagnons, maintenant déserts et silencieux; je passai devant la loge aux renards, et je me rappelai, en voyant ces animaux, le jour où, par mon imprudence l'un d'eux te blessa dangereusement. Je saisis les barreaux de la grille, et je les regardai s'agiter et courir çà et là. Hector, ce beau chien danois si fidèle, arriva, me vit, et tourna autour de moi en signe de reconnaissance; je pris ses larges oreilles, je le caressai, en pensant qu'il t'aimait, qu'il ne t'avait sûrement pas oublié; et soudain une idée, dont tu riras, me passa par la tête: je courus à ta chambre, où j'avais encore vu un de tes habits de chasse; je l'apportai à Hector en le lui faisant flairer, et je crus voir que ce bon chien le reconnaissait. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'il mit ses pattes sur l'habit, remua la queue et donna toutes les démonstrations de la joie, auxquelles il mêla quelques sons plaintifs. Ce spectacle m'attendrit tellement, que je pressai la tête de cet animal contre mon sein et sentis couler mes larmes.
Adieu, Ernest, je pars pour le presbytère de ***, d'où je t'écrirai dans quelques jours.
J'ai été au presbytère; j'ai revu notre respectable ami le vieux pasteur et ses charmantes filles. Le croirais-tu? Hélène se marie demain, et j'ai promis d'assister à ses noces. J'arrivai à six heures du soir à cette paisible maison; un vaste horizon de neige m'éclairait assez pour me conduire, car il faisait déjà nuit quand je partis. Mon traîneau fendait l'air; les lumières du presbytère me guidaient, et je dirigeai ma course par le lac, où de jeunes mélèzes m'indiquaient le chemin que je devais suivre; car tu sais combien ce lac est dangereux par les sources qui s'y trouvent et qui l'empêchent de geler également partout. Le silence de la nuit et de ces eaux enchaînées me faisait entendre chaque pas des chevaux et laissait arriver jusqu'à moi le bruit des sonnettes d'autres chevaux de paysans qui regagnaient les hameaux, et auquel se mêlaient de temps en temps la voix rauque et solitaire de quelques loups de la forêt voisine; j'en vis un passer devant mon traîneau, il s'arrêta à quelque distance, mais il n'osa m'attaquer.
Quand j'arrivai au presbytère, je vis une quantité de traîneaux sous le hangar, près de la maison, avec de larges peaux d'ours qui les couvraient, et qui me firent juger qu'ils n'appartenaient pas à des paysans; je trouvai le corridor très-éclairé, couvert d'un sable fin et blanc, et jonché de feuilles de mélèze et d'herbes odorantes: j'eus à peine le temps de retirer mon énorme wishoura, que la porte s'ouvrit et me laissa voir une nombreuse compagnie. Le vieux pasteur me reçut avec une touchante cordialité; il se réjouit beaucoup de me revoir. La jeune soeur d'Hélène vint me présenter les liqueurs faites par elle-même, et des fruits séchés; et le vieillard ensuite me fit faire la connaissance d'un jeune homme de bonne mine, en me disant: — Voilà mon gendre futur; demain il épouse Hélène. — A ces mots, je sentis quelques battements de coeur. Tu sais combien la jeune Hélène me plut. J'avais été bien près de l'aimer; et l'idée que ma mère n'approuverait jamais une union entre elle et moi me donna la force de combattre tout de suite un sentiment qui ne demandait qu'à se développer. La raison m'avait ordonné de la quitter; mais, dans cet instant, tous ces aimables souvenirs revinrent à ma mémoire, et je me rappelai vivement cet été tout entier passé avec elle. Hélène s'approcha de moi, sur l'ordre de son père; elle me salua une seconde fois, et avec plus de timidité que la première. Le vieillard fit apporter du vin de Malaga, qu'on versa dans une coupe d'argent, pour me faire boire, selon l'usage, à la santé des futurs époux. Hélène, pour suivre encore la coutume, porta cette coupe à ses lèvres, puis elle me la présenta en baissant les yeux. Je rougis, Gustave, je rougis prodigieusement. Je me rappelai qu'autrefois, quand j'étais à table auprès d'Hélène, et que cette même coupe faisait la ronde, mes lèvres cherchaient la trace des siennes: maintenant, tout m'ordonnait une conduite opposée. Ma jeune amie s'en aperçut, et je vis ce front si pur se couvrir aussi de rougeur. Je sortis précipitamment et fis quelques tours de promenade dans le petit jardin, où je vis encore des arbres que nous avions plantés ensemble. La lune s'était levée; j'étais redevenu calme comme elle: je m'applaudis de n'avoir pas troublé le coeur d'Hélène par une passion qui aurait pu être douloureusement traversée, de n'avoir pas aussi affligé ma mère; et je me composai, du bonheur d'Hélène, que je voyais déjà heureuse épouse et mère, une suite d'images qui me consolaient de ce que j'avais perdu.
Adieu, Gustave. Que n'es-tu ici au milieu de ces scènes naïves et tranquilles! ou que ne suis-je près de toi pour adoucir tes maux!
Lettre XXXV.
Venise, le…
Ce jour est un jour de bonheur pour ton ami. J'ai reçu ta lettre, cher Ernest, en même temps que j'en recevais une du comte. Il semblait que l'amitié eût choisi cette journée pour l'embellir de tous ses bienfaits. Et quand ton coeur me ramenait en Suède, au milieu de tant de tableaux où s'enlaçaient et les souvenirs de la patrie et ceux des affections plus chères encore, le comte me transportait à son tour au milieu de ces merveilleuses créations du génie, de ces antiques souvenirs d'où l'histoire semble sortir toute vivante pour nous raconter encore ce que d'autres siècles ont vu. Il faut, Ernest, que tu partages ce que j'ai éprouvé, et je t'envoie des fragments des endroits qui m'ont le plus intéressé. Je ne veux point toucher au passage qui peint la constante affection du comte; tu verras comme il me juge et comme j'en suis aimé.