VI
Paris, 25 janvier.
Guillaume voulait m'emmener à Issy-les-Moulineaux pour voir avec lui un départ d'aéroplanes. J'ai refusé. Ah! Dieu, je mourrais de peur!
Guillaume paraissait confondu.
— Mais pourquoi? Quand je vous parle de ces choses…
— Quand vous m'en parlez, c'est différent… Je retourne au temps du Bon-géant, des contes… tout est possible, facile… Mais si je voyais de vrais aéroplanes, je me ferais une idée plus réelle, plus terrible des dangers que vous courez à chaque moment… et je ne vivrais plus.
Je m'étais jetée dans ses bras comme on se réfugie… Il me regarda un moment en souriant, un peu, très peu, et d'un drôle d'air comme s'il était ému, et ne voulait pas qu'on s'avisât de son émotion.
20 février.
Mlle Jacqueline Albin arrive à Paris et projette d'y passer quelques mois. Guillaume est allé la recevoir à la gare.
Si le retour de Mlle Aubin s'était annoncé trois mois plus tôt, je ne serais pas la femme de Guillaume.
Je me demande si Guillaume regrette de m'avoir épousée? Cette question à laquelle, naguère, je ne songeais même pas, me passe par l'esprit, sans cesse maintenant…
23 février.
Mlle Albin a trente-deux ans. Elle est encore très jolie, quoiqu'un peu trop forte à mon goût.
Elle m'a embrassée tout de suite, puis elle m'a regardée attentivement, en disant comme Guillaume:
— Mon Dieu, quelle enfant vous êtes!
Elle est très intelligente, très instruite. Elle a parlé de ses voyages avec Guillaume. Et j'ai constaté qu'elle comprenait beaucoup mieux que moi ce que Guillaume lui disait de ses recherches aéronautiques et des résultats déjà obtenus.
J'aimais à suivre leur causerie. Cependant mon plaisir se mêlait d'un peu de peine, parce qu'en les écoutant, je concevais plus nettement toute la distance qui sépare d'un homme comme Guillaume la petite fille frivole, rieuse et insignifiante que je suis.