VIII

"Paris, 39 bis rue des Vignes, 3 octobre.

"Mon cher Kerjean, me voici chez Mme Chardon-Pluche, remplissant depuis dix jours mes fonctions de demoiselle de compagnie et de promeneuse.

"Mme Chardon-Pluche vient seulement de s'installer à Paris, où il était à l'avance entendu que tout serait très neuf, très parisien et très moderne — lisez: "vaguement anglais et d'un horrible modern style". On a l'impression d'y être à l'hôtel. Souvent je rêve, mélancolique, à ma vénérable Peuplière ou à votre beau salon ancien de la rue Boursault.

"Mme Chardon-Pluche n'est ni élégante ni distinguée. Marcelle a vingt-quatre ans, Edmée vingt-deux. Voue leur en donneriez aisément vingt-huit ou trente. Je crains toujours, quand nous sortons ensemble, qu'on ne me prenne pour une jeune fille très mal élevée, qui a besoin deux gouvernantes.

"Mon pauvre ami, ne croyez pas, si je raconte ces choses, que ce soit pour me plaindre, c'est plutôt pour m'amuser.

"Phyllis."

"Paris, 18 octobre.

"Mon cher Kerjean,

"Les jours se suivent et se ressemblent.

"Dimanche, cependant, nous sommes allées dans le monde, Marcelle, Edmée et moi, chez une amie de Mme Chardon-Pluche, qui avait réuni quelques jeunes filles et quelques jeunes gens.

"Ce fut très amusant, ma foi!… On n'a pas dansé, mais on a causé, chanté, fait des jeux d'esprit et un peu flirté, je crois… Je ne tiens guère au flirt, mais cette fois, eh bien! oui, cette fois, j'étais contente de flirter… Je me disais: "Je suis donc encore une jeune fille comme les autres, après tout…"

"Au revoir, mon ami… A bientôt, je voudrais!

"Votre petite Phyl."