B. MONUMENTS

Les restes qui nous sont parvenus de l’Ancien Empire sont autrement importants en nombre, en grandeur et en beauté, que ceux de la période précédente. Les inscriptions sont nombreuses, souvent très développées, et, placées à côté des innombrables représentations figurées, elles nous permettent de pénétrer plus profondément dans la connaissance de la vie des Egyptiens; nous n’en sommes plus réduits à des suppositions, nous les voyons agir, nous les entendons parler, et une rapide revue des monuments découverts nous permettra de nous faire une idée d’ensemble de ce qu’était leur civilisation.


Architecture

Les progrès de l’architecture furent extrêmement rapides, surtout aux débuts de l’empire memphite; nous avons vu, à la fin de la période précédente, le système de construction en briques et bois, avec couverture en bois; au commencement de la IIIme dynastie, les architectes connaissent la voûte et l’emploient avec succès, puis ils se mettent à la recherche de matériaux plus solides et plus durables que la brique crue, et adoptent la pierre, au moins pour celles de leurs constructions qui avaient pour eux le plus d’importance, les tombeaux et les temples. Tout de suite ils se montrent passés maîtres dans cette technique nouvelle et semblent se jouer des difficultés avec une hardiesse et une aisance incroyables: dès la IVme dynastie, on ne trouve déjà pour ainsi dire plus un édifice religieux ou funéraire en briques. La dimension des matériaux permettant aux architectes de revenir à l’ancien système de couverture plate, ils inventent le pilier et l’architrave qui leur donnent la facilité de couvrir des espaces très considérables; enfin sous la Vme dynastie paraît la colonne proprement dite, avec toutes ses variétés. Les constructeurs ne se bornent pas à assembler leurs matériaux avec une précision et une exactitude remarquables, ils en calculent aussi en une certaine mesure la résistance et s’entendent très bien à répartir également la pression des masses.

Fig. 107 et 108. Colonnes palmiforme et papyriforme
(d’apr. Borchardt. Sahuré, p. 44; Ne-user-Ré, p. 64).
Fig. 109. Colonne lotiforme — Abousir
(photogr. de E. Brugsch-Pacha).

Les constructions civiles, palais, maisons, magasins, étaient des édifices légers, en briques, en bois, ou même en terre pilée, qui tous ont disparu sans laisser de traces. En fait d’architecture militaire, nous n’avons guère que des forteresses comme celles d’Elkab et d’Abydos, vastes quadrilatères formés par d’épaisses murailles de briques crues, qui du reste ne sont pas datées de façon certaine.


Temples

Quant aux édifices religieux, les rois de l’Ancien Empire en avaient construit un peu partout, et avaient remplacé les petits sanctuaires primitifs par des constructions en pierre déjà très développées comme plan; ces temples furent constamment remaniés, agrandis et embellis au cours des âges, souvent même démolis pour être entièrement reconstruits, aussi ne trouvons-nous plus guère que les arasements ou les fondations des constructions originales, comme c’est le cas à Hieraconpolis, à Abydos et à Memphis, ou encore des débris de murailles couverts de bas-reliefs, comme les fragments de la chapelle de Djeser à Héliopolis. Ce qui reste de ces temples suffit néanmoins pour nous montrer que chacun avait son caractère spécial, approprié aux besoins du culte local, et qu’on n’avait pas encore adopté, comme cela eut lieu plus tard, un type uniforme pour tous les édifices cultuels.

Parmi tous ces modèles divers de temples, le plus original était celui qui était consacré à Râ, le dieu-soleil d’Héliopolis: il consistait en un énorme obélisque, lourd et trapu, monté sur la plateforme d’un grand massif rectangulaire, tous deux en maçonnerie; un escalier ménagé dans l’épaisseur du socle permettait d’atteindre la plateforme. Sur le devant se trouvait un grand autel pour les offrandes, des cours avec bassins destinés à des ablutions, et, dans un coin, une petite chapelle précédée de deux stèles. Autour de tout cet ensemble, un mur de pierre formait une enceinte rectangulaire, et un chemin couvert descendait directement à la vallée, reliant le temple lui-même à un portique monumental. Ici le dieu n’est pas dissimulé au fond d’un sanctuaire accessible à quelques initiés seulement, comme c’est généralement le cas en Egypte; il domine tout le temple de sa masse imposante, car c’est l’obélisque lui-même qui est le symbole du dieu-soleil.

Tous les rois de la Vme dynastie, les fils de Râ, tinrent à honneur de consacrer à leur divin père un sanctuaire semblable, près de leur capitale, à deux pas de leurs pyramides. Nous en connaissons au moins cinq de nom; un seul nous est conservé, en ruines il est vrai, mais en ruines encore très lisibles; c’est celui de Neouserra, mis au jour par une mission allemande, près d’Abousir. Pour donner une idée de ses dimensions, nous dirons que l’enceinte mesure plus de 100 mètres de long. En outre cet étrange sanctuaire était accompagné d’une reproduction monumentale, en briques crues, de la barque solaire, qui n’a pas moins de 28 mètres de long, bateau fantastique qui semble naviguer sur les sables du désert.

Les fouilles exécutées à Abydos par une société anglaise, sous la direction de M. Ed. Naville, ont révélé un temple tout différent et sans doute plus ancien, le sanctuaire souterrain d’Osiris: ici la pièce principale, couverte de dalles de granit supportées par des piliers énormes, sans aucune décoration, consistait en une vaste plateforme isolée du reste du monument par un fossé plein d’eau. Cette disposition si particulière correspondait bien aux nécessités des mystères du grand dieu des morts, avec leurs processions nautiques et leurs illuminations.

Je ne sais trop si c’est parmi les édifices du culte qu’il faut ranger un édifice plus étrange encore, unique en son genre, qui date probablement de la IIIme dynastie et a été découvert par une mission italienne, à Héliopolis même: c’est une construction circulaire embrassant un espace dont le rayon est de 300 mètres, une sorte de gigantesque anneau de 40 mètres d’épaisseur, en briques crues, percé à l’intérieur de cinq nefs longitudinales supportées par des piliers et des piédroits. L’usage de ce monument nous est absolument inconnu.


Mastabas

Pour l’architecture funéraire nous sommes mieux renseignés, étant en possession d’une quantité considérable de tombeaux qui sont le plus souvent dans un état de conservation remarquable, et nous pouvons suivre pas à pas les améliorations, les modifications apportées dans ce genre de constructions faites en vue de l’éternité. Le but des Egyptiens était de s’assurer après la mort un lieu de repos qui fût pour eux le gage et la condition de la vie éternelle, et ils sacrifiaient volontiers le bien-être de leur existence terrestre, étape provisoire, à la perpétuation de leur âme et de leur double; ce but, ils l’obtenaient en partie par la connaissance des formules magiques qui faisaient d’eux les égaux des dieux, en partie aussi en préservant des atteintes du temps et des hommes leur corps physique, qui restait le support de leur être immatériel. Plus le tombeau était profond, plus son entrée était dissimulée et obstruée, plus grandes aussi étaient les chances de conservation pour la momie. L’ombre du mort, son double, son ka, comme disaient les Egyptiens, pouvait alors continuer à vivre dans la tombe, mais il lui fallait l’image des aliments réels pour se nourrir, la représentation des scènes de la vie usuelle pour se délasser ou tout au moins pour s’occuper; à cet effet on prit à un certain moment le parti de sculpter sur certaines parties des monuments funéraires ces figurations si variées qui sont pour nous ce qu’elles étaient sans doute pour les morts, une image fidèle de la vie des anciens Egyptiens.

Les rois sont d’essence divine, par conséquent très au-dessus des hommes, et il est naturel que leurs tombes ne soient pas disposées de la même manière que celles de leurs sujets; nous avons donc dans l’architecture deux groupes, celui des tombes privées et celui des tombes royales, issus de conceptions un peu différentes du sort de l’âme après la mort et qui se développent parallèlement, mais indépendamment l’un de l’autre.

Pour les tombeaux des particuliers, nous avons vu à la fin de l’époque thinite la fosse primitive tapissée de briques et flanquée d’un escalier d’accès. Sous la IIIme dynastie, ce plan se développe encore; on ajoute volontiers quelques petites chambres souterraines pour servir de magasins, et au lieu de ne faire qu’amonceler un tas de terre ou de sable sur la couverture du caveau, on commence à construire un massif de maçonnerie. Dès lors la chambre funéraire s’enfonce plus profondément sous terre, la descenderie en escalier est peu à peu remplacée par un puits vertical. Ces massives constructions extérieures qui sont la caractéristique des tombes privées de l’Ancien Empire, sont de forme allongée, rectangulaire, d’une hauteur moyenne, et les Arabes, les comparant aux bancs de briques sur lesquels ils s’installent, à la porte de leurs maisons, les ont appelés mastabas (bancs), mot qui a passé dans le vocabulaire archéologique.

Les plus anciens de ces mastabas sont en briques crues, et à peine plus grands que les chambres funéraires qu’ils abritent, mais leurs dimensions augmentent rapidement. Sur la face est — car ces tombeaux sont orientés à peu près exactement — se creusent une ou deux niches qui sont censées être les portes de la tombe, par lesquelles l’âme peut rester en quelque sorte en communication avec les vivants et revenir de temps à autre se promener sur terre; c’est là que se font les cérémonies du culte funéraire, là qu’on apporte au défunt les offrandes alimentaires. Nue à l’origine, cette niche s’orne très anciennement déjà de montants et de linteaux en pierre, sur lesquels on grave le nom et les titres du mort avec une courte formule le plaçant sous la protection des dieux; ainsi se forme peu à peu le type de la «fausse-porte», modèle courant de la stèle funéraire sous l’Ancien Empire. Cette niche-stèle ou stèle fausse-porte constitue donc à elle seule une chapelle funéraire en miniature; dès la fin de la IIIme dynastie on accentue son caractère, soit en la dissimulant derrière un mur qui court le long de la façade est du mastaba et forme devant elle un long couloir étroit, soit en la repoussant un peu plus profondément dans l’intérieur du massif de briques, au fond d’une chambre minuscule, chambre qui affecte plus ou moins la forme d’une croix.

A ce moment, c’est-à-dire sous Snefrou, au début de la IVme dynastie, on voit apparaître dans le tombeau deux éléments nouveaux, la table d’offrandes, — dalle de pierre d’une forme particulière placée à terre devant la fausse-porte, sur laquelle on déposait des aliments ou des représentations d’aliments et qui servait au mort de table à manger, — et la cachette aux statues, le serdab, suivant le nom qui lui a été donné par les Arabes et qui est maintenant consacré par l’usage. Ce serdab est une petite pièce aveugle ménagée dans la maçonnerie du mastaba à côté de la chambre à la stèle, mais sans aucune communication avec elle sauf, parfois, une petite fente où l’on peut à peine passer la main; c’est là qu’on entassait, en plus ou moins grand nombre, les statues faites à l’image du défunt, statues qui pouvaient servir de support à son double au cas où la momie elle-même viendrait à être détruite, et permettre à ce corps spirituel de continuer à vivre son existence monotone d’outre-tombe. Pour que ce double pût subsister, il lui fallait en effet un support, un corps matériel sur lequel il pût se poser: une statue, moins fragile que la dépouille mortelle, lui offrait une plus grande garantie de survivance; une fois la momie et les statues détruites, le double s’évanouissait et disparaissait définitivement.

Les sépultures des particuliers, tout au moins celles des grands personnages, se groupent en général autour de celle de leur souverain; ainsi, auprès des grandes pyramides, nous voyons de vraies villes de tombeaux où les mastabas sont alignés régulièrement, séparés par de grandes rues droites. A ce moment-là, sous la IVme dynastie, la prospérité était grande dans le pays; les tombeaux aussi deviennent plus riches et sont mieux aménagés: les mastabas sont maintenant construits en pierre et non plus en briques, les dimensions des chambres augmentent et souvent aussi leur nombre. Les parois de ces chambres offrent une surface assez considérable pour qu’on songe à les utiliser, et l’on commence à les décorer pour que le mort puisse en tirer profit; on y sculpte des listes d’offrandes, des images d’aliments qui peuvent servir à la nourriture du défunt, puis des scènes de la vie courante, grâce auxquelles il pourra, non seulement se délasser, mais se procurer par lui-même les aliments nécessaires. C’est dans ce double but qu’on y représente les semailles, les moissons, les vendanges, l’élevage, la pêche, la chasse, ainsi que les divers métiers qui devaient lui fournir au fur et à mesure tous les objets pouvant lui être nécessaires ou seulement utiles dans l’autre monde, les vêtements, les ustensiles, les meubles, les parfums. Chacune de ces scènes est dominée par la figure du mort surveillant les travailleurs, dont il se distingue par sa taille, souvent triple de la leur, ou même davantage; à côté de lui paraissent sa femme et ses enfants. Sous terre, dans un caveau grossièrement taillé dans le rocher, la momie était étendue tout de son long dans un cercueil de bois, enfermé lui-même, chez les plus riches, dans un grand sarcophage rectangulaire en pierre dont la décoration tout architecturale lui donne l’aspect d’une maison; le mobilier funéraire est des plus sommaires.

Pendant la Vme dynastie, le luxe des mastabas augmente encore; les chambres deviennent plus nombreuses, parfois même une cour découverte s’ouvre au milieu du monument, les salles les plus grandes sont pourvues de piliers ou de colonnes, les bas-reliefs qui parfois sont de la plus parfaite beauté couvrent les murailles, répétant avec beaucoup plus de détails les scènes agricoles et industrielles dont j’ai parlé plus haut, à côté desquelles on en voit d’autres qui représentent des jeux, des danses, des fêtes de famille, voire des opérations chirurgicales; ailleurs, ce sont des files de serviteurs apportant à leur maître les produits du sol, des bateaux prêts à mettre à la voile et mille autres détails pleins de vie et de variété. Jamais dans ces tombeaux on ne voit une représentation d’ordre religieux, ni la figure d’un dieu, ni une scène d’adoration; très rarement un tableau se rapporte aux funérailles: on ne parle pas de la mort, et le propriétaire du tombeau est toujours censé vivant, soit qu’il vaque à ses diverses occupations, soit qu’il soit assis devant une table garnie, entourée d’un monceau de victuailles.

Sous la VIme dynastie, il n’y a aucun changement notable dans les tombeaux des particuliers; la partie accessible du mastaba, celle où les descendants du mort pouvaient venir périodiquement accomplir les cérémonies funéraires et peut-être festoyer auprès de son ombre, comme les Arabes modernes dans les cimetières, cette partie comporte toujours la même décoration, mais certains grands personnages commencent à réserver une portion des parois pour y graver l’histoire de leur vie, leurs hauts faits et l’expression de la satisfaction du roi pour les services rendus. Ces biographies sont pour nous un des plus précieux legs de l’Ancien Empire memphite.

Le mastaba est la tombe-type de l’Ancien Empire, mais dans certaines régions, par suite de la nature même du sol, on commence à employer un autre système de sépulture: pas de construction, les chambres sont creusées dans la montagne et la décoration usuelle s’exécute sur la roche elle-même; une porte communique avec l’extérieur, où la pente du rocher a été plus ou moins ravalée de manière à ménager une petite plateforme, et dans un coin de la dernière chambre, un puits descend verticalement jusqu’au caveau où l’on déposait la momie. C’est la première apparition de la tombe rupestre, de l’hypogée, type qui sera presque seul employé aux époques suivantes.


Pyramides

Les tombeaux royaux diffèrent de ceux des simples particuliers par la forme, par les dimensions et par la disposition intérieure et extérieure. Ici aussi, une évolution s’accomplit, une transformation très marquée pendant le cours de la période memphite.

Les plus anciens de ces tombeaux, ceux de la IIIme dynastie, sont très différents de ceux de la période thinite, presque uniquement souterrains: ils comportent un immense mastaba rectangulaire en briques crues sur la plateforme duquel s’ouvre une descenderie ou un escalier très rapide aboutissant aux chambres funéraires; aucune décoration, ni à l’intérieur ni à l’extérieur, pas même une stèle, semble-t-il. La fameuse pyramide à degrés de Saqqarah, construite par Djeser, un des derniers rois de cette dynastie, n’est pas encore à proprement parler une pyramide, c’est un gigantesque mastaba en pierres, bâti sur un plan rectangulaire et surmonté de toute une série de mastabas plus petits formant comme des étages ([fig. 97]). Les chambres souterraines sont malheureusement très bouleversées, mais nous voyons d’après un autre monument de l’époque comment on devait procéder à leur construction: une immense fosse rectangulaire était creusée dans le rocher, et une large descenderie y aboutissait du côté nord; au fond de cette excavation on installait le sarcophage de granit, on bâtissait les chambres, puis on la comblait, et alors seulement on pouvait commencer à édifier le mastaba ou la pyramide.

Sous la IVme dynastie, le premier tombeau que se fit construire Snefrou, celui de Meïdoum, tient plus encore du mastaba que de la pyramide, mais ce fut le même roi qui adopta peu après le type définitif de la pyramide à base carrée et à faces triangulaires, avec le monument qu’il édifia dans le désert de Dahchour; les chambres, très petites, sont à peu près au niveau du sol, ensevelies sous l’énorme masse de maçonnerie, et on y accède par un couloir en pente débouchant à mi-hauteur de la face nord du monument.

Les successeurs de Snefrou reprirent ce modèle de monument funéraire et l’adoptèrent pour eux-mêmes sans en modifier les grandes lignes, mais en y apportant des perfectionnements notables; les problèmes techniques les plus difficiles furent résolus avec une précision merveilleuse dans les pyramides de Khéops, Khefren et Mycerinus, qui constituent chacune un chef-d’œuvre de construction, dont les dimensions colossales — la plus grande mesurait plus de 146 m. de hauteur sur 227 m. de côté — ne nuisent pas à la perfection des détails. Un revêtement de calcaire fin et de granit bien poli recouvre la maçonnerie disposée en assises régulières de blocs énormes; au-dessus des chambres, des chambrettes de décharge sont destinées à soulager leur toiture du poids considérable qui aurait pu les écraser; des conduits d’aération traversent le massif tout entier. Chambres et couloirs sont tapissés de blocs gigantesques, soigneusement polis et si admirablement appareillés qu’on ne peut encore maintenant introduire une pointe de couteau dans les joints; en plusieurs points, des herses de granit, placées dans un logement spécial, retombaient après l’inhumation pour obstruer définitivement le couloir dont l’issue à l’extérieur était fermée par un bloc de revêtement semblable aux autres. Au milieu de la face est s’élevait la chapelle, centre du culte funéraire, avec son sanctuaire, sa cour-péristyle, ses vestibules, ses magasins, et au delà, de petites pyramides recouvraient la dépouille mortelle des membres de la famille royale. Un grand mur de pierre, formant une vaste enceinte carrée, entourait cet ensemble et l’isolait du terrain environnant; une allée couverte descendait de la porte de la chambre funéraire vers la vallée, jusqu’à un monument qui servait de portique d’entrée et qui atteignait parfois des dimensions imposantes, comme celui de la pyramide de Khefren, mieux connu sous le nom de temple du Sphinx, avec ses énormes piliers de granit rose et ses murailles d’albâtre.

Les pyramides de la Vme dynastie deviennent progressivement plus petites, et la partie de la construction qui devait rester invisible, l’appareillage de la masse même du monument, est moins soignée, aussi s’est-il produit des tassements qui ont le plus souvent écrasé les appartements funéraires. Par contre la chapelle funéraire, toujours située sur la face est, prend plus d’importance, et son ornementation est l’objet de soins tout particuliers: les lourds piliers carrés sont remplacés par d’élégantes colonnes à chapiteaux palmiformes ou papyriformes; dans les principales pièces, le sol et les soubassements sont faits de grandes dalles de basalte, et, au-dessus, les murailles en beau calcaire fin sont couvertes de bas-reliefs d’une facture très délicate. Ces tableaux représentent les hauts faits du souverain, ses expéditions, l’hommage que lui rendent ses ennemis; on y voit aussi le roi à la pêche ou à la chasse, et l’image des dieux sous la protection spéciale desquels il se place. Quant à la disposition générale, elle est toujours la même; le portique situé au bord de la vallée donne accès à l’allée couverte qui monte directement à la grande cour entourée d’une colonnade, la partie publique du temple funéraire; plus loin les salles des statues, les magasins, et une série de petites chambres conduisent, après plusieurs détours, au sanctuaire où se dresse, contre la pyramide elle-même, la grande stèle fausse-porte par laquelle le double du roi était censé pouvoir sortir de son tombeau et venir bénéficier des offrandes qu’on lui apportait.

Une innovation très importante date du règne d’Ounas, le dernier roi de la Vme dynastie; sans rien modifier à la disposition et à la construction de la pyramide ou de la chapelle funéraire, Ounas, le premier, songea à faire graver sur les parois absolument nues des caveaux souterrains où devait être enfermée sa momie les textes religieux qui pouvaient lui être utiles dans l’autre monde. Ce qui devait survivre à un homme après sa mort, ce n’était guère, croyait-on à cette époque, que son double, son corps spirituel, mais le roi, étant d’une essence supérieure, a en lui quelque chose des dieux dont il descend et qu’il doit aller retrouver quand il quittera la terre; il possède donc une âme divine, mais pour que cette âme puisse s’identifier aux dieux et devenir dieu à son tour, il faut qu’elle soit instruite de sa nature divine et qu’elle soit à même d’en profiter et de se présenter dignement devant ses pairs. Certains textes sacrés peuvent lui rendre ce service: ces textes se trouvent dans les recueils où les prêtres héliopolitains ont rassemblé toutes les vieilles formules magiques ou religieuses du pays, recueil précieux qui nous laisse entrevoir le fond de la pensée égyptienne sur la nature des dieux et sur le monde dans lequel ils vivent, en même temps qu’ils nous renseignent sur les origines de la langue. Ounas puisa donc largement dans ces textes dont il couvrit les parois de la salle qui contenait son sarcophage, et les chambres attenantes; ses successeurs, les rois de la VIme dynastie, y firent des emprunts plus abondants encore et les gravèrent jusque dans les couloirs d’accès. C’est à peu près tout ce qui reste de leurs pyramides qui ne forment plus que d’immenses tas de décombres; les chapelles funéraires ont disparu. Quant aux tombeaux des rois qui les suivirent, ceux de l’époque féodale, ils ne sont pas parvenus jusqu’à nous.


Sculpture

L’idée de la mort, vraie obsession pour les Egyptiens, les avait portés de très bonne heure à rechercher tous les moyens d’éviter un anéantissement complet de leurs personnes; de là le développement incroyable de l’architecture funéraire qui prend dès ses débuts une importance beaucoup plus considérable que l’architecture civile ou même religieuse. De là aussi la naissance de la statuaire qui, à son origine, est absolument indépendante de l’architecture et se développe parallèlement à ce dernier art et avec non moins de succès.

Le Ka ou double, comme il a été dit plus haut, était une sorte de corps spirituel, exactement semblable comme forme au corps matériel de l’homme et capable de survivre à celui-ci pendant un temps illimité, à condition toutefois d’avoir un support qui pût fixer son essence impondérable et lui conserver une certaine consistance. Le support naturel du double était le corps embaumé avec plus ou moins de soin et préservé ainsi de la pourriture; mais cette momie restait néanmoins bien fragile, aussi imagina-t-on de bonne heure de lui donner un remplaçant plus solide pour le cas où elle viendrait à être détruite. On prit donc l’habitude de déposer dans le tombeau, que ce fût celui d’un roi ou celui d’un simple particulier, une image du mort, en bois ou en pierre, faite autant que possible à sa ressemblance, parfois de grandeur naturelle, mais souvent de dimensions plus modestes. Le personnage qu’elle représente est debout, une jambe en avant, agenouillé ou accroupi à la manière des scribes, ou encore assis sur une chaise massive, les pieds joints, les mains sur les genoux. Souvent il est accompagné de sa femme, assise ou debout à côté de lui et même parfois d’un ou deux de ses enfants; ces groupes sont de vraies scènes de famille, d’une intimité charmante.

Les statues memphites, à part les plus anciennes qui sont d’une facture encore un peu malhabile, sont l’œuvre de praticiens parfaitement sûrs de leur métier et capables de donner l’expression voulue à leurs figures, quelle que soit la matière qu’ils ont à travailler, bois, albâtre, calcaire, granit ou diorite. Ce qu’ils cherchent, c’est à rendre fidèlement la nature et à donner en même temps l’impression de vie, de calme et de sérénité; ils ne fixent pas un aspect passager de leur modèle, ils en font en quelque sorte une synthèse; ils ne l’idéalisent pas, ils l’éternisent pour ainsi dire, et avec raison, car leur œuvre ne doit pas être un objet d’admiration pour le monde, mais le support même d’un être vivant enseveli à jamais dans le tombeau, loin des regards des hommes.

Pour donner plus de naturel à ces statues, on les peignait, celles du moins qui ne sont pas taillées dans des matières de grand luxe. Parfois le travail est également soigné de la tête aux pieds, mais il arrive souvent que les membres inférieurs sont un peu négligés au profit du haut du corps sur lequel se reporte toute l’attention du spectateur. La tête est toujours plus poussée que le reste et acquiert une importance toute particulière; les deux yeux, le plus souvent rapportés et formés d’une pierre blanche avec pupille en métal sous une cornée de quartz, dans un sertissage de bronze, donnent à la figure une vie, une expression, un éclat inimitables; ainsi, pour ne citer que les plus remarquables de ces statues, le Sheikh-el-Beled, le groupe de Rahotep et de Nofrit, le scribe du Musée du Caire, celui du Louvre, sont des chefs-d’œuvre qui peuvent rivaliser avec les plus belles productions de l’art de tous les temps et de tous les pays.

C’est l’expression même de la vie qui se dégage des statues des simples particuliers; quant à celles des rois il n’en est pas tout à fait de même. Ici les sculpteurs devaient donner l’impression d’un être supra-terrestre; dans ce but ils suppriment tout mouvement et placent le pharaon sur un trône, assis dans une pose immobile qui a quelque chose d’hiératique, tout en restant parfaitement naturelle. Ils n’ont plus recours aux yeux artificiels et impriment sur les lèvres de leurs modèles ce sourire énigmatique qui les auréole de mystère. Leurs rois, les Khefren et les Mycérinus du Caire, le Dadefra du Louvre, sont empreints de la majesté calme et sereine qui convient à un monarque fils des dieux presque dieu lui-même. En ce qui concerne ces statues et celles des particuliers, la IVme dynastie marque un effort et un progrès incomparables. C’est une des plus belles époques de la statuaire égyptienne, au point de vue de l’art aussi bien que du métier; des statues comme le grand Khefren de diorite au Musée du Caire, montrent qu’on savait triompher des matières les plus dures et les modeler dans les moindres détails avec une délicatesse inouïe, sans jamais nuire à la beauté et à la grandeur de l’ensemble, qui reste une pure merveille, à tous les points de vue.

Un peu plus tard, sous la VIme dynastie sans doute, on commença à employer pour les statues royales le type de l’homme debout. Le premier et le plus bel exemple en est la statue de Pepi Ier accompagné de son fils Merenra, qui est aussi la plus ancienne statue de bronze, où tout au moins à revêtement de bronze que l’on possède (fig. [105] et [106]); au lieu d’une fonte pleine ou creuse, procédé employé à des époques moins anciennes pour des monuments de plus petites dimensions, nous avons ici d’épaisses feuilles de métal ajustées et martelées sur une âme de bois; cette statue, actuellement au musée du Caire, est sensiblement plus grande que nature.

Si la sculpture en ronde-bosse est toujours, sous l’Ancien Empire, absolument indépendante de l’architecture, il n’en est pas de même du bas-relief, intimement lié à la construction, et dont le rôle primitif est de constituer la partie décorative d’un monument. L’usage qu’on en faisait, très modéré au début, ne tarda pas à se développer au fur et à mesure que les tombeaux devenaient plus grands; c’est sous la Vme dynastie, époque où non seulement on couvre de bas-reliefs des centaines de mètres carrés de parois dans des tombeaux de dimensions moyennes, mais où on commence aussi à en revêtir les murs intérieurs des temples, que ce mode de sculpture arrive à son apogée, tant au point de vue technique qu’au point de vue artistique.

Pour les Egyptiens, le but du bas-relief est de reproduire avec autant de clarté que d’exactitude, non seulement des figures d’individus isolés, mais des scènes complètes avec de nombreux personnages en pleine action, des animaux et des objets; il s’agit de ne pas sacrifier l’ensemble au détail ni le détail à l’ensemble, et pour cela il faut étudier séparément chacune des figures, les grouper et les équilibrer de façon régulière afin d’obtenir une composition homogène et décorative.

Pour arriver à comprendre le bas-relief égyptien et l’apprécier comme il le mérite, il faut en pénétrer les procédés de composition et faire abstraction de certaines choses qui nous choquent ou tout au moins nous gênent au premier abord parce qu’elles sont contraires à notre conception moderne de l’art. Dans l’art égyptien, il n’y a pour ainsi dire pas trace de perspective, et ce défaut se fait sentir de plusieurs manières: tous les personnages d’une scène sont sur le même plan et ont exactement la même grandeur; les tableaux se développent uniquement en longueur, jamais en profondeur, formant ainsi de longues bandes qui se superposent sans être nécessairement en rapport direct les unes avec les autres. Ce manque de perspective se fait encore mieux sentir dans le dessin même du corps humain: vus toujours de profil, les personnages ont l’œil et la poitrine qui se présentent de face, le ventre de trois quarts, dans une stylisation un peu outrancière mais à laquelle on s’habitue rapidement et qui pour les Egyptiens eux-mêmes avait l’avantage de présenter chaque partie du corps sous son aspect le plus caractéristique. Si ce défaut apparent est dû, à l’origine tout au moins, à une certaine maladresse, il n’en est pas de même du manque d’unité dans les proportions, qui est voulu. Pour indiquer la supériorité du roi sur ses sujets, on le représente d’une taille très supérieure à la leur, et de même, dans les tombes, la figure du mort est toujours trois ou quatre fois plus grande que celles des hommes qui vaquent sous ses yeux à leur office habituel.

Au point de vue technique, les sculpteurs de bas-reliefs sont pour le moins aussi habiles que ceux qui taillent les statues; leur dessin est ferme et net, donnant des contours d’une précision remarquable, quelle que soit la position du sujet. Les animaux qu’ils représentent ont des silhouettes exquises de pureté et de ressemblance. Leur coup de ciseau est parfaitement franc, sans repentirs, sans retouches, et ils modèlent les corps en un relief imperceptible qui leur donne une très grande distinction et beaucoup de délicatesse.

La composition est toujours claire et bien ordonnée, équilibrée de manière à donner à l’ensemble un caractère décoratif; les vides qui se présentent naturellement entre les figures et au-dessus d’elles sont remplis au moyen de courtes inscriptions hiéroglyphiques qui expliquent la scène, en même temps qu’elles ajoutent à l’homogénéité du monument.

Les sculpteurs de bas-reliefs n’étaient pas des artistes créateurs, mais de simples artisans bien au courant de leur métier et doués souvent d’une réelle originalité. Ils avaient à leur disposition un certain nombre de modèles pour toutes les scènes qu’ils pouvaient avoir à représenter et n’avaient plus qu’à les adapter à la place dont ils disposaient, à les augmenter ou à les diminuer en supprimant ou en ajoutant des personnages; ils pouvaient ainsi, sans sortir du cadre traditionnel, donner libre cours à leur imagination et enrichir leurs tableaux de figures originales et nouvelles. Pour une scène donnée, le motif est toujours le même, l’interprétation toujours différente, et c’est ce qui donne un charme tout particulier à ces successions de tableaux qui couvrent les parois des tombeaux comme une gigantesque tapisserie, harmonieuse dans l’ensemble et dans le détail.


Peinture

La polychromie était de règle pour la statuaire; il en était de même pour les bas-reliefs qui devaient tous être peints de couleurs vives. Dans les tombeaux très anciens, comme ceux de l’époque de Snefrou, qui sont encore construits en briques, des peintures sur enduit remplacent les bas-reliefs, reproduisant en teintes plates les mêmes scènes que nous avons l’habitude de voir sculptées et enluminées dans les autres tombes de l’Ancien Empire. La manière primitive de décorer ces monuments était donc, à n’en pas douter, la peinture, et le bas-relief coloré n’est que le développement normal de celle-ci, résultant du besoin de la rendre plus durable en la reportant sur pierre et en dégageant du fond chaque figure, chaque objet représenté; le bas-relief, avant de devenir un art en soi, n’était que le support de la peinture. Rien de plus naturel dès lors que de retrouver dans les scènes peintes les mêmes compositions que dans les reliefs, avec les mêmes variantes d’interprétation. Les procédés sont très simples: les couleurs minérales délayées dans de l’eau, additionnée d’une sorte de gomme, sont étendues en teintes plates sur un enduit sec, au moyen d’un pinceau; un trait plus foncé sertit les figures; les détails étaient ajoutés après coup quand ils étaient plus foncés, réservés quand ils étaient blancs. Les peintures de Dahchour et de Meïdoum, qui datent du commencement de la IVme dynastie, nous montrent les artistes égyptiens déjà en pleine possession de leur métier, et il est certains de leurs panneaux qui sont pleins de vie, de mouvement et de délicatesse. Pendant un certain temps on négligea complètement la peinture pour la sculpture, et nous ne trouvons des tombeaux peints sur enduit qu’en province, presque jamais dans la capitale; ce n’est que plus tard, sous le Moyen et le Nouvel Empire, que cet art reprendra un nouvel essor et accaparera de nouveau la décoration intérieure des sépultures.


Objets usuels

Depuis quatre ou cinq mille ans, les tombeaux de l’Ancien Empire résistent victorieusement aux atteintes du temps et ils sont arrivés jusqu’à nous avec leur décoration peinte ou sculptée, dans un état de conservation très satisfaisant. Les violateurs de sépultures ne les ont cependant point épargnés; dans l’antiquité déjà ils les ont visités, ils sont descendus dans tous les caveaux funéraires, dans ceux des rois comme dans ceux des simples particuliers, franchissant les obstacles les plus sérieux, et ont pillé consciencieusement tout le mobilier funéraire. Seules les statues de serdab qui ne pouvaient avoir aucune valeur pour eux furent laissées dans leur cachette, ainsi que les tables d’offrandes, grandes dalles sculptées devant la stèle fausse-porte. Les meubles, les armes, les outils, les vêtements, les bijoux, tous les objets usuels, en un mot, ont disparu et nous ne les connaissons que par les représentations des reliefs et des peintures, représentations qui du reste sont souvent très suffisantes. Les seuls objets qui nous soient parvenus sont des vases en pierre ou en terre qui ne présentent pas avec ceux de la période précédente des divergences très marquées.


Inscriptions

Depuis les dynasties thinites, époque où on ne l’employait qu’avec parcimonie, l’écriture a fait d’immenses progrès; elle est définitivement constituée, régularisée et ordonnée. C’est un instrument parfait en son genre, bien qu’un peu compliqué, capable d’exprimer toutes les nuances de la pensée, dans tous les domaines, et qui a en même temps un caractère décoratif très marqué permettant de l’employer à l’ornementation des monuments, soit isolément, soit à côté des représentations figurées, pour les compléter, les équilibrer et les expliquer. Quelques lignes d’hiéroglyphes, sur un objet quelconque, suffisent à faire de lui un objet d’art, tant cette écriture est belle par elle-même.

L’écriture hiéroglyphique, en même temps utilitaire et ornementale, avec ses combinaisons de caractères alphabétiques, syllabiques et idéographiques, paraît à peu près sur tous les monuments de l’Ancien Empire, dans les tombeaux en particulier où nous l’avons vue se mêler aux bas-reliefs, s’incorporer à eux. Ce sont en général de courtes phrases, mises dans la bouche des personnages représentés dans la scène; ainsi il n’est pas rare de voir un ouvrier dire à son voisin: «tâche de te dépêcher» ou: «fais attention à ce que tu fais»; un moissonneur boit à même une cruche de bière en s’écriant: «ah! que c’est bon!» ailleurs c’est la chanson des laboureurs qui travaillent dans le terrain encore inondé: «Le piocheur est dans l’eau, parmi les poissons; il cause avec le silure, il échange des saluts avec l’oxyrhinque.» En d’autres parties de la tombe, à l’entrée, et surtout sur la stèle fausse-porte, on trouve le nom du mort, avec ses titres et de courtes formules adressées à divers dieux comme Osiris et Anubis, et plus loin la grande liste d’offrandes disposée en tableau. Dans les souterrains des tombes royales on voit, à partir d’un certain moment, les longs textes religieux se dérouler en colonnes serrées, et couvrir d’immenses surfaces de parois. J’ai déjà parlé des inscriptions historiques ou plutôt biographiques où un haut fonctionnaire raconte les péripéties de sa carrière et qui sont si précieuses pour nous; il faut encore signaler certains textes officiels, gravés sur pierre, des décrets du roi en faveur de certains temples, instituant des privilèges spéciaux, et nous aurons une idée générale de ce qu’il y avait sous l’Ancien Empire en fait d’inscriptions monumentales.

Pour des compositions de longue haleine, des ouvrages scientifiques, médicaux, théologiques ou littéraires et sans doute aussi déjà pour la correspondance, on employait une autre matière que la pierre et une autre écriture que les hiéroglyphes. Les tiges de papyrus décortiquées, développées et écrasées, fournissaient des feuilles qui étaient pour les Egyptiens ce qu’est pour nous le papier, feuilles qu’on réunissait bout à bout pour en faire de longs rouleaux; au moyen d’un roseau taillé en pointe ou en pinceau, on y écrivait à l’encre en caractères cursifs qui sont une abréviation des hiéroglyphes et auxquels nous donnons le nom d’écriture hiératique. Cette écriture est disposée soit en colonnes verticales, soit en lignes horizontales écrites de droite à gauche. Vu la fragilité de la matière employée, il ne nous est parvenu que bien peu de manuscrits de l’Ancien Empire, assez toutefois pour que nous puissions juger que la méthode employée ne différait en rien de celle des époques postérieures.