LIVRE II
Les opinions et les croyances des foules.
- CHAPITRE PREMIER.—Facteurs lointains des croyances et opinions des foules [67]
- Facteurs préparatoires des croyances des foules.—L'éclosion des croyances des foules est la conséquence d'une élaboration antérieure.—Étude des divers facteurs de ces croyances.—§ 1. La race.—Influence prédominante qu'elle exerce.—Elle représente les suggestions des ancêtres.—§ 2. Les traditions.—Elles sont la synthèse de l'âme de la race.—Importance sociale des traditions.—En quoi, après avoir été nécessaires, elles deviennent nuisibles.—Les foules sont les conservateurs les plus tenaces des idées traditionnelles.—§ 3. Le temps.—Il prépare successivement l'établissement des croyances, puis leur destruction.—C'est grâce à lui que l'ordre peut sortir du chaos.—§ 4. Les institutions politiques et sociales.—Idée erronée de leur rôle.—Leur influence est extrêmement faible.—Elles sont des effets, et non des causes.—Les peuples ne sauraient choisir les institutions qui leur semblent les meilleures.—Les institutions sont des étiquettes qui, sous un même titre, abritent les choses les plus dissemblables.—Comment les constitutions peuvent se créer.—Nécessité pour certains peuples de certaines institutions théoriquement mauvaises, telles que la centralisation.—§ 5. L'instruction et l'éducation.—Erreur des idées actuelles sur l'influence de l'instruction chez les foules.—Indications statistiques.—Rôle démoralisateur de l'éducation latine.—Rôle que l'instruction pourrait exercer.—Exemples fournis par divers peuples.
- CHAPITRE II.—Facteurs immédiats des opinions des foules [89]
- § 1. Les images, les mots et les formules.—Puissance magique des mots et des formules.—La puissance des mots est liée aux images qu'ils évoquent et est indépendante de leur sens réel.—Ces images varient d'âge en âge, de race en race.—L'usure des mots.—Exemples des variations considérables du sens de quelques mots très usuels.—Utilité politique de baptiser de noms nouveaux les choses anciennes, lorsque les mots sous lesquels on les désignait produisent une fâcheuse impression sur les foules.—Variations du sens des mots suivant la race.—Sens différents du mot démocratie en Europe et en Amérique.—§ 2. Les illusions.—Leur importance.—On les retrouve à la base de toutes les civilisations.—Nécessité sociale des illusions.—Les foules les préfèrent toujours aux vérités.—§ 3. L'expérience.—L'expérience seule peut établir dans l'âme des foules des vérités devenues nécessaires et détruire des illusions devenues dangereuses.—L'expérience n'agit qu'à condition d'être fréquemment répétée.—Ce que coûtent les expériences nécessaires pour persuader les foules.—§ 4. La raison.—Nullité de son influence sur les foules.—On n'agit sur elles qu'en agissant sur leurs sentiments inconscients.—Le rôle de la logique dans l'histoire.—Les causes secrètes des événements invraisemblables.
- CHAPITRE III.—Les meneurs des foules et leurs moyens de persuasion [105]
- § 1. Les meneurs des foules.—Besoin instinctif de tous les êtres en foule d'obéir à un meneur.—Psychologie des meneurs.—Eux seuls peuvent créer la foi et donner une organisation aux foules.—Despotisme forcé des meneurs.—Classification des meneurs.—Rôle de la volonté.—§ 2. Les moyens d'action des meneurs.—L'affirmation, la répétition, la contagion.—Rôle respectif de ces divers facteurs.—Comment la contagion peut remonter des couches inférieures aux couches supérieures d'une société.—Une opinion populaire devient bientôt une opinion générale.—§ 3. Le prestige.—Définition et classification du prestige.—Le prestige acquis et le prestige personnel.—Exemples divers.—Comment meurt le prestige.
- CHAPITRE IV.—Limites de variabilité des croyances et opinions des foules [128]
- § 1. Les croyances fixes.—Invariabilité de certaines croyances générales.—Elles sont les guides d'une civilisation.—Difficulté de les déraciner.—En quoi l'intolérance constitue pour les peuples une vertu.—L'absurdité philosophique d'une croyance générale ne peut nuire à sa propagation.—§ 2. Les opinions mobiles des foules.—Extrême mobilité des opinions qui ne dérivent pas des croyances générales.—Variations apparentes des idées et des croyances en moins d'un siècle.—Limites réelles de ces variations.—Éléments sur lesquels la variation a porté.—La disparition actuelle des croyances générales et la diffusion extrême de la presse rendent de nos jours les opinions de plus en plus mobiles.—Comment les opinions des foules tendent sur la plupart des sujets vers l'indifférence.—Impuissance des gouvernements à diriger comme jadis l'opinion.—L'émiettement actuel des opinions empêche leur tyrannie.