CHAPITRE XIII

ENTRE JEUNES GENS

Naturellement d'une beauté poétique et mystérieuse comme les créations aériennes d'Ossian, la Petite-Hirondelle avait, ce jour-là, des charmes presque indéfinissables, tant la touche en était légère, tant l'expression en était séduisante. Comme sur le pollen impalpable qui velouté les ailes du papillon, on eût craint d'y porter la main, dans la crainte que le moindre contact en flétrît l'éclat.

Blanche, avec un éclair rose oublié sur les joues, frêle, exquisément gracieuse dans ses formes, elle portait une charmante tunique de cuir de daim, bordée avec une passementerie rouge et bleue, qui rehaussait la diaphanéité lactée de son teint.

Une ceinture de coquillage lui dessinait la taille; des mocassins coquets, en peau de castor, emprisonnaient son pied mignon.

Près d'elle, était négligemment jeté un chapeau de paille de riz sauvage, à demi couvert par les ondes de son opulente chevelure. Tout cela, vêtement et ornements, avait été, sauf le chapeau, confectionné par Baptiste; durant la maladie de sa protégée, et je vous assure qu'il y avait dépensé un art infini. Une modiste-née se fût pas montrée plus habile dans la coupe des matériaux et dans le choix des nuances, sans parler des points d'aiguille! Ils laissaient loin derrière eux l'adresse de nos plus expertes couturières.

En voyant cet homme qui la contemplait en silence, Merellum s'imagina d'abord qu'elle poursuivait son rêve, un bien doux rêve, car il lui avait montré, à ses genoux, le trappeur blanc rencontré l'automne précédent à la rivière des Sables-Mouvants.

Et cet homme, cet étranger, c'était le trappeur blanc lui-même! Agitée d'un frémissement voluptueux, Merellum referma les paupières. Ses sens, assoupis par le sommeil, reprirent leur lucidité. Elle rouvrit imperceptiblement les yeux, et, à travers le voile transparent de ses longs cils, à son tour elle examina le curieux.

Il était grand, svelte, un peu mince peut-être, mais droit et de belle prestance.

Son visage formait un ovale allongé. Il avait le front découvert, couronné par des cheveux blonds bouclés; le nez bien coupé, les yeux d'un bleu céleste, la bouche fine et bienveillante, la peau brunie par le hâle et les intempéries.

Ses traits respiraient l'intelligence, l'affabilité et l'enthousiasme.

Une large blessure, à peine cicatrisée, lui partageait la joue gauche.

Il n'avait pas de barbe, sauf une petite moustache, jaune comme l'or, qui ombrageait sa lèvre supérieure.

Son costume ressemblait à celui que portent habituellement les commis riches de la Compagnie de la haie d'Hudson. Il consistait en une blouse de chasse ornée de piquants de porc-épic, à la manière indienne, mocassins, mitas ou guêtres en cuir et toque de feutre brun.

Un carnier, une poudrière pendaient en sautoir sur son dos; des pistolets doubles, un couteau, une hachette à sa ceinture.

La paume de sa main gauche reposait sur le canon d'un fusil à deux coups, monté avec un luxe dangereux dans ces contrées où le vol et l'assassinat sont pour ainsi dire à l'ordre du jour.

Il remarqua bien le premier mouvement de la jeune fille; mais, soit qu'il eût peur de l'effaroucher par une apostrophe trop brusque, soit qu'il voulût prolonger une situation agréable pour lui, soit même qu'il fût d'un naturel timide, il feignit de ne point s'apercevoir qu'elle était éveillée.

Merellum put donc le lorgner tout à son aise.

Peu à peu, sans y penser, elle s'enhardit: ses paupières se dessillèrent, elle les releva à demi, puis entièrement, et il arriva que tout à coup ils se regardèrent l'un l'autre sans crainte, mais avec un mélange de surprise et de plaisir.

Ils ne bougeaient pas; elle, étendue à la racine de l'arbre; lui, incliné, le visage à quatre pieds au-dessus du sien. On eût dit qu'ils craignaient que le moindre mouvement ne détruisit le charme qui les subjuguait.

Mais déjà leurs yeux disaient un langage bien éloquent; pour leurs coeurs, ils s'entendaient sans le savoir, sans se connaître.

Cependant, comme il n'est position si délectable qui ne finisse par devenir incommode quand elle dure trop, le jeune homme se décida à rompre le silence.

—Mademoiselle comprend le français? dit-il d'une voix musicale.

La Petite-Hirondelle répondit par un signe de tête affirmatif.

—Mademoiselle a pour ami un vaillant trappeur, continua-t-il.

—Et comme elle paraissait étonnée, il se hâta d'ajouter:

—Je veux parler de Poignet-d'Acier.

—Mon frère se trompe, dit Merellum se relevant et se mettant sur son séant: Poignet-d'Acier n'est pas un trappeur; c'est un grand chef qui commande la plupart des blancs de la Colombie, et qui est aimé ou redouté de tous les Peaux-Rouges du Nord-Ouest.

—Je vous demande pardon…, commença le jeune homme.

Mais elle l'interrompit avec la pétulance qui formait une des particularités de son caractère:

—Mon frère connaît-il Poignet-d'Acier?

—Oui, mademoiselle.

—Et, fit-elle en arrêtant sur lui un regard scrutateur, mon frère est-il son ami?

—Je n'ai pas eu l'avantage de le voir beaucoup, mais il a bien voulu m'honorer de sa sympathie.

—Où mon frère a-t-il vu Poignet-d'Acier?

—Je l'ai vu l'automne dernier au fort Colville. Il m'a beaucoup entretenu de vous, sa Petite-Hirondelle.

—Poignet-d'Acier est bon; Merellum l'aime. Où allait-il?

—Aux établissements.

—Mon frère sait-il quand il reviendra?

—A la saison prochaine.

—A la saison prochaine! répéta la jeune fille en soupirant.

Et, après une courte pause, elle demanda:

—Qu'a-t-il dit à mon frère de la Petite-Hirondelle?

—Il craignait qu'elle n'eût péri sur le brick qui appareillait au cap de la Roche-Rouge, ou qu'elle ne fût tombée au pouvoir de ses ennemis les Nez-Percés.

—Il n'a rien dit de plus?

—Poignet-d'Acier aurait voulu pouvoir s'assurer du sort de la Petite-Hirondelle avant de partir; mais ses affaires le rappelaient immédiatement au Canada. Cependant, il avait chargé le Dompteur-de-Buffles d'aller au secouru de sa protégée, car je lui appris qu'elle avait échappé à l'explosion… Puis…

Le chasseur hésita:

—Mon frère n'a-t-il pas été prisonnier chez les Arcs-Plats? s'écria
Merellum.

—Oui, mademoiselle, j'ai été leur prisonnier. Et, si j'ai bonne mémoire, c'est vous que j'ai rencontrée captive des Nez-Percés, sur le bord de la rivière des Sables-Mouvants.

Merellum rougit et répliqua faiblement:

—C'est moi que mon frère a rencontrée.

—Vous aussi vous avez donc pu briser vos fers? fit-il avec animation.

—Mais la jeune fille ne comprit pas. Il s'aperçut de la gaucherie de sa métaphore, et reprit plus simplement:

—Vous avez réussi à échapper à vos ennemis?

—Oui, dit-elle, un nègre m'a sauvée.

—Un nègre?…

—Un nègre qui s'appelle Baptiste.

—Baptiste, mais c'est… mon camarade! Ah! le brave homme! l'excellent homme! Il vous a sauvée, dites-vous, mademoiselle? Mais où est-il? que je le remercie, que je l'embrasse, que…

—Mon frère connaît donc aussi ce Peau-Noire?

—Si je le connais! mais c'est, mon serviteur… un serviteur que j'ai retrouvé dans le désert.

—Et qu'est ce que mon frère est venu faire dans le désert? interrogea
Merellum.

Cette question décontenança un instant le jeune homme. Il changea de couleur, tourmenta sa toque qu'il tenait à la main comme s'il eût parlé à une grande dame du monde civilisé, et demeura coi.

La Petite-Hirondelle était aussi indiscrète qu'un enfant, mais aussi hardie qu'une sauvagesse, surtout quand elle avait affaire à une nature pliante ou peu osée. Du reste, investie, depuis le bas âge, d'un pouvoir absolu sur une tribu nombreuse d'Indiens, elle était impérieuse comme tous ceux qui ont été élevés dans l'exercice du commandement.

Prenant le silence du chasseur pour un manque d'égards, elle réitéra sa demande d'un ton sec.

—J'y suis venu, balbutia-t-il et en baissant les yeux, pour chercher une cousine.

A ces mots, Merellum tressaillit.

—Mon frère est venu chercher une cousine? dit-elle d'une voix altérée.

—Oui, une fille qu'a laissée le frère de ma mère en mourant dans la
Colombie.

—La cousine de mon frère est une face blanche, sans doute?

—Oh! assurément, dit-il en souriant.

—Alors, elle n'est pas dans la Colombie; car, à dix journées de marche de chaque côté du Grand-Fleuve, il n'y a d'autre femme blanche que moi! s'écria la Petite-Hirondelle avec un rayonnement d'orgueil indéfinissable.

Et elle se releva fièrement en rejetant de la main sur ses épaules les flots épars de son épaisse chevelure.

Cédant à un accès d'enthousiasme, le jeune homme s'exclama avec une admiration sincère:

—Oh! qu'elle est belle! mon Dieu, qu'elle est belle!

La franche vivacité de cette déclaration imprévue causa un frisson de joie à Merellum, cependant elle dit avec une finesse toute féminine.

—De qui parle donc mon frère?

—De ma cousine, de vous! s'écria impétueusement le chasseur.

—Moi! la cousine de mon frère?

—Oui, vous êtes ma cousine, celle que je cherche!

Elle essaya un geste de dénégation. Mais il s'écria vivement:

—Oh! oui, vous êtes ma cousine; j'en suis sûr, car votre père était Canadien-Français. Il s'appelait Joseph Decoigne, natif de Lachine, petit village près de Montréal, et ma mère était sa soeur.

Merellum secoua dubitativement la tête.

—Oh! reprit-il avec conviction, je suis certain de ce que j'avance. M. Villefranche ou, si vous aimez mieux, le capitaine Poignet-d'Acier connaît bien votre naissance. C'est lui qui m'a dit qui vous étiez et où je pourrais vous trouver.

—Mon frère me cherchait donc?

—Si je vous cherchais! Mais, depuis plus d'un an, je parcours cet infernal pays en vous réclamant à tout le monde; et je furèterais encore si le hasard ne vous avait envoyée sur ma roule, un soir que, fait captif par les Arcs-Plats, j'étais conduit je ne sais ou pour être échangé contre quelque Peau-Rouge. Mais la Providence veillait sur nous. A première vue, elle vous révéla à moi, ma chère cousine. Ensuite, elle me fournit un moyen de tourner les talons à mes bourreaux. J'allai me réfugier au fort Colville, où Poignet-d'Acier venait de s'arrêter. Je lui contai mon histoire, et c'est lui qui me donna la certitude que mes pressentiments ne m'avaient pas abusé en vous voyant. Si j'avais eu quelques doutes, mon coeur les dissiperait en ce moment, et, tenez, pour vous le prouver, laissez-moi vous embrasser comme une vraie Canadienne que vous êtes, ma belle cousine.

Sans plus de cérémonie, il jeta les bras autour du cou de la jeune fille et imprima sur ses joues deux bruyants baisers.

Elle eût bien essayé de s'en défendre, mais le moyen? son chaleureux parent avait les larmes aux yeux.

—Voyons, voulez-vous vous asseoir un instant, afin que nous causions? dit-il après un instant de silence.

Sans répondre, Merellum se plaça sur le gazon.

Il se mit à côté d'elle, et lui prenant une main qu'elle abandonna volontiers, il dit:

—D'abord, vous saurez, ma cousine, que je m'appelle Xavier Cherrier, et que votre mère, ma tante, se nommait Louise. Ainsi donc, avec votre permission, ce nom sera celui que je vous donnerai désormais, car Merellum, ce n'est pas français, et la Petite-Hirondelle, c'est long… long!… quoique vous soyez bien le plus gracieux oiseau qui ait jamais gazouillé dans ces abominables régions.

—Mon frère parlera comme il lui plaira! dit-elle mélancoliquement.

—Oh! mais ne me dites plus mon frère, c'est un titre… qui… qui… Je préférerais mon cousin, si ça vous était égal, et même Xavier tout court.

—Mais que vouliez-vous à votre cousine? s'enquit-elle subitement.

—Ce que je lui voulais… ce que je lui voulais?… Oh! c'est simple: notre grand-père est mort en laissant de la fortune; mon père et ma mère ne sont plus depuis bien des années. J'étais donc seul et sans parents, là-bas, dans les établissements…

En prononçant ces paroles, il avait des pleurs dans la voix; involontairement Merellum lui pressa la main.

—Oh! s'écria-t-il, vous êtes bonne autant que belle, je le sens. Quelque chose me l'avait dit. J'ai bien fait de quitter les établissements pour venir vous voir, n'est-ce pas? Dites que j'ai bien fait.

Il la suppliait éloquemment de son regard humide. Palpitante d'émotion, elle pencha la tête, pendant qu'il portait sa blanche main à ses lèvres.

Ce fut un moment de muette extase, troublé seulement par le battement précipité de leurs coeurs.

Deux aboiements, tels que n'en poussèrent jamais les membres de la race canine, interrompirent, cruellement ce délicieux tête-à-tête.

Et le nègre Baptiste, courant comme un blaireau sur ses pieds et sur ses mains, vint se rouler aux genoux du chasseur, en criant avec des transports de joie:

—Massa Xavier! massa Xavier! Ben heureux li, ben heureux! Et noir à Massa Xavier itou! et petite demoiselle blanche itou, et tout le monde itou, itou, itou!

Il couronna son verbiage par des cabrioles extravagantes et une kyrielle d'aboiements qui durent mettre en émoi tout le gibier de la forêt.

—Veux-tu bien te taire, vilain moricaud! s'écria

Xavier, qui ne savait trop s'il devait, rire ou se fâcher de cette burlesque apparition.

Mais Baptiste, fou de joie, n'entendait pas. Il multipliait ses sauts, ses bonds, ses gestes, ses cris, avec la fougue d'un jeune chien qui a retrouvé son maître.

A la fin, le chasseur impatienté se leva pour le frapper.

Merellum le retint par ces mots:

—C'est lui qui m'a sauvé la vie.

—Massa, fit Baptiste d'un ton humble, avoir dit à nègre de quêter après demoiselle blanche. Nègre avoir enlevé elle à Indiens et joué bon tour à eux.

—Ouaou! ouaou-ou-ou-ou! ouah! ahh! ahhh!

—Le brigand! exclama Xavier en colère. Il va tout à l'heure, par ses hurlements, attirer sur nous une bande de Peaux-Rouges.

—Peaux-Rouges loin, loin! repartit Baptiste. Eux peur de nègre! grand'peur de Chien-Flamboyant!

—Ah! c'est vrai, dit le jeune homme, riant de bon coeur; j'oubliais que tu as un artifice merveilleux pour écarter ces bandits. Figurez-vous, ma cousine, que le drôle, qui a servi comme aide-pharmacien chez mon père, a trouvé le moyen de fabriquer du phosphore avec des os calcinés, je crois, et qu'il s'en frotte le corps pour effrayer les Indiens, qui l'ont pris pour une divinité malfaisante.

Merellum ignorait ce que c'est que le phosphore; mais elle avait vu Baptiste à l'oeuvre et connaissait le secret de ces flammes dont il s'entourait afin d'intimider les sauvages.

—Comment vous êtes-vous connus? dit-elle à Cherrier.

—Il était esclave chez mon père, qui avait quitté le Canada pour s'établir pharmacien à la Nouvelle-Orléans.

—Mauvais massa! ben, ben mauvais! marmotta le nègre en hochant la tête.

—Certaine nuit, il s'enfuit, continua Xavier; on n'en entendit plus parler. Aussi ne fus-je pas médiocrement surpris de me heurter à mon fugitif un jour que je rôdais dans ces parages. Je lui expliquai le but de mon excursion. Il promit de m'aider. Lui ayant dépeint votre figure, je continuai mon chemin; mais, attaqué par les Janktons [13], je fus blessé à la joue. On me transporta au fort Colville où je dus passer l'hiver…

[Note 13: Indiens maraudeurs. Voir la Huronne.]

—Alors il est votre esclave? dit Merellum en réfléchissant.

—C'est-à-dire qu'il l'a été.

—Mais il l'est encore, puisqu'il est en votre pouvoir.

—Non, non, répliqua Xavier en souriant, il est libre maintenant, puisqu'au Canada et sur ces territoires les blancs ne reconnaissent point d'esclaves… Mais l'air du matin m'a singulièrement aiguisé l'appétit. Si nous allions à la grotte de Baptiste, car je suppose que c'est là que vous restez, ma cousine?

—Oui, bonne petite demoiselle rester là, s'écria le nègre. Elle avoir été malade, oh! ben malade; mais noir soigner elle, et elle guérir tout à fait. Moi préparer bon déjeuner. Aimer ben fils à massa, mais pas massa. Oh! non, pas li en tout.

Ils rentrèrent dans la caverne. Baptiste servit un succulent repas de biftecks de tortue, frai d'esturgeon, oeufs de canards sauvages et légumes divers.

Pendant ce repas, les deux jeunes gens achevèrent de faire connaissance. Xavier proposa à Merellum de la ramener au Canada et de lui rendre la moitié de la fortune laissée par leur grand-père. La seconde partie de cette proposition intéressait peu la Petite-Hirondelle. Mais depuis longtemps elle désirait voir le pays de ses aïeux. C'était même dans ce but qu'elle avait renoncé à commander les Clallomes pour s'embarquer à bord du brick de Poignet-d'Acier. Une réflexion l'arrêtait cependant: le capitaine ne serait-il pas de retour dans la Colombie avant qu'elle fût arrivée au Canada? Xavier lui assura qu'en se pressant un peu, on le trouverait encore soit à Montréal, soit à Québec.

Toutes les objections étant levées, Merellum consentit à accompagner le chasseur.

Il fut décidé qu'ils attendraient que la convalescente fût entièrement remise, et qu'ensuite ils se rendraient au Canada par la route de terre, c'est-à-dire en traversant les Montagnes-Rocheuses et en longeant, soit en canot, soit à pied, les bords de l'Assiniboine, puis de la Saskatchaouane jusqu'aux Grands Lacs.

Ces arrangements pris à la satisfaction générale, même de Baptiste, qui devait suivre «la petite demoiselle» aux établissements, Cherrier sortit avec le nègre pour se construire une cabane sur le plateau.

Huit jours ne s'étaient pas écoulés que les deux jeunes gens s'aimaient d'un amour pur et passionné.

Pouvait-il en être autrement à la face des grandes choses de la nature qui les entourait!

Xavier apprenait à Louise les nobles doctrines du christianisme et initiait cette âme jeune et candide aux mystères de la nouvelle société dans laquelle il se proposait de la produire. Elle saisissait ses explications et se les appropriait avec cette pénétration qui est particulière aux femmes. L'élève et le maître étaient enchantés l'un de l'autre, et le moment du départ approchait, lorsqu'une après-midi, tandis que Xavier lui enseignait la lecture au moyen de lettres tracées sur du sable, Baptiste entra brusquement dans la salle souterraine en criant:—Indiens! Indiens!