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LA
PROVENCE

OUVRAGES DU MÊME AUTEUR


UN FÉLIBRE AVANT LE FÉLIBRIGE à la cour de la duchesse du Maine, à Sceaux.—Mouret (J.-J.), d’Avignon. Broch. in-181 fr. »
LE CHEVALIER PAUL (lieutenant-général des armées navales du Levant), 1598-1668. Préface de M. de Mahy, ancien ministre de la Marine.
Édition non illustrée, 1 vol. in-18 jésus
3 fr. 50
— illustrée, 1 vol. in-18 jésus5 fr. »
DE L’UTILITÉ DES IDIOMES DU MIDI pour l’enseignement de la langue française.
Broch. in-8o
1 fr. 50
LE CHEVALIER ROZE (campagne d’Espagne, 1707; peste de Marseille, 1720). 1 vol. gr. in-8o.
Édition illustrée, brochée
3 fr. 50
— reliée 5 fr. »
LA PROVENCE. Usages, coutumes, mœurs et idiomes depuis les origines jusqu’au Félibrige.
1 beau vol. in-4o avec illustrations. Broché
7 fr. »
Relié8 fr. 50

POUR PARAITRE PROCHAINEMENT

AU PAYS DES CIGALES. Contes, nouvelles et légendes provençales. 1re série,
1 vol. in-8o
3 fr. 50

HENRI ODDO


LA
PROVENCE

USAGES, COUTUMES, IDIOMES
DEPUIS LES ORIGINES


LE FÉLIBRIGE
ET SON ACTION SUR LA LANGUE PROVENÇALE
AVEC UNE GRAMMAIRE PROVENÇALE ABRÉGÉE


OUVRAGE ORNÉ D’ILLUSTRATIONS ET DE PORTRAITS


PARIS
LIBRAIRIE H. LE SOUDIER
BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 174


1902

LA PROVENCE


I
LES FÊTES

Histoire.—Caractère.—Mœurs.—Usages.—Fêtes, jeux et coutumes des Provençaux.—Fêtes civiles.—Le Jour de l’an.—Les Rois.—Le Carnaval.—Danse des olivettes.—Les Jarretières.—Les Bergères.—La Cordelle.—Les Moresques et les Épées.—Leis Bouffet, Leis Fieloué.—La Falandoulo.—La Reine de Saba.—Caramantran.—Fêtes religieuses.—La Chandeleur.—Les Rameaux.—La Semaine sainte.—Pâques.—La Pentecôte.—Les Jeux de la Tarasque.—La Fête-Dieu.—La Saint-Jean.—La Toussaint.—Les Morts.—La Noël.—La Messe de minuit.—Leis calénas.—Jeux.—Les Roumerages.—Les Joies.—La Targo.—La Bigue.—Courses d’hommes et d’animaux.—Combats de taureaux.—La Lutte.—Le Saut.—La Barre et le Disque.—Les Boules.—La Cible.—Les Palets.—Mât de cocagne.—Les Grimaces.—Les Cartes.—Le Coq.

Provence! Ce nom, évocation de tout un passé prestigieux dans les arts et les lettres, célèbre dans le commerce et l’industrie, glorieux par ses victoires, sympathique dans le malheur, est gravé en lettres d’or dans l’histoire des peuples.

La place que cette ancienne province a occupée au cours des siècles a été assez importante pour expliquer l’intérêt dont elle a toujours été l’objet de la part des poètes, des romanciers et des historiens. Aujourd’hui, quelques départements représentent ce que fut l’ancienne Provence, et si, mêlée et confondue dans la grande patrie française, avec laquelle elle ne fait plus qu’un tout, elle a perdu une partie de son originalité en perdant sa couronne et le côté pittoresque qu’elle pouvait avoir au temps de ses comtes, du moins elle a acquis le bénéfice de la sécurité. Elle jouit des bienfaits dont la Révolution de 1789 a doté la France lorsqu’elle lui a donné sa devise, qui devrait être celle de l’humanité tout entière: «Liberté—Égalité—Fraternité.» Ces bienfaits, d’ordre surtout économique, n’ont changé en rien l’aspect général de la Provence, qui est restée ce que la nature l’a faite: attrayante par son climat, sa situation admirable, ses fleurs et ses fruits, sa mer de saphir, son ciel bleu et son soleil resplendissant. Ses enfants sont dignes de leurs ancêtres. Comme eux, ils ont gardé l’amour du sol natal, des usages, des mœurs et des coutumes du vieux temps, à peine atténués par les effets de la centralisation et par la civilisation caractéristique de ce siècle. Ils doivent à leur climat un caractère vif et enjoué, ce qui ne les empêche nullement d’apporter dans les affaires sérieuses un esprit de suite et une expérience incontestés.

Afin de mieux faire connaître cette partie si intéressante du sol français, nous remonterons jusqu’à l’époque où la Provence, pays riche et jouissant d’une civilisation avancée, vit son influence décroître après les ravages causés par l’invasion des Sarrasins et par les guerres qui suivirent la mort de Charlemagne.

Les faibles successeurs de ce prince ne purent la conserver et dès lors, séparée de l’Empire, elle fut livrée sans défense aux incursions incessantes des hordes africaines. Elle perdit ainsi, non seulement le rang qu’elle occupait dans le monde, mais aussi un état social intérieur qui avait fait sa renommée au point de vue des lettres et des arts.

Pendant cette période troublée, cette magnifique province, jadis si florissante, n’offrit plus que le spectacle lamentable d’un pays ruiné. A la prospérité matérielle, à la culture intellectuelle avaient succédé la misère et l’ignorance, et le manteau de l’obscurantisme s’étendit sur elle, éteignant les lumières de l’esprit et lassant tous les courages.

Le spectacle qu’elle présente est alors lamentable: ses plaines, naguère couvertes de riches moissons et de villes florissantes, ne sont plus que landes et marais, ou ruines noircies par l’incendie. Les chemins sont défoncés, les ponts brisés; de sombres forêts, qui remontent les pentes des vallées, rendent les communications impossibles. La crainte de l’ennemi a forcé les paysans à construire de nouvelles maisons sur les hauteurs et dans les lieux les plus escarpés, sous la protection des châteaux forts. Ces constructions sont élevées, pressées les unes contre les autres, séparées par des ruelles étroites recouvertes souvent elles-mêmes par une voûte sombre qui supporte d’autres maisons: le tout entouré de remparts et de ponts-levis. Le matin, toute la population s’empresse de sortir pour se disperser dans la campagne et se livrer aux travaux agricoles. Cette campagne, hélas! se borne aux penchants des collines dominées par la forteresse. Plus bas, dans la plaine, il n’y a plus que marais ou forêts, et la culture y est devenue impossible par les incursions qu’y font constamment les Sarrasins.

L’ingéniosité, la patience laborieuse de nos paysans se retrouvent jusque dans l’aménagement de ces collines pierreuses. Ils construisirent des murs en terrasse pour soutenir les terres et y cultivèrent l’olivier, la vigne, le blé et quelques légumes. Des sentiers étroits et pavés de cailloux formèrent des marches, que les bêtes de somme pouvaient gravir, et qui furent en même temps les seuls moyens de communication de l’homme avec ses semblables. Le soir, toute cette population rentrait pour se mettre sous la protection de la citadelle, où nuit et jour veillaient des sentinelles. Bien souvent elles signalaient l’ennemi, et alors la petite garnison sortait pour livrer bataille aux pillards ou protéger la retraite des ouvriers agricoles surpris dans leurs travaux. Ces alertes continuelles, ces combats incessants avaient fini par transformer le caractère de la population, qui passait facilement du travail des champs au métier des armes. Bientôt, sous les ordres de Boson, premier comte de Provence, elle put repousser les hordes barbares et soutenir ses droits contre le comte de Toulouse, qui lui disputait son territoire. Boson, par une sage administration des revenus de la province et la mise en culture des vallées, à l’aide des moines à qui il les avait abandonnées, changea l’aspect de ce malheureux pays, replongé, par près d’un siècle de misère, dans une quasi-barbarie. La sécurité ayant remplacé la crainte, les villes se repeuplèrent peu à peu et le pays reconquit bientôt, par l’énergie et le travail de son peuple, le rang qu’il occupait autrefois. Le régime municipal fut remis en vigueur sous le nom de Consulat. Marseille, Arles, Tarascon furent les premières villes qui s’érigèrent en républiques sous la protection de l’empereur et du pape. Ce fut pour la Provence le commencement d’une réforme politique complète et de la répartition des habitants en trois ordres distincts: clergé, noblesse, tiers-état. Chacun des ordres participait à l’administration, mais dans des conditions différentes. Le tiers-état se composait des bourgeois, des artisans et du peuple, dont les évêques et les abbés étaient les curateurs et les défenseurs, afin que le pouvoir de la noblesse fût pondéré. Enfin, par un acte daté du mois d’octobre 1247, les artisans furent groupés en corporations de métiers, avec statuts et privilèges. Chaque corporation avait à sa tête un chef de métier, qui fut admis dans le corps municipal[1].

Ces dernières améliorations avaient été préparées sous les comtes de Barcelone, qui transformèrent également l’administration. Les mœurs s’adoucirent, la protection accordée aux lettres hâta les progrès de la civilisation, que la maison d’Anjou s’appliqua à étendre à toutes les classes de la société. Le roi René, particulièrement, favorisa le commerce avec l’Italie et l’Espagne, protégea les arts et la littérature, et lorsque à sa mort la Provence fit retour à la France, elle forma l’un des plus beaux fleurons de la couronne de Louis XI.

La description des fêtes religieuses et civiles, des usages, des costumes et des mœurs des Provençaux demanderait un volume entier, surtout si, à l’exposé complet, on voulait joindre un commentaire détaillé. Nous élaguerons du cadre restreint de cet ouvrage tout ce qui est tombé en désuétude, faisant toutefois exception pour les parties du sujet qui, quoique n’ayant pas d’actualité, offrent un attrait particulier.