LE SONNET

Le sonnet est une poésie légère, un diminutif charmant introduit par les Troubadours dans leur grammaire lyrique, pour exprimer leur pensée sous une forme aussi laconique qu’élégante. Il se compose de quatorze vers distribués en deux quatrains, sur deux rimes seulement, et en deux tercets. Le sonnet, d’origine provençale, fut, comme la plupart des œuvres des Troubadours, accueilli et cultivé en Italie, où nos poètes méridionaux avaient dû se réfugier après la Croisade contre les Albigeois. Il ne revint à la mode en France qu’après le retour de nos compatriotes, qui le répandirent et le firent adopter par les poètes français.

Celui que nous donnons ci-après est extrait des œuvres de Louis Belaud, poète provençal, né à Grasse. L’édition de ses œuvres, que nous avons sous les yeux, est celle de Marseille, 1595, in-8o. Le style est clair, facile, et se rapproche tellement du Provençal de nos jours que la traduction en devient superflue.

SONNET SUR UNE SORTIE DE PRISON

Despuis que quatre peds sont dévenguts à doux,

Et que reson a pres plasso dins ma cervello,

Et lou mascl’ay sauput destriar de la femello

Et coignoisse lou vin aigre d’intrer lou doux.

Despuis n’ay j’amais vis un cas tant rigouroux,

De veir eun froumajon sourtent de la feicello

S’y vendre may cent fès qu’un quintau de canello

Et si per lou tenir fau mai de trente jours.

A la villo das Baux per uno flurinado

Avez de fromajons uno pleno faudado

Que coumo sucre fin foundon au gargasson

Mais sec dedins Paris ellous lou fan de ciero

Et davan qu’en sourtir un de la froumagiero

Poudes ben escoular la bourso et lon bourson.